Monday, March 16, 2009

LE LIVRE, LE CIERGE ET LE GLAS,










OU L'ARME DIVINE ABSOLUE.













A la mémoire de Jean Ray, Edgar Poe, H.P. Lovecraft, J.K. Huysmans et toute la pléiade des suppôts de Satan dont les chroniques sulfureuses firent les délices de ma prime jeunesse ; cette première partie est dédiée.

Au dehors, une cruelle bise glaciale hurlait a la mort sur la colline sacrée, entre les branches pétrifiées des arbres centenaires, et la lueur mourante en ce début d’après-midi d’un vendredi morose et blafard, n’éclairait guère le chemin brumeux qui sinuait jusqu’au vieux portail séculaire de la chapelle patriarcale.

A l’intérieur, une épaisse pénombre a peine tempérée par la lumière sépulcrale filtrée a travers d’anciens vitraux ternis, enveloppait d’un lourd manteau d’ombre et de silence la nef, la voûte et le chœur où se dressait l'autel central au crucifix voilé d’un épais suaire noir comme aux jours de grande détresse.

Debout sous les lustres éteints, le dos tourné a l’autel, six prélats vêtus de bure, cagoule rabattue et portant chacun un long cierge allumé, entouraient sa sainteté posté devant un guéridon sur lequel clignotait un cierge et un épais livre parcheminé ouvert.

Point d’encens, ni de lumière pour accompagner cette étrange cérémonie, et encore moins d’auditoire ; juste une sourde litanie psalmodiée dans une langue morte par des hommes sans visage, a la lueur fantomale des cierges.

Le silence de catacombe qui suivit la fin du lancinant mantra pesa pendant d’interminables minutes, avant d’être brutalement déchiré par le timbre à la fois fluet et perçant de sa sainteté qui égrena sans préambule ni préliminaires, les trois noms :

- Celui du séditieux ex-général des armées du Roy, rentré au royaume après un long exil au pays des Francs.

- Celui du jeune et iconoclaste Duc du Nord, descendant d’une lignée royale déchue.

- Et celui du fielleux magistrat-écrivain et orateur, aisément reconnaissable tant par l’acerbité de la langue que par la brillance de la calvitie.

Livide et contracté, sa sainteté enchaina néanmoins avec une détermination farouche, appuyant fermement sur chaque syllabe de la terrible invocation, avec un ton qui montait en crescendo jusqu'à l’atteinte d’une stridence quasi insoutenable :

« Nous les excluons du sein notre sainte mère l’église, et les jugeons condamnables au feu eternel avec Satan, ses anges, et tous les réprouvés, tant qu’ils n’auront brisé les fers du démon, fait pénitence, et rendu satisfaction à l’église »

Arrivé a ce stade, sa sainteté souleva le livre de la vie posé grand ouvert devant lui, et le referma avec tant de violence que l’écho s’en répercuta a travers nef, chœur et absides, tel une balle de grâce tirée a bout portant sur la tempe d’un condamné.

Ensuite il souleva de son socle le cierge allumé, le retourna prestement, et en écrasa la flamme sur les dalles de l’église avant de le rejeter d’un geste expiatoire et rageur ; suivant son exemple, les six cagoulards postés derrière lui, retournèrent leurs cierges a l’unisson et les éteignirent sur le sol avant de les envoyer rouler sur les marches de l’autel.

A cet instant précis et alors que le son lugubre du glas se faisait entendre au dehors en synchronisation parfaite avec l’achèvement du rituel excommunicatoire, une bourrasque d’une rare violence, forçant grandes ouvertes les portes de la chapelle, s’y engouffra avec une sauvagerie inouïe, renversant sur son passage bancs, icones et statuettes, soulevant du même coup les robes des cagoulards qui s’empressèrent de battre en retraite, leurs longs caleçons blancs mis a découvert ; et sa sainteté qui dans un dernier sursaut, réussit a clamer d’une voix terrible : VADE RETRO SATANAS, avant de s'écrouler évanoui sous les lustres qui virevoltaient d’une folle sarabande.

Au dehors, la tête courbée devant l’orage, le sonneur, borgne et bossu selon la plus pure des traditions, ahanait a tirer obstinément sur la corde comme le damné qu’il était.

* * * *

A la mémoire du très cher et très regretté Luis Buñuel, cette deuxième partie est dédiée avec une grande humilité.

