Saturday, October 20, 2007

Nationalistes Souverains ou Pharisiens et Publicains ?



L’histoire abonde en biographies d’hommes providentiels advenus à une période critique pour apporter à leur nation le soutien capital de leur valeur exceptionnelle.

Franklin D. Roosevelt pour les Etats-Unis, et Winston Churchill en Grande Bretagne en sont des exemples tirés d’un passé récent, ainsi qu’un certain Charles De Gaulle qui s’identifia de manière totale et passionnée avec la France de ses aïeux ; une passion qui ne rencontra qu’une réciprocité tardive de la part des Français.

En 1958, le Liban meurtri par une violente crise socio-politico-confessionnelle qui scinda les Libanais en deux camps antagoniques et divergents était à la recherche d’un homme providentiel au caractère et vertus congruents, pour prendre en charge le pays et entreprendre la tâche délicate de rassembler les fragments épars d’une nation que la lutte intestine avait disséminé.

Que l’accès au pouvoir par le général Fouad Chéhab en 1958 fut le fruit d’un (improbable) consensus national ou de celui (plus plausible) d’un accord entre Washington et le Caire est ici en dehors du sujet ; ce qui importe est que cet ex- militaire s’avéra être un habile modérateur qui sut composer heureusement avec la tâche délicate de recréer l’harmonie perdue au sein de la nation entre Chrétiens et Musulmans, par le truchement du dialogue et de la retenue, ainsi que de l’institution d’importantes reformes et de la création d’une administration moderne et de services publics efficaces ; ce qui engendra inévitablement une confrontation directe avec le clan des politiciens confessionnels et féodaux qui virent leur emprise sur le pouvoir s’affaiblir en résultat normal à la politique ‘’Chéhabiste’’ de rénovation et de réconciliation.

Sans entrer dans de plus amples détails, il serait cependant utile et important de signaler que la plus féroce opposition au ‘’Chéhabisme’’ réformateur vint des chefs politiques Maronites traditionnels qui se coalisèrent pour former ce qui fut connu à l’époque sous le nom de ‘’l’alliance tripartite’’ ; en l’occurrence de l’emblématique pharmacien-footballeur ( comme le cite si délicieusement AlHaqid ), en l’occurrence le Cheikh Pierre Gemayel, le charismatique ‘’tigre de la montagne’’ en la personne de l’ex président Camille Chamoun et de Raymond Eddé le ‘’Amid’’ du bloc national, dont je n’ai pu saisir jusqu’à ce jour les raisons de son ralliement à cette galère de troglodytes. Moralité : il faut plus que du courage et de l’intégrité pour faire un politicien averti.

Cette alliance tripartite, ( finalement établie entre, Chamoun, Chamoun et Chamoun ), soutenue par la masse habituelle des chrétiens Cro-Magnon éternellement à la merci du discours démagogique et mystificateur, fit tant et si bien qu’elle réussit à affaiblir considérablement le courant ‘’Chéhabiste’’ , ramenant en premier temps l’administration du pays durant le mandat de Charles (ballot) Hélou, à la douce fringale de l’anarchie corrompue et sectaire d’antan, pour aboutir à l’apothéose finale en portant au pouvoir en 1970 le Neandertal suprême en la personne de SE. Souleiman Frangié, avec pour conséquence toutes la misère et les calamités qui s’en suivirent…

* * * *

Tels Marc Antoine brandissant la toge ensanglantée de Jules César devant les Romains assemblés sur le Champ de Mars, leurs excellences, Boutros Harb, Nassib Lahoud, Nayla Mouawad et Walid Joumblatt se succédèrent sur l’estrade érigée en Mars 2005 sur la Place des Martyrs (plus connue sous le nom de SOLIDERE) pour agiter le linceul du grand bienfaiteur devant la marée humaine des Libanais, éternellement bernés et à jamais exploités, mais incurablement crédules et toujours prêts à récidiver…

En ces moments troubles (hihihi), il me faut avouer (à ma grande déconfiture) que le seul qui y voyait clair était Walid Bey !

A en croire qu’il était informé à l’avance du cyclone qui allait s’abattre sur le pays et prendre tout le monde au dépourvu.

