Wednesday, May 2, 2007

Allah ma'ak ya Hajj et bon vent.



La quinquagénaire était fortement maquillée et ses traits lourds de femme mûre qui en a vu d’autres, gardaient malgré la flétrissure des années, les vestiges incontestables d’une ancienne beauté.

Sur l’écran TV, elle disait la bonne aventure et battait les cartes du tarot, assaillie de toute part par les pressantes sollicitudes téléphoniques des midinettes du monde Arabe, dans le cadre d’une émission à succès diffusée sur une de ces innombrables chaines câblées qui nous parviennent du Golfe.

Tout cela n’aurait rien eu d’extraordinaire si la femme en question n’arborait élégamment du chef un superbe voile (Hijab) tout ce qu’il y a de plus conforme à la Chariaà, et dont la couleur jaune canari contrastait le plus heureusement du monde avec sa peau mate de fille du désert.

Loin de moi que de me prétendre expert en matière de doctrine Islamique ; cependant, il est chose aisée que de relever, tant dans le Coran que dans le Hadith, de nombreux passages qui signalent sans ambigüité la voyance et les pratiques divinatoires comme étant parmi les pires abominations qu’une personne peut commettre et qui offensent le créateur dans l’essence même de son omnivoyance et de son omnipotence divines.

Les choses vont même jusqu’à considérer l’argent du devin comme étant (Haraâm), donc interdit au croyant, parce que gagné à partir de pratiques hérétiques et blasphématoires.

Comment donc, et par quelle Fatoua savante, ces érudits de Muftis bédouins ont-ils pu concilier entre des contraires tels que l’Islam et le Hijab avec l’astrologie et les tarots ? Bien malin est celui qui me l’expliquera !

J’en toucherais deux mots à mon ami Abou Ragheb à la première occasion, histoire de le faire enrager un bout.

Mais ces occasions se font hélas rares ces jours-ci ; non point que je sombre dans la paresse ou que j’aie cessé d’être amoureux fou de ma Méditerranée, (ou plutôt Mare Nostrum, comme le dirait mon vieil ami BeO) mais parce que les vicissitudes du travail ont tellement érodé de mon temps libre qu’il m’est devenu présentement difficile de glaner sur mon itinéraire quotidien, les quelques 4 à 5 heures nécessaires pour l’aller-retour de mon pèlerinage vers la mer.

C’est donc à contrecœur et pour préserver quelque peu de forme physique, que je me suis résolu à me rendre au club sportif de mon autre vieil ami Boul’mich, qui offre l’avantage d’être à deux pas de chez moi, ce qui m’économise facilement 2 heures quotidiennes.

C’est pourtant un club agréable et fort bien tenu qu’est celui de Micho, qui à toujours été un méticuleux ; en outre, l’heure matinale où je m’y rendais m’offrait l’indéniable avantage d’être pratiquement le seul mâle à bord parmi toutes les bobonnes oisives du quartier et des régions avoisinantes, et qui constituaient la majorité écrasante de la clientèle du matin.

Dans les premiers temps, je m’étais laissé progressivement gagner par le ronron feutré du tapis roulant bien huilé, de la musique douce discrètement diffusée , de l’air climatisé parfumé à l’essence de pin et de la revigorante douche Ecossaise qui venait toujours bien à propos récompenser la fatigue d’une bonne séance d’effort soutenu.

Aussi par l’embarras du choix offert par toutes ces chaleureuses et accueillantes ménopausées, toutes plus avenantes les unes que les autres, et qui ne demandaient pas mieux que de se faire pétrir la cellulite par un mâle providentiel, pendant que leurs maris, drainés par des décennies de lit conjugal s’évertuaient à se suicider au boulot ou dans les bras d’une maitresse imprudemment trop jeune.

Mais bien vite pointa le jour où la nostalgie de l’ancienne équipée sauvage et solitaire, baignée de sueur, de soleil et de sel marin me rattrapa.

Les rues de Beyrouth me manquaient, sa splendeur, sa crasse, ses ultraviolets, et l’éternelle Méditerranée. Je délaissais donc en ce clair matin de Mai, les quatre murs du havre hygiénique et climatisé de Boul’mich, chaussais mes anciennes espadrilles et pris le large.

Liberté.