Bien engoncé au fond du siège arrière moelleux de sa limousine-salon dont l’intérieur sentait bon le cigare, l’eau de cologne et le cuir de luxe, son excellence n’était point mecontente d’avoir échappé au dîner a la colline sacrée, annulé pour permettre a sa sainteté de se remettre des séquelles d’un malaise heureusement passager.

En vérité son excellence qui n’a jamais porté sa sainteté dans le coeur, méprisait intérieurement les modestes origines rurales de ce dernier, déplorait son manque flagrant en finesse et en subtilité, et détestait franchement son ascétisme irritant d’octogénaire circonspect, sa table frugale et peu ragoûtante, son immense bicoque remplie de courants d’air, et présentement cette absurde cérémonie d’excommunication a laquelle il dut s’exécuter de mauvaise grâce, de même que cinq autres évêques semblablement contrariés.

Ayant extirpé de la poche intérieure de son élégant manteau en haute laine doublé d’Astrakan une fiasque argentée de laquelle il éclusa une bonne rasade de pur V.S.O.P, Monseigneur pria le chauffeur de baisser les stores électriques lors de son passage au beau milieu des bidonvilles qui faisaient pourtant partie intégrante de son diocèse.

Sale histoire quand-même que cette affaire d’excommunication fulmina-t-il en allumant son cigare d’un briquet plaqué or massif et frappé des armes de son excellence.

Comment traiter à présent des conséquences de l’expulsion de ces personnages hors de leur secte, alors tous les pronostics les y donnent confortablement vainqueurs aux législatives prochaines, sans pour cela tomber dans un chaos monstre sur le plan juridique, civique, social, personnel et religieux ; sans compter la menace d’un schisme fatal entre La majorité des Maronites et leur église; sinon une vague massive d’irréligion chez les Chrétiens restants dont les rangs s’amenuisent sans cesse ?

L’arrivée a la grille imposante de la somptueuse demeure épiscopale arracha son excellence a ses noires réflexions pour lui rappeler qu’il recevait ce soir des invités de marque (qu’il s’était empressé de contacter dès l’annulation du ‘’banquet’’ patriarcal), dont notamment un éminent cardinal de passage sur lequel le charme, la classe et l’érudition de son excellence (qui maitrise la langue de Dante a faire pâlir d’envie un Gabriele d’Annunzio), opérèrent si bien qu’il en devint d’emblée l’ami, voire l’allié a la cour papale.

Assis au milieu du confort luxueux de son bureau-bibliothèque aux murs recouverts de tableaux de maître et d’éditions rares, son excellence se versa un verre de sherry avant de sonner son majordome qui apparut comme par enchantement, preste, compassé et obséquieux. Son excellence dicta ses ordres : Lui faire couler un bain chaud, convoquer son masseur, lui sortir la tenue de soirée qu’il rapporta de Savile Row lors son récent séjour a Londres, et finalement de lui communiquer le menu du dîner.
Cette dernière requête étant prête, le larbin sortit du mince cartable qu’il portait sous le bras une liste de deux feuillets qu’il remit cérémonieusement à son excellence, qui chaussa son pince-nez doré avant d’y lire :

SALADES et ENTRÉES.

Salade panachée.
Salade verte.
Salade saison.
Gaspacho façon Madrid.
Pointes d’asperges sauce citron – moutarde ou vinaigrette
Champignons de Paris au four.
Cuisses de grenouilles à l’ail et coriandre.
Filets d’anchois aux câpres à l’Espagnole.
Filets de sardines marinés à la Portugaise.
Thon en Sushi façon Kyoto.
Assortiment d’huitres fraiches sur glace
Tourte d’esturgeon et caviar a la Saint-Pétersbourg.
Truffes au Champagne.

PLATS PRINCIPAUX.

Truites au Champagne
Filets de bar grillés sauce Italienne.
Loup de mer au sel.
Riz aux crevettes et petits légumes,
Buisson d’écrevisses a la Paul Bocuse.
Pâté de saumon d'Ecosse.
Homard royal.

FRUITS ET DESSERTS.

Fraises à l’Italienne au sucre-citron.
Ananas au kirsch a la Bavaroise.
Pommes- poires- pêches- abricots en compote.
Mandarines givrées a la Parisienne.
Sorbets divers aux fruits.
Corbeille de fruits exotiques.

Le deuxième feuillet comprenait une liste éclectique de vins, notamment des blancs de France, d’Italie et du Rhin ainsi que quelques champagnes prestigieux.