Fin stratège et opportuniste à souhait, le Walid savait comment saisir l’occasion propice et battre le fer tant qu’il est chaud. Pour lui, la révolution (puisque c’en était une) n’avait que faire des us et coutumes du régime passé, ni de ses lois. De ce fait, la constitution d’un conseil révolutionnaire dont le premier acte serait le limogeage du chef de l’état imposé de force par l’occupant Syrien et la nomination d’un nouveau président était de priorité absolue.

Chose qui effara complètement les castrats politiques Maronites du mouvement du 14 Mars qui avaient plus ou moins usurpé à leurs titulaires véritables encore détenus ou exilés, leurs places à la tête de ‘’la révolution du cèdre’’. Cette révolution qui ne leur devait rien, et dont ils ne savaient trop qu’en faire, sauf que de s'en servir pour redorer leurs blasons personnels sérieusement ternis...

Désemparés devant la perspective de nouvelles élections présidentielles que tous briguaient mais pour lesquelles aucun n’y était préparé, ils se coalisèrent d’un commun accord (une coalition de coupe-jarrets s’observant les uns les autres du coin de l’œil) pour barrer la route au projet du Walid, et en convainquirent sa benoîte sainteté patriarcale (prétextant la sauvegarde du prestige du plus haut poste officiel Maronite) ainsi que les ambassadeurs étrangers, de la justesse de leur raisonnement.

Plus tard on verra ces ardents défenseurs du prestige Maronite porter les coups les plus meurtriers à la présidence, dégradant ainsi à jamais le lustre et l’autorité de l’ultime place de distinction encore détenue par les Chrétiens au Liban.

A y réfléchir pragmatiquement (Ah ce terme, cher à mon épicier pour justifier sa balance trafiquée), on serait tentés de regretter aujourd’hui que le desideratum de Walid bey n’ait pas été exaucé en 2005. Cela aurait peut-être évité aux Libanais bien des déboires.

La priorité fut donc portée vers de nouvelles élections législatives mais là aussi, les politiciens Maronites butèrent sur un os de taille.

Ayant farouchement milité pendant des années pour l’abrogation de la loi électorale établie par les Syriens en 2000 et qui les évinçait au profit d’alliés Libanais plus sûrs, les Chrétiens du 14 Mars se retrouvèrent, avec le renversement dramatique de la situation en 2005, en position de défenseurs acharnés de cette même loi, devenue leur seule planche de salut électoral et ceci pour une multitude de raisons parmi lesquelles leurs nouvelles alliances et leur impopularité grandissante au sein de leur communauté, n’en sont pas des moindres.

Le meilleur de l’histoire était que sa Béate Sainteté qui à donné une fois de plus dans le panneau de leur fourberie, avait entretemps issu un communiqué patriarcal pressant le gouvernement pour l’abrogation de la loi électorale de 2000 et de son remplacement par l’ancienne loi de 1960 plus équilibrée et qui permettait au citoyen l’élection de ses représentants authentiques.

Les désirs de sa Magnificence étant des ordres, une session parlementaire express fut décrétée sur le champ pour la remise en vigueur de la loi de 1960, dont la passation ne faisait aucun doute.

L’on assista alors à la scène incroyable où l’on vit les députés Chrétiens du 14 Mars se retirer l’un après l’autre de la session, muets, blafards et les yeux baissés !

La majorité nécessaire étant rompue, la loi de 1960 ne fut pas réinstaurée et l’on resta sur celle de l’an 2000 ; et sa sainteté pigeonnée en demeura comme deux ronds de flan.

Mais les chevaliers de Kornet Chehwan étaient déjà ailleurs ; et plus précisément chez l’ambassadeur Bernard Emié pour le supplier d’en parler au père Jacques, afin d’empêcher par tous les moyens le retour d’exil annoncé du général Aoun.

* * * *

Le reste étant trop récent pour s’être déjà estompé de la mémoire des Libanais pourtant réputée courte, il demeure que malgré les fautes et les péchés mortels commis par les autres communautés libanaises, c’est aux Maronites et à eux seuls qu’incombe la responsabilité de la vie ou de la mort d’un certain Liban.

Assisterions-nous aujourd’hui à leur chant de cygne ?

Du cours où vont les choses, le temps est au pessimisme.

Ibrahim Tyan.