* * * *

Il m’est devenu pratiquement impossible de passer par Ain-el-Mraisseh près de la zone ravagée et toujours énigmatiquement scellée, de l’hôtel Saint Georges au seuil duquel, Rafic Hariri mourut le 14 Février 2005 après l’avoir obsessivement convoité de son vivant, sans que ne me revienne à l’esprit l’analyse extraordinairement troublante écrite par Trish Schuh à ce sujet et intitulée : ‘’ The Salvador option in Beirut ‘’.

Beaucoup d’eau à coulé sous les ponts depuis le départ du « grand bienfaiteur » qui nous as endettés jusqu’aux sourcils pour plusieurs générations à venir, quintuplant du même coup sa fortune personnelle, au détriment des malheureux propriétaires du centre ville dont il a confisqué les séculaires biens familiaux, dans la plus abjecte et la plus sauvage des opérations d’extorsion légalisée que l’histoire du Liban ait jamais connu.

Aujourd’hui, le coryphée du 14 février change sensiblement de ton, et la cote de la vérité sur la mort de Hariri - cette maudite Hakika qui nous as coutés les yeux de la tète – semble être à la baisse depuis quelque temps, au profit d’une campagne plus urgente orchestrée par la CIA et dont l’objectif n’est pas moins que le renversement à tout prix du régime de Damas. (Ledit prix étant comme d’habitude payable exclusivement par les Libanais).

Mais à qui appartient-elle donc cette main Libanaise criminelle – toujours la même – qui servit jadis de cheval de Troie aux Palestiniens, puis de laquais-cireur pour la botte Syrienne et qui opère aujourd’hui en toute impunité, en tant qu’agent infiltré pour le compte du Mossad ?

Qui est donc ce Nosferatu hideux, mi-vampire mi-caméléon qui s’évertue à ruiner tout espoir d’entente nationale et dont la survie dépend de l’entretien de la discorde entre les Libanais et de leur sang versé ?

* * * *

Au kiosque d’Abou Ragheb, un jeune boutonneux m’accueillit.

‘ Le Hajj est parti la semaine dernière pour l’Australie ‘ m’expliqua-t-il. ‘ Je suis Moussa son neveu pour vous servir ‘.

A mes pressantes questions il expliqua :

‘ Vous savez, ça fait déjà un bon bout de temps que les fils du Hajj : Ragheb, Taleb, Abbas et Zeinab sont là-bas, ils ont la nationalité, ici il ne restait plus que le Hajj, la Hajjé et leurs deux petits derniers, Ali et Fatma ; alors le Hajj à fini par céder aux instances de ses fils qui le réclamaient et de sa femme qui pleurait jour et nuit ici et à décidé de les rejoindre’.

Je sentis soudain monter en moi une immense lassitude.

Tout en préparant mon café le blanc-bec continuait à pérorer mais je ne l’entendais plus.

Inconsciemment, je m’assis bien loin de Mon banc habituel.

Alors comme ça ya Hajj, tu es réduit à rouler tes cheveux blancs, ta bonté, ta bonhomie et ta tolérance de libanais authentique chez les Aborigènes et les kangourous et finir tes jours à l'autre bout du monde, là où les femmes commandent aux hommes, se baladent aux trois quarts nues, mangent du porc, boivent des boissons fermentées et se trémoussent aux sons du hip-hop ?

Alors que tous les salopards restent ici, et bien plus solidement incrustés que l’ennui !

Kiss Oukht Hal’ Hayat!

Non…

Kiss Oukht Hal’ Balad !


Mon café avait un goût de cigüe.

Ibrahim Tyan.

13 comments:

  1. Bonsoir Ibrahim,
    ça me rappelle un 13 juillet 1990 ou j'ai du quitté, forcé, la mort dans l'âme la rue gemmayzé pour mon exil doré parmi les basques.
    Tristesse et foi mon ami.

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  2. Bonjour Araadon

    Les quelques lignes que tu m’écris rengorgent la sincérité.

    Que mon dernier article ait touché une fibre sensible chez toi ne m’étonne pas.

    Les Trois quarts des Libanais, à commencer par toi, moi et Abou Ragheb ont vécu à une période plus ou moins importante de leur existence une expérience analogue.

    Mais la France des lumières et de la culture, ainsi que de par sa relative proximité géographique demeure une option plus qu’acceptable.