Avec un hum…hum approbateur, son excellence dont les petits yeux espiègles pétillaient de satisfaction contenue s’adressa négligemment au factotum toujours en garde a vous :

_ Je constate avec plaisir que le fait qu'on soit en plein mois de carême, et de surplus un vendredi, n’a point échappé a la sagacité ni au savoir-faire de notre maître-cuisinier...

...Chair maigre et point de gras, légumes, céréales et fruits ; en voici-là un menu de jeûne irréprochable qui ne manquera pas d’impressionner favorablement son Eminence...

...Congratulez donc le chef de ma part et dites-lui que Monseigneur est content de lui.

Ibrahim Tyan.

Tuesday, February 24, 2009

Le Père Noël est un enculé.










Comme surgie des tréfonds glauques de l’Hudson, l’orgueilleuse Babylone, étale l’écrasante morgue de ses tours-forteresses en verre et en acier, sa supériorité technologique et militaire indiscutable, et son opulence traduite par un revenu personnel excédant US $ : 100.000 per capita (2005), devant le reste d’un monde atterré et soumis.











la débordée NYPD, traite avec une indifférence blasée des babioles routinières telles que les vols, viols, arnaque, drogue, trafic, prostitution, kidnapping, meurtres et autres délits faisant partie du rituel quotidien de la cathédrale du capitalisme, mais reste interdite devant le dossier sans cesse grandissant d’atrocités d’une autre essence telles la pédophilie sous toutes ses formes, la traite des blanches, le marché sans cesse florissant de la torture et de l’assassinat virtuel fixés sur pellicule, ainsi que des rites Sataniques aboutissant au sacrifice humain, voire au cannibalisme.











Au fond de la jungle tropicale, a quelques heures d’avion de la nouvelle Métropolis, les indiens de l’Amazonie, ultimes survivants de l'âge de pierre pour qui la forêt reste la seule ressource et l'ultime sanctuaire, vivent en de petits groupuscules d’environ une cinquantaine d’individus qui pratiquent naturellement l’entraide, le partage et le bien commun.











Une sous-culture faite de mauvais romans et de films trash les dépeint comme des créatures plus proches de la bête que de l’homme, avides de sang, de torture et d’anthropophagie.

En réalité, le régime de base de ces paisibles primitifs qui ignorent l’hypocrisie, le mensonge, le vol et tout le volet des délits qualifiés de ‘’crapuleux’’ par les juristes et criminologues du monde civilisé, demeure essentiellement végétarien, quoique agrémenté des rares produits de chasse et de pêche permis par leurs moyens rudimentaires.

Les contacts avec la civilisation s’étant toujours avérés néfastes pour ces sauvages innocents, l’alcoolisme, la tuberculose, la variole et la syphilis apportés en ce monde vierge par l’homme blanc, continuent de décimer les derniers représentants de cette race en voie d’extinction, pour qui un simple rhume se mue en une épidémie mortelle.










Au Moyen-Orient, en plein cœur de la capitale de la première et dernière esquisse de république véritable, étouffée dans l’œuf par l’ignorance, l’intolérance et la corruption ainsi que par le rayonnement maléfique et convoiteux des théocraties régionales obscurantistes et antilibérales, eux-mêmes jouets des puissances mondiales implacables et inhumaines, une jeunesse égarée, ignorante de son passé, inconsciente de son présent et insouciante pour son avenir, essaie de vivre sa jeunesse comme elle le peut au sein du carré minuscule et factice qu’est ce downtown dont la reconstruction a coups de milliards engloutis dans le gouffre sans fond des panses prédatrices les as laissés, et leur progéniture, mortellement endettés pour des générations a venir.




















Epargnée du vandalisme des bulldozers de la rapacité, une infime parcelle restante des édifices historiques de style Ottoman et Renaissance Européenne qui firent jadis l’orgueil de la perle du Levant, affichent dans un mutisme honteux et résigné leurs nouvelles et mièvres façades tarabiscotées de maisons de poupée, fruits de la faconde créatrice des nouveaux esthètes-mercenaires d’un Liban qui n’a échappé a un infâme assujettissement que pour se retrouver sous le joug d’un autre.




































Des palaces de mille et une nuits constellent une capitale privée d’eau, d’électricité et d’un réseau sanitaire ou routier décents, tandis que des fortunes colossales érigent leurs gratte-ciel le long du littoral, transformant une simple vue sur la mer en un privilège exclusif pour hommes d’argent.