* Visitez : « les carnets du Beyrouthin. »

8 comments:

  1. Yeslam hal tem, Ibrahim!

    ReplyDelete
  2. Pour te mette un peu de baume au coeur, je t'invite à visionner ces quatres vidéos nostalgiques:

    Nasri Chamseddine un géant libanais:

    http://www.youtube.com/watch?v=3FoGT0he2tg

    Fairouz avec une fameuse chanson qui a bercé mon enfance:

    http://www.youtube.com/watch?v=853_DQPS2L8


    Georgette Sayegh avec ces deux merveilleuses chansons:

    http://www.youtube.com/watch?v=OAo-ZcbVgr8

    http://www.youtube.com/watch?v=kZY43OSkzpI

    ReplyDelete
  3. Revenons au sujet, Fouad Chéhab a été incontestablement le meilleur président de la république. L'homme avait une dimension nationale que les autres n'ont pas eu. Comme tu l'as souligné si bien, Chamoun était l'adversaire principal de toute réforme chéhabiste. Résultat, en 1970 on s'était retrouvé avec un assassin comme président et Chamoun était redevenu un chef de clan, un marchant d'armes sans scrupules...Son alliance avec les Gemayel lui coûta cher en 1980 avec le massacre de Safra.

    ReplyDelete
  4. Hello Kheir

    Au message 1

    Ton appréciation me remplit de joie mon ami.

    Au message 2

    Ah les beaux jours…merci pour ce voyage musical à rebours qui me change des putes et souteneurs ‘’artistiques’’ d’aujourd’hui qui, dès qu’ils ont senti leur pays en difficulté ont transporté leur petit cul ailleurs, là où le pétrodollar ne manque pas.

    Sans un regard, ni un mot pour leur pays auquel ils doivent tout !

    Au message 3

    Moralité de l’histoire : Contrairement au proverbe bien connu, les loups se mangent bien entre eux.

    ReplyDelete
  5. Manque de pot et des confitures...
    Je ne comprends pas tout mais je suis bien triste de lire article après article les douleurs de ce patient moribond qu'est le Liban autour duquel, tels les médecins de Molière, se pressent tous ces charlatans sans pour autant lui apporter guérison ou pour le moins soulagement.
    Il faut croire que la "perle" était trop belle et trop précieuse pour ne pas attirer les convoitises.
    Maintenant que la voilà moribonde, les cons d'or, vautours et autres marabous, en vol concentriques, se jettent sur sa dépouille pour, de leurs sales becs crochus, la dépouiller jusqu'à ne laisser que quelques os qui blanchiront au soleil...
    Je suis triste...

    Sixt'

    ReplyDelete
  6. Bien vu ma chère Sixt’.
    Tu saisis la situation bien mieux que certains Libanais.

    J’espérais qu’avec le tarissement du lait de la vache drainée jusqu’à sang, ces goules insatiables se désintéresseront d’elle.

    C’était mal connaître ces vampires qui lui sucent actuellement le sang, en attendant de lui fumer la viande, tanner la peau et confectionner des peignes et des brosses à partir de ses os.

    C’est la fin des haricots !

    ReplyDelete
  7. Je ne peux pas croire que le peuple, dont on vante le bon sens, ne se réveille pas à temps pour faire des dits volatiles des chapons (sans anesthésie), avant de les mettre dans un avion avec juste assez de carburan pour s'éloigner des côtes du pays.......
    Enfin, si jamais il a besoin d'idées pour les occire lentement et horriblement (comme ils le méritent) je veux bien me mettre à sa disposition !
    Bon dimanche à toi et tous ceux qui te sont chers,
    Un abrazzo fuerte,

    Sixt'

    ReplyDelete
  8. Hi Sixt'

    A Verdun (ou était-ce à Sedan? Je ne me souviens plus très bien) les ‘’poilus’’ de l’armée Française, harassés, battus et chancelants se levèrent comme un seul homme au passage du maréchal Joffre en criant : « ILS NE PASSERONT PAS ».

    Et ils tinrent parole.

    Nous ferons de même ma chère Sixt’ ; ‘’Libertad o Muerte’’. Les Libanais vous surprendront.

    Je vous souhaite une fin de semaine radieuse.
    Ici il fait un temps paradisiaque.

    Besos y abrazos.

    Ibrahim.

    ReplyDelete