Sunday, January 20, 2008

Les Faucilles noires d'Aïn-el-Mraïsseh.





Cada uno lleva su cruz.
_ Buenos Dias Sixt’ ;)


Le soleil de Janvier brille à pleins feux au zénith d’un firmament presque douloureux à force de bleu et de clarté. .

Un soleil à faire perpétrer son acte absurde à ‘’l’étranger’’ Meursault ; et le jeune Mauresque de mordre une fois de plus le sable doré de la plage illuminée…

Mais sur la ville, une bise Sibérienne fouette les places et les gens d’un frimas sec et cruel.

A la TV, de vénérables Nestor se souviennent que Beyrouth n’avait plus enduré pareille froidure depuis 1920.

Et comme par hasard, le prix de la tonne de fuel-oil à frisé depuis le début de cet hiver la barre des $ : 800, à laquelle est venue s’ajouter la pénurie chronique en électricité. Et les chaudières et les brûleurs de la plupart des demeures Libanaises demeurèrent éteints, couverts d’un linceul glacial fait de misère et d’oubli que rien ne vient troubler sinon parfois la méchante toux d’un enfant malade.

Profitant d’une petite éclaircie au milieu d’un emploi de temps particulièrement chargé, je me décidais donc de déserter mes lieux de travail en cette radieuse et glaciale matinée de Janvier pour effectuer mon pèlerinage longtemps délaissé vers la Méditerranée d’Aïn-el-Mraïsseh, avec la pleine conscience que les risques de voir mon parcours coïncider avec le passage d’un personnage sur lequel la mort avait déjà en ce jour-là jeté son dévolu, étaient sérieuses, réelles et bien présentes.

Quitter le havre relatif de son environnement immédiat pour s’aventurer dans les rues de sa ville est devenu pour le Beyrouthin une sorte de jeu de roulette Russe, un défi quotidien au destin et une tombola de la mort.

On à beau faire le bravache et afficher un stoïcisme à toute épreuve, la pensée de l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête continue à faire ses ravages silencieux dans les ténèbres de l’inconscient.

Aussi, l’idée d’être détenteur d’un passeport jadis prestigieux et respecté, et qui équivaut aujourd’hui dans la bourse des postes de vérification aux aéroports mondiaux, à la valeur d’un papier hygiénique…utilisé.

Etre devenu une sorte de paria international, pour une raison semblable à celle qui fit de tout homme qui voit le jour, un coupable marqué au front du sceau du ‘’péché originel’’…

ولك يا ابراهيم ليش بتضلّك حامل السلّم بالعرض؟

C’est ainsi que certains de mes bons amis, sincèrement inquiets de me voir me faire autant de mauvais sang pour rien, m’adressent.

Sans mettre aucunement en cause leur sincérité ou leur attachement à leur terre natale, je réponds invariablement par la réplique magistrale adressée par Richard Widmark, en différend majeur avec Laurence Harvey dans une scène du super navet Hollywoodien de John Wayne, ‘’The Alamo’’ :

_ ‘’Let it go Will… You are what you are, and I am what I am - And we both can’t help it.’’

Un hommage de plus au grand Luis Buñuel qui affirmait que dans chaque navet, il y a toujours quelques instants de merveilleux.

* * * *

Depuis la vaste arnaque qui le vit passer du statut de place publique et historique à celui de propriété privée d’une seule famille Libanaise (et quelques milliardaires Bédouins), la traversée du centre-ville de Beyrouth est devenue pour mes nerfs une épreuve à la limite du supportable.

Mais ayant aujourd’hui décidé de ne point laisser le souvenir du Grand Martyr qui repose désormais dans les entrailles de sa terre usurpée me troubler la sérénité, je m’efforçais de penser à quelque chose de plus rigolo ; en l’occurrence à « l’initiative Arabe » accourue à notre secours après ‘’l’échec’’ de ses précédentes Française et Américaine. .

Hahahahahahahahahahaah !

C’est plus fort que moi ; mais comment oublier leur mutisme gêné au conseil de sécurité lorsque le Liban croulait sous le feu Israélien en 2006 ;
ou la lâcheté et l’hypocrisie de leurs émissaires venus nous ‘’soutenir’’ pour quelques heures le 7 Août de la même année, et leur seul souci de déguerpir au triple galop avant l’écoulement de l’ultimatum que l’état Hébreu leur avait fixé à 6 PM tapantes du même jour.