A quelques kilomètres de ce shangri-la doré pour Crésus et entremetteurs, une jungle urbaine présente depuis les années 1960 sous le nom de ceinture de la misère revêt aujourd’hui des proportions autrement plus inquiétantes ; conséquences inévitable engendrée par un régime où l’opulence incessamment croissante d’une minorité riche entraîne obligatoirement l’aggravation de la misère des démunis.











Une misère abjecte et inconcevable, sans nom ni visage, génératrice de tout fanatisme, ultracisme et intolérantisme…











Telle cette dictature des ‘’démunis’’ ; héritiers paradoxaux tant du NSDAP que de la dictature du prolétariat…



















Ou de ces héritiers de rien du tout, revenus de tout et capables de tout…









Ou de ce petit loup sans terre ni identité, mais qui se fait déjà les dents dans l’attente de son implantation définitive et officielle en territoire d’autrui.

Ce jour-là, petit loup sera devenu fort et grand ; et les reliquats des contestataires autochtones encore réfractaires trouveront en lui à qui parler.

Coucou !

Et dire qu’il y a encore des abrutis de Libanais qui croient toujours a cet enculé de Père-Noël.

Ibrahim Tyan.

Monday, January 12, 2009

Entre la poire et le fromage.

































Les lampes de l’épicier Garabed sont allumées.
Le citoyen Arménien n’a jamais pardonné,
que l’on air égorgé son père,
sur la montagne kurde,
mais il t’aime ;
parce que toi aussi tu n’as pas pardonné,
a ceux qui ont marqué de cette tache noire,
le front du peuple Turc.

- Nazim Hikmet.


Attablé en compagnie de ma femme et d’un couple de vieux amis, nous nous laissions délicieusement bercer par l’ambiance feutrée d’un des derniers restaurants authentiques de Beyrouth (sinon le dernier), et dont la carte des vins n’a rien à envier a celles de ses homologues Européens ou autres ; ce qui n’est certes pas le cas de tant de nouvelles gargotes-attrape-nigaud ‘’de luxe’’ d’Achrafieh, Verdun, Gemayzé ou du centre-ville.

Observant avec un émerveillement toujours renouvelé la virtuosité du chef a flamber cérémonieusement au cognac v.s.o.p le filet entier de bœuf Charolais embroché sur une longue lardoire argentée, et de nous le débiter en de succulentes tranches fumantes, croustillantes a l’extérieur et roses au centre comme il se doit, mon regard embrassa l’ensemble de la clientèle distinguée composée en majorité des derniers vestiges de l’ancienne bourgeoisie Beyrouthine et de quelques reliquats de cette classe moyenne aisée que trente années de guerres intestines et de misères sans fin, finirent par faire voler en éclats.

Un calme et une sérénité à peine tempérée par les notes cristallines de Luna Caprese égrenées légèrement et presque en sourdine au piano, régnait sur l’endroit pourtant bondé ; ce qui était fort compréhensible vu l’absence (guère étonnante) des habituels nouveaux riches ou anciens miliciens enrichis, qui se sont naturellement exemptés pour porter leur brouhaha et leur cacophonie vers d’autres lieux répondant mieux a leur culture et préférences.

Le vénérable Médoc aidant, la conversation s’anima et se ramifia pour se concentrer finalement sur le sujet inévitable de Gaza.

_ Dieu me pardonne, affirma la femme de mon ami, mais je pense que les Palestiniens ne paieront jamais assez pour tout le mal qu’ils ont causé au Liban et aux Libanais…

Connaissant le cœur d’or de la Dame, mais aussi la langue dont la connexité avec la jugeote n’est pas toujours des plus parfaites, je m’abstins de tout commentaire, préférant commander une nouvelle bonne bouteille et de boire à sa santé.

Pour préserver certaines amitiés, il faut savoir garder parfois certaines de ses opinions pour soi.

Mais pour aller au bout du raisonnement de mon amie et en admettant l’existence d’un certain Karma que les Palestiniens auraient mérité en conséquence de leur équipée Libanaise ; on serait curieux de savoir le genre de châtiment réservé par cette même justice universelle pour les Libanais qui les ont instigués, épaulés, et s’en sont servis a leurs propres fins, au prix de la ruine d’une nation !