    Mais l’Australie ! Brrrrrrr.

    Allah Karim mon ami.
    Ibrahim.

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  3. revue de presse aujourd'hui :
    Sydney pub banned Islanders, Lebanese
    Ninemsn - Sydney,New South Wales,Australia
    "No Islanders or Lebanese," the security guard allegedly added. On the other attempt to enter he claims he was removed from the queue by a Polynesian ...
    http://news.ninemsn.com.au/article.aspx?id=264787

    mais quelle idée d 'aller la bas :s

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  4. Mr Tyan,
    Depuis que j'ai fait la connaissance de cet espace, je suivais inlassablement les échanges entre vous et Abou Ragheb, et me délectait à la lecture de vos posts où les préceptes traditionnels du bonhomme dévotement conservateur s'allient singulièrement aux idéologies de l'homme de lettres à l'esprit sagace et rebelle, et dont le style astucieusement goguenard et raffiné me rappelle à bien des endroits la touche d'Oscar Wilde.

    Ce sentiment de tristesse mêlée de dégoût, de désespoir et d'aigreur lorsqu'on apprend le départ des êtres qui font partie de notre quotidien, se fait malheureusement fréquent ... Souvent une rage intense me ronge les tripes, et me donne envie d'imiter ces tordus fanatiques qui se bourrent d'explosifs et me diriger vers le Parlement où normalement se trouvent la majorité de ceux qui sont à l'origine de nos malheurs et les voir enfin tous s'envoler en fumée afin de purger le pays de ces dinosaures mafiosos qui font la pluie et le beau temps... J'espère du moins qu'un beau jour quelqu'un le fasse, sincèrement.

    Le Liban a besoin d'un nouveau sang qui coule dans ses veines afin de le réanimer, parce que ce coma dans lequel il se trouve semble le conduire vers une mort fatidique ...

    à moins que ...

    Je ne sais pas si on a encore le droit de rêver ou d'espérer, étant conscients que ces pantins articulés affaissés sur leurs sièges parlementaires ou ministériels (ou les 2 en même temps) ne sont que des pions mineurs sur l'échiquier régional.

    Ce droit de rêver, je ne sais quel briseur de rêves nous l'a retiré. Rêver d'un pays calme, indépendant, et en paix, purgé des groupuscules ségrégationnistes importés de je ne sais quelle puissance sans racine, sans histoire, sans patrimoine qui viennent tel des microbes infecter le corps libanais. Je m'arrête là, ne voulant plus aller plus loin. Quelque chose d'inexplicapble, une sorte de doux-amer, bouillonne dans ma tête et dans mon coeur à la vue de mon pays qui se vide de ses enfants. Assez parler. Je clos avec l'espoir d'une vie meilleure dans cette contrée que j'aime malgrè toutes les calamités qui lui brisent les épaules.

    Marie-Josée

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  5. Good morning Eagle.

    J’ai trouvé avec plaisir ton message et celui de Marie Josée en rentrant tard cette nuit.

    Merci pour le lien concernant l’histoire du Pub Australien.

    Apres l’espoir idéaliste d’un monde meilleur, soulevé à la fin de WW II. Le monde semble basculer de nouveau vers un FASCISME encore plus criminel et certainement plus hypocrite que celui d’Hitler, Franco, ou Mussolini.

    Je ne connais pas L’Australie, mais je voyage depuis 25 ans de façon assez régulière aux Etats-Unis.

    J’aurais des histoires extraordinaires à te raconter sur les pratiques de la liberté et de la démocratie dans ce pays bidon.

    Amitiés,
    Ibrahim.

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  6. Ma chère Marie Josée.

    Votre généreux et passionné message m’a profondément ému ; vous partagez indéniablement ma rage et mon désespoir.

    Je sympathise complètement avec vous tout en regrettant amèrement votre état d’âme.

    J’EXPLIQUE : Pour moi, qui suis un vieux dur à cuire, broyer du noir et avoir une humeur de chien est un exercice routinier ,mais vous ne pouvez pas savoir combien je me sens triste quand je vois une personne jeune, sensible, talentueuse et pleine de promesses, réduite au plus profond des désespoirs ( celui qui origine des envies de meurtre ) à cause d’une clique de KILABS qui lui ont réduits ses rêves à néant.