Qu’attendre de l’Egypte qui continue à ignorer ce qui se passe sur ses frontières immédiates ; des carnages de Gaza et du désastre du Darfour ?
Ou des Wahhabites et autres Emirats en carton-pâte qui servirent de base de départ à l'armada Américano-Sioniste pour l’annihilation de l’Iraq, et qui demeurèrent par la suite aveugles, sourds et muets devant le spectacle d’un million d’Iraquiens froidement massacrés ?
Alors يا اسياد, on ambitionne maintenant de résoudre la crise du Liban ?

Rien que ça ?

حيّاك الله يا خوي و مشكور يا شهم
بسّ قبل ما تساعدني ت خلّص من خازوقي
بلّش بالاْول شيل اللي فايت بطيزك


* * * *

Aïn-el-Mraïsseh est en plein remue-ménage ces jours-ci, les bancs de pierre ont étés (temporairement j’espère) enlevés pour faciliter les travaux de renouvellement du carrelage dont la large chaussée en avait grand besoin.

Moins heureuse était la nouvelle balustrade massive en aluminium brillant dans le plus pur style des chaînes de fast-food Américains, qui borde maintenant la côte, lui conférant des airs de Disneyland-sur-Méditerranée.

Mais c’est le spectacle extraordinaire des nouveaux réverbères adhérant directement à cette balustrade face à la mer et qui partent d’Aïn-el-Mraïsseh jusqu’à Ramlet-el-Baïda qui me laissa pantois.

Une forêt métallique faite de poteaux noirs et massifs terminés par de longues lames recourbées semblables à la faux d'Azraël l'ange de la mort, se déroule à perte de vue devant mes yeux incrédules.

Tels notre aéroport international (jadis un des plus élégants au monde) que des ânes analphabètes transformèrent en un sinistre et coûteux mausolée en granite froid et asphyxiant, les lames noires des faucilles de la néo-culture Wahhabite du New Hariristan écorchent désormais la face radieuse et ancestrale de la Méditerranée d’Aïn-el-Mraïsseh.

Trois images accompagnent ce texte.

Dans l’image (1), il n’est pas nécessaire au lecteur d’être un paysagiste qualifié pour mesurer l’ampleur du désastre.

Dans l’image (2), la célèbre ‘’Promenade des Anglais’’ à Nice sur la côte d’azur est une preuve éloquente que simplicité fait beauté.
Remarquez l'emplacement judicieux loin de la côte des réverbères, et la balustrade réduite à son expression la plus simple dans le but d'entraver le moins possible la vue dégagée sur la mer.

Dans l’image (3) on voit la sinistre faux se profiler en premier plan devant la bâtisse kitch du restaurant élevé sur les ruines de l’ancien café d’Aïn-el-Mraïsseh, où nous dégustâmes durant cet été, mon vieil ami BeO et moi, des Rougets frits ma foi assez surprenants, lors de son dernier passage au Liban.

Durant cette joyeuse entrevue, BeO me surprit agréablement en me faisant cadeau du CD de la superbe version d’Herbert Von Karajan du Requiem (Diabolique) de Mozart, qu’il avait eu la délicatesse (rareté chez BeO) de me rapporter de Paris.

A mon tour je lui remis une copie du manuscrit encore non publié de ‘’l’Ange déchu de la rue de Phénicie’’ pour qu’il le lise à ses moments perdus.

Le soir même, BeO me contacta :

_ Pas mal ton truc, me dit-il – cependant le point le plus important dans ton récit demeure non éclairci…

Je sentais venir la giclée d’humour féroce dont j’étais si familier ; et elle vint.

_ Finalement l’as-tu bel et bien baisé(e), OUI ou NON ?

Ibrahim Tyan.

* * * *

BeO, qui but jusqu’à la lie à la splendeur disparue de la Métropole du Levant et s’est ensoleillé le cœur et le corps à l’or bleu de la Mère Ancestrale, vient de résumer aujourd’hui toute l’affaire en ces quelques lignes magistrales:


Il est l'un des rares dont l'amitié s'est bonifiée avec l'âge
Beyrouth était notre paradis et notre seul point d'ancrage
Royaume de nos frasques et de nos équipées sauvages
Au souvenir desquelles se poursuit encore notre mirage
Hédoniste que rien n'arrêtera, ni le temps, ni ses ravages.
Inutile d'expliquer le culte qu'avec toi, cher ami, je partage
Mare Nostrum gardera à jamais le secret de notre passage.

BeO


Ces vers dont l'auteur honora ''lettres du Liban'' en date du lundi 21 janvier 2008, sont reproduites avec émotion et fierté sur ce blog, en hommage à l'excellence, la sincérité et l'amitié.