Pas grand-chose je le crains ! puisqu’ils eurent tôt fait de se faire réinscrire a d’autres registres une fois la liste de paie d’Abou Ammar tarie, et de continuer à se pavaner jusqu'à nos jours sur la scène Libanaise en eternels parangons d’intégrité et de vertu patriotique.

Fidèle a une longue tradition de mystification systématique, mais peut-être aussi mués par un obscur complexe d’infériorité vis-à-vis des ‘’frères’’ Arabes qui ont toujours plus ou moins douté de leur ‘’Arabisme’’, cette même cabale nous ressert aujourd’hui l’ancien discours absurde qui réaffirme a bon entendeur que notre pays sera le DERNIER de la nation Arabe à pactiser avec Israël ; ce qui signifie en d’autres termes que lorsque notre tour viendra, il ne nous sera laissé que le triste constat de tous les marchés que nos frangins (notamment le grand frère Syrien) auront conclu avec le cousin Hébreu a notre détriment.

Paradoxalement, c’est le cratère ouvert de Gaza dont l’horreur et la sauvagerie prirent au dépourvu ceux qui s’y attendaient et le souhaitaient le plus, qui vient aujourd’hui bouleverser de fond en comble toutes les données régionales et même au delà.

Quelle que soit l’issue de la bataille, le rayonnement maléfique du charnier de Gaza, pièce Iranienne maitresse, se fait déjà sentir en les prémices d’un violent schisme Sunnite/Sunnite qui vient s’ajouter aux innombrables dissidences locales d’ordre politique et religieux, ainsi qu’une cassure de plus en plus profonde entre les populations Arabes et leurs autorités gouvernantes.

Une vision géopolitique et géostratégique épurée ramène forcement ce massacre sauvage a son cadre initial qui est celui du conflit régional central entre le Sunnisme formaliste et le raz-de-marée Chiite Khomeyniste et djihadiste qui a su tirer parti de la médiocrité des régimes Arabes dits ‘’modérés’’ pour s’approprier de leur commandité traditionnelle sur la cause Palestinienne.

D’où les alignements aberrants desdits régimes et leur comportement erratique dans le cadre d’une situation surréaliste où nous assistons au soutien des mouvements pro-Khomeynistes par le noyau dur du Sunnisme formaliste que sont les ‘’Frères Musulmans’’, tandis que l’extrême ultracisme Sunnite d’‘’Al Qaeda’’ se détourne ostensiblement du génocide de ses coreligionnaires de Gaza pour se perdre dans les méandres de Bombay après avoir mis l’Iraq a feu et a sang.

En avançant brusquement Gaza sur l’échiquier dans une manœuvre apparemment suicidaire, l’Iranien amorça un coup stratégique impitoyable et consommé qui fait peu de cas des vies palestiniennes (tout comme des vies Libanaises en 2006) ; qu’elle soit sacrifiée ou non, la pièce en elle-même lui est de moindre importance puisqu’il demeure avantagé dans les deux possibilités.

J’irais même jusqu'à supposer que les conséquences incalculables d’une Gaza écrasée par les ‘’Sahayina’h’’ au terme d’une lutte Homérique, lui seraient encore plus propices que l’éclat d’une Gaza ‘’victorieuse’’.

L’histoire pullule d’exemples de cadavres qui se sont avérés infiniment plus dangereux dans la mort que de leur vivant.

* * * *

Des bribes d’une conversation discrète qui me parvinrent d’une table voisine m’apprirent que ça discutait ferme des élections législatives prochaines et y décelais avec un amusement approbateur, une hostilité prononcée pour les forces du front qui se fait appeler ‘’l’opposition’’, notamment pour notre général Alcazar national.

En allumant à la bougie de cire d’abeille sur son bougeoir en argent le noble Cohiba que m’offrit mon ami, je me laissais aller l’espace de quelques instants délicieux a une contemplation bercée par la magnifique combinaison aromatique des veloutes bleues mêlées a ceux du cognac vénérable et du café corsé.

Alors que tout dans ma formation, ma culture et mes convictions me destinait à réagir favorablement avec les thèmes affichés par le mouvement du 14 Mars - pensais-je - pour quelle raison sont-ils devenus pour moi (et demeurent plus que jamais) : ‘’La clique du 14 Brumaire’’ ?

A cela, mon très cher et très regretté Nazim Hikmet m’a répondu a travers deux petites lignes magistrales tirées d’un poème où il est question de faux révolutionnaires :

…j’ai adoré les chants,
j’ai méprisé les hommes…

Ibrahim Tyan.