    C’est à en chialer de dépit.

    Mais ce n’est pas moi qui vous en blâmerais.
    Et ce n’est certainement pas moi qui vous tiendrais des propos consolateurs, rassurants ou lénifiants, histoire de vous dorer la pilule.
    Vous êtes bien trop intelligente et trop instruite pour que cela marche avec vous.

    Votre cri de douleur et de désespoir est beau parce que sincère et justifié, mais comme j’aurais aimé que les circonstances de notre pays soient autres, et que vous puissiez jouir d’une jeunesse éthérée, pleine d’espoir et de grandes expectations, et dont le seul souci réside dans la recherche d’encore plus de bonheur et de beauté.

    C’est votre droit le plus fondamental car on n’est jeune qu’une fois.

    Me permettriez-vous quand même de vous avancer une petite lueur d’espoir philosophico-historique en vous disant qu’il semble que tout en ce monde est régi par la loi des CYCLES et que chaque cycle à inexorablement un début et une fin.

    Tout infernal qu’il est, notre cycle actuel touchera bien un jour ou l’autre à sa fin. Et ce ne sera dû à personne, juste l’entrée en jeu de la loi naturelle et universelle des choses.

    Entretemps il faut rester ferme et stoïque devant l’adversité et se souvenir de la belle citation de Nietzche : CE QUI NE REUSSIT PAS A NOUS TUER, NOUS REND PLUS FORTS.

    Oscar Wilde est un fleuron de l’esprit universel, et le jour où je lui arriverais à la cheville, je serais devenu probablement le plus grand écrivain de ce siècle ingrat. Mais je vous remercie quand meme infiniment pour votre appréciation qui me touche au plus haut point

    Mais si je ne peux me comparer à Wilde ni en prose, ni en esprit, je vous avoue en toute franchise que mon état d’âme en écrivant mon dernier envoi, ressemblait assez bien au sien lorsqu’il produisit : DE PROFUNDIS.

    Amitiés,
    Ibrahim.

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  7. Ibrahim,
    mais ou est pasé six't, toujours à Londres ?
    la sauce manque de piment.
    amitiés

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  8. Aucune idée !!

    Sixtine, (que j’aime beaucoup) est le prototype même de la femme libre, directe et indépendante qui entre st sort ici comme bon lui semble.

    Je me suis toujours réjoui de ses apparitions et respecté ses silences.

    Il en a été toujours ainsi depuis le début de notre amitié.

    No other news for the timebeing :) :)

    Amitiés,
    Ibrahim.

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  9. Tuez le veau gras.... j'arrive !
    Jouez hautbois, résonnez musettes... me revoilou. Juste un peu de ménage à faire dans ma vien, quelques trucs à changer, d'autres à remettre en place...
    On ne va pas en faire un fromage. Je suis heureuse de vous retrouver les garçons. Alors, comment va ?
    T'es content, j'espère, Araadon, c'est ton candidat qui l'a emporté... Wait & see...

    Qu'est-ce que j'apprends, le vieux sage s'en est allé pour kangourouland ? Il en reviendra ! Le sang va bien finir par lui monter à la tête à force de marcher la tête en bas ! Et je suis certaine que le burkini ne va pas lui plaire.

    Je n'ai pas bcp de temps mais je reviendrai bientôt.

    Bisous amicaux,

    Sixt'

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  10. Quelle jolie surprise en ce matin que de trouver ton message

    Welcome back Sixt’

    Ta place sera toujours réservée sur cet espace.

    Amitiés
    Ibrahim.

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  11. A peine sixt refait surface que j'entends déjà les glou-glou.
    Le veau gras, beurkkkkkk, dans ma cambrousse dorée c'est l'agneau de lait arrosé comme il se doit d'un rouge Bordeaux.
    A quand vous voulez les amis.

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  12. Hello Araadon
    Je reconnais là la bonne vieille hospitalité Libanaise :) :)

    Pour ma part, ayant soupé d’agneau sous toutes ses formes au Liban, je t’aurais suggéré un bon petit cochon de lait rose et bien dodu, doré à la broche et arrosé du cru de ton choix ; je te fais confiance la-dessus.

    Mais le privilège du choisir étant réservé aux dames, c’est à Sixtine de décider.

    Amitiés ;)

    Ibrahim.

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