* Visitez « les carnets du Beyrouthin. »

7 comments:

  1. C'est vrai qu'ils sont moches ces lampadaires... On dirait la faux de Madame la Muerte. Y'a des artistes qui ont des amis qui ont de l'humour, dis-moi, au Liban...
    Ici, c'est comme tes lampadaires ! Moche mais doux...
    Au fait, en ce moment c'est moins 35° à moins 45° en Sibérie...
    J'ai lu, ce matin, sur MSN actualités un article sur un enturbanné énervé de chez toi qui informe Israël du fait qu'il à plein de soldats à eux en pièces détachées... C'est un grand sentimental ce fakir là.

    Quand on a toujours vécu dans un pays calme on a du mal à imaginer la vie que tu mènes dans ce qui était la Suisse du Moyen-Orient... Mais je comprends que tu sois attaché à ta terre et que tu n'envisages pas de la quitter.

    Sur ce, je vais dodoter mais avant, dis-moi, OUI ou NON, tu l'as baisée ?

    Moi je te bisoute FORTISSIMO.
    A tout bientôt,

    Sixt'

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  2. Hi Sixt’

    Moins 45°…fichtre, je n’arrive même pas à me l’imaginer.
    Les steppes de la mort :))))))))

    Je suis un citadin Méditerranéen tellement invétéré que je me sens mal à l’aise même à la montagne ou à la campagne de chez moi.
    La ville, la foule, le bitume et le néon me sont nécessaires.
    Et bien sûr la Méditerranée éternelle.

    Pour l’enturbanné, il affirme avoir aussi de nombreuses têtes humaines intactes et reconnaissables dans son frigo. Cela s’appelle porter la guerre psychologique au niveau de la pure démence.

    Pour tout te dire, l’état dans lequel se trouve actuellement mon pays me fait mener une vie de chien ; mais ce sont paradoxalement mes nombreux voyages et séjours à l’extérieur qui ont renforcé mon attachement pour mon foutu patelin.

    Concernant ta dernière question, le mystère reste complet ;)

    Luv & kisses

    Ibrahim.

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  3. Waowwwww, un acrostiche..... Bravo BeO.

    Amitiés,

    Sixt'

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  4. ouwatjeh sa'ilFriday, January 25, 2008

    Lorsque Dieu créa le monde, il décida de consacrer deux vertus à chacun des hommes qu'il venait de façonner afin qu'ils puissent prospérer dans l'harmonie et le bonheur. C'est ainsi qu'il distribua ces vertus :

    - Il rendit les Suisses ordonnés et

    respectueux de la loi,

    - les Japonais, travailleurs et patients,

    - les Italiens, joyeux et romantiques,

    quand vint le tour des libanais, il dit: ceux-là seront Intelligents, honnêtes et aounistes.

    Quand le monde fut achevé, l'ange Gabriel que Dieu avait chargé de la distribution des vertus lui demanda :

    - Seigneur, j'ai fait comme tu m'as dit et j'ai octroyé Ã chaque peuple les deux vertus que tu as choisies pour eux, mais j'observe que les libanais en ont eu trois. Est-ce parce que tu as pour eux une préférence secrète ou pour qu'ils se placent au dessus des autres ?

    - En vérité Je te le dis, Gabriel, je leur ai accordé trois vertus parce qu'effectivement ils se croient au dessus des autres peuples, mais sois rassuré dans mon esprit de justice, chaque peuple a bien deux vertus etdeux seulement, y compris les libanais car chacun d'entre eux ne pourra en posséder que deux à la fois.

    Ainsi, Si un libanais est aouniste et honnête il ne sera pas intelligent.

    S'il est aouniste et intelligent, il ne sera pas honnête.

    Et s'il est intelligent et honnête, il nesera pas aouniste.

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  5. الشيطانُ يا هذا يَكمُنُ في التفاصيل
    أمّا البـــــاقي فملائكــة !
    ملاكٌ في الســـــــرايا يسرحُ في التأجيل
    وَملاكٌ في معــــراب يُمعِنُ في الإنجيــــل
    وَآخـــرُ في المختــارة يُشـبه عزرائيل
    ***
    رأسمالكم كلام
    وحقدكم كبير
    انما الكلاب تنبح
    و القافلة تسير

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  6. C'est vrai qu'il sont sinistres ces lampadaires. Quel mauvais goût!

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  7. @ Kheireddine.

    L’as-tu remarqué me ami ?

    Avec les Ayatollah d’un côté, Israël de l’autre et maintenant la faux d’Azraël au milieu, le Liban est bien gâté.

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