Thursday, January 1, 2009

Le cadeau de Noël de l'oncle Volodia*.



Entre le dramatique message téléphonique (et télévisé) de S.E annonçant a la nation a partir de Moscou, SON ‘’succès’’ dans les pourparlers en vue de doter l’armée de l’air Libanaise de Chasseurs modernes Mig29, et l’absurde balourdise de ses allusions appuyées sur l’Orthodoxie partagée entre S.E. et la sainte Russie, il ne restait qu’un petit effort d’imagination a faire pour se figurer l’espérance que nourrit sa très pieuse excellence de réinvestir les retombées de cet événement pour son propre compte (ou celui de son vioque), dans les prochaines législatives qui s’annoncent féroces dans l’enclave Chrétienne du Metn.

Loin d’être loufoque ou futile, ce genre de discours adressé à l’intention d’une masse inculte et superficielle qui a toujours défini ses choix politiques en fonction de ses impulsions primaires a toutes les chances de s’avérer utile et payant.

Pour ceux qui doutent de ce fait, il suffit de se remémorer de quelle manière les libanais dilapidèrent criminellement un capital magnifique constitué par un élan de solidarité nationale sans précédent, appuyé par une conjonction internationale des plus propices qui leur servit gracieusement sur un plateau d'argent, la délivrance inespérée de l’odieux joug Syrien au moment même où de guerre lasse, ils en étaient venus à s’y résigner comme d’une fatalité inexorable.

Mais avec le premier souffle de liberté retrouvée ressurgirent les eternels incubes et succubes familiers aux Libanais ; et les revoilà reflués en moins de rien aux tréfonds de la Géhenne de laquelle ils n’auraient jamais dû sortir.

Si les passions, la fureur, la rancune, l’intolérance, le délire fanatique et tous les états d’âme élémentaires affectent négativement la clairvoyance et le jugement en toute chose, qu’en serait-il de la politique où la sagacité, la prévision et le calcul froid et efficient sont loi ? D’où la sévère myopie politique des Libanais, doublée d’une hypermétropie grave qui les rend aussi inaptes à évaluer les données engendrées par le monde extérieur que celles résultant de leurs problèmes intérieurs.

A ces misères vient s’ajouter une amnésie historique totale avec l’incapacité de tirer la moindre leçon des erreurs passées ; depuis le temps où les Chrétiens Libanais (Maronites en majorité) crurent pouvoir dominer leurs concitoyens non Chrétiens en se servant de la couverture Française, et de la riposte des Musulmans (Sunnites) qui s’allièrent tour a tour a la Syrie, puis avec L’Egypte Nassérienne dans le même but, pour tomber enfin tels des poussins grillés dans la gueule de Yasser Arafat.
Les Chrétiens réagirent en se jetant dans le giron d’Israël (un suicide), et les Sunnites en renforçant leurs liens avec l’Arabie Saoudite, tandis que les Chiites tissaient doucement et en sourdine les premiers fils conducteurs avec l’Iran Khomeyniste...

Mais tout cela n’aurait été que de l’histoire ancienne s’il ne s’était perpétué jusqu'à nos jours, plus virulent et ignoble que jamais.

Les causes véritables du mal Libanais réside dans une absence totale de VALEURS HUMAINES qui se traduit par un manque tragique en HOMMES DE VALEUR.

Sinon comment expliquer les fanfaronnades de son excellence qui prend les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages (Ô Michel Audiard), en assenant aux Libanais la nouvelle de la dotation de leur armée d’un joujou aussi encombrant qu’inutile ?

Conçu comme un appareil d’« air superiority », (pour employer ici la terminologie de l’USAF) , le Mig29 est un super-intercepteur de la quatrième génération, essentiellement défensif, avec des moyens d’appui tactique et d’attaque du sol limités a inexistants (dépendant de ses différentes versions), et qui ne peut donner pleine mesure de ses exceptionnelles capacités d’interception qu’en coopération étroite avec un système de défense ultramoderne et hautement technologique dont il constitue le fer de lance, et qui va des installations terrestres, radars et moyens de communication sophistiqués jusqu’aux satellites militaires de surveillance et avions d’alerte rapide Awacs.

Qu’a donc a faire l’armée Libanaise dont la rôle n’excédera jamais celui d’une FSI amplifiée, d’engins aussi compliqués et a l’entretien onéreux, qui requièrent un minimum de personnel et d’installations dont le coût et les frais excèdent le budget de défense nationale, et qui ne correspondent que très imparfaitement a ses besoins d’appui tactique dont l’absence s’est faite cruellement sentir a Nahr-el-Bared ; surtout lorsqu’il existe tant dans les arsenaux Russes que dans ceux de maints autres pays, des appareils plus ‘’modestes’’, mais taillés exactement a la mesures de nos besoins et dont voici deux modèles rien que pour l’exemple :



A cela vient s’ajouter l’absence inexplicable de la moindre réaction Américaine (et de l’étonnant mutisme Israélien) concernant cette démarche, ainsi que la rumeur insinuant que la facture de cette transaction remontant a quelque $ : 300.000.000 sera prise en charge par nos frères Wahhabites (de plus en plus bizarre !) alors que la version ‘’officielle’’ qui nous sert son excellence stipule que ces appareils nous seront offerts en ‘’cadeau’’ par une Russie qui selon ma connaissance n’a pas d’argent a jeter par la fenêtre, surtout par les temps qui courent…

Serions nous devant une nouvelle opération triangulaire similaire a celle de l’Iran/Contra (1986), ou d’une machination mafieuse avec les habituelles primes, commissions et pots-de-vin adjacents ?

Il demeure que si le mystère et les ambigüités qui entourent cette affaire prêtent à toutes les conjectures, l’intérêt de l’armée, (a plus forte raison de la nation), ne semble pas avoir été pris en grande considération.

Toujours selon les sources de son excellence, la Russie (décidément d’humeur magnanime ces jours-ci) serait favorable a sa requête pour doter notre armée de terre de chars de combat T90, ce qui aurait été une excellente chose si des sources présidentielles n’avaient pas déjà révélé quelques semaines auparavant l’accord établi entre notre président et la chancelière Allemande A.Merkel pour la dotation de notre armée de chars Allemands de type ‘’Léopard’’ !!!

C’est à ce moment-là que l’oncle Sam décida de mettre à son tour ses grands pieds dans le plat pour annoncer d’un ton sans réplique que l’armée Libanaise sera fournie en chars Américains M-60. !!!!!!

Passons outre l’imbroglio politico-stratégique qui accompagne ces extravagances contradictoires pour nous borner à quelques petits détails techniques essentiels :

Si le t-90 Russe est une splendide machine de combat et que le Léopard Allemand ne l’est pas à un degré beaucoup moindre malgré son appartenance à une génération antérieure, le M-60 Américain n’est guère une option de choix.

Israël en fit l’amère expérience lors de la guerre de Kippour en 1973 lorsque ce char formait le gros de ses forces blindées.

Outre ses ‘’défauts de naissance’’ qui consistent en une consommation exagérée en carburant et une relative imprécision de tir, son comportement au combat révéla un moteur sujet a de pannes fréquentes et un blindage insuffisant surtout au niveau de la tourelle, d’où le sobriquet de ‘’cercueil sur chenilles’’ qui lui fut discerné par les tankistes de Tsahal.

La guerre terminée, les Israéliens qui avaient encore des centaines de ce char sur les bras durent les remanier de fond en comble pour leur conférer un niveau opérationnel a la limite de l’acceptable.



Entre les différences, les velléités, la confusion, l’amateurisme, les combines et l’arnaque, je crains fort que la remise sur pied tant espérée de nos forces armées nationales ne soit partie d’un très mauvais pied.

Entretemps ‘’Lettres du Liban’’ propose a ceux a qui le sujet intéresse de revoir un article intitulé « L’armée Libanaise et les leçons de Nahr-el-Bared », publié sur ce blog en date du 11 Aout 2007.

Depuis, l’opinion de ‘’Lettres du Liban’’ à ce sujet n’a pas changé d’un iota.

* * * *

Assis sur mon banc de pierre, je méditais sur le petit coin de paradis qu’est ce Liban peuplé en majorité de quadrupèdes inutiles, et que l’histoire et les circonstances ont situé entre trois entités dont deux qui lui ont juré sa perte, alors que la troisième qui l’aime passionnément revient inlassablement lui lécher les blessures avec toute la langueur, la tendresse, et l’indulgence infinie de l’éternité.



Ibrahim Tyan.

* Volodia: Diminutif Russe pour, Vladimir.

Sunday, December 14, 2008

La paix d'Aïn-el-Mraïsseh.


Une des dernières photos du splendide horizon dégagé d’Aïn-el-Mraïsseh avant l’invasion de la balustrade Disneyland et des Faucilles noires de la ‘’culture de la vie’’.

* * * *

Ceux qui connaissent Dr. Strangelove, le chef-d’œuvre cinématographique de Stanley Kubrick, s’en souviennent sans doute des cruciales dernières minutes lorsque la bombe H chevauchée par le Major ‘’Kong’’ de l’US Air Force percute le sol Russe déclenchant du même coup l’infernale Machine Soviétique de la fin des temps.

Je n’oublierais jamais l’horrible sensation d’irrémissible qui me prit a la gorge devant le ballet apocalyptique des champignons nucléaires qui se succédaient a l’écran en un ralenti silencieux et démoniaque, dans une imparable réaction en chaîne ponctuée par la sirupeuse mélodie nostalgique de ‘’we’ll meet again’’.

C’était en 1964.

A cette époque-là, la guerre froide battait son plein, et la hantise de l’holocauste nucléaire pesait sur l’inconscient de chaque habitant de la planète.

Avec presque un demi-siècle d’intervalle, je retrouvais la même pénible impression lorsque les pneumatiques de l’appareil présidentiel Syrien venu embarquer Michel Naïm Aoun vers une destinée qui n’a de connu que la destination géographique, touchèrent la piste d’atterrissage à l’aéroport de Beyrouth.

La mort dans l’âme, j’observais la délirante chorégraphie Baassiste montée a l’échelle nationale, cornaquer le ‘’pèlerinage’’ du général marron jusqu’au sépulcre de Saint Maron, et le déluge sans précédent d’honneurs qui lui fut déversé, et dont le point culminant advint a la Mosquée Damasquine d'Al Oumawi avec le Mufti de la nation ceignant notre corbeau national tel un nouveau Saladin de l’Abaya (manteau) des Omeyades, dans la plus pure tradition du renard de La Fontaine, a moins qu’il ne s’agisse là d’un écervelé dindon bien dodu qu’on se doit de bien engraisser en vue de la broche…ou de la farce.

Qu’un mégalo irresponsable choisisse sa voie est son affaire ; mais qu’il entraîne dans son sillage une tranche majeure de Chrétiens mystifiés, sans parler du reste des Libanais en est une autre…

Ces Libanais dont le tiers au bas mot ne reconnait aujourd’hui d’autorité que celle de l’absolutisme suprême du Faquih, lui vouant une obédience fanatique et inconditionnelle, allant jusqu'à l’accomplissement d’un Harakiri collectif si une Fatwa de sa Sainteté Ali Husseini Khămene’i l’exige, adviendrait-elle suite a une révélation qui lui aurait été dévoilée au cours d’un songe d’une nuit d’été Persane.

De l’autre versant se profilent les ânes bâtés du 14 Brumaire, qui ont sacrifié la prodigieuse aubaine d’une conjonction à l’échelle planétaire qui ne pointe que de siècle en siècle sur l’autel de leur médiocrité, font le triste bilan d’un état désagrégé et exsangue malgré tous les panneaux bêtifiants exécutés à prix d’or par les Andy Warhol du Dimanche, les tonnes de pétitions bidon partis alimenter les braseros de la garde du Grand Sérail, les moyens médiatiques mercenaires et éventés, et moult procession a fleurs, calicots, banderoles, ballons ou cierges bénis, en mémoire de ceux qui sont tombés ou de ceux qui sont destinés a l’être.

Ave Marikka, Morituri Te Salutant

Ou de la pitoyable utopie (ou fumisterie) d’une ‘’table de dialogue national’’ ; inutile ersatz d’un parlement marginalisé et d’une nation vidée de sa substance.

Ceci dit, j’avoue ne pas trop saisir le fond du différend entre les Libanais des deux ‘’camps’’, surtout lorsque certains de leurs ‘’théoriciens’’ ramènent cette dissension a des niveaux ‘’culturels’’ (culture de la vie contre culture de la mort) !!??

Qu’on le veuille ou non, entre l’Iran (sauvage et obscurantiste) et l’Arabie Saoudite (sage et modérée) les analogies sont beaucoup plus fondamentales que les dissemblances puisque tous deux sont Musulmans, riches et pétroliers, et que leurs deux ‘’cultures’’ proscrivent a l’unisson la fine fleur de la pensée humaine, a commencer par Darwin, Marx et Freud, a la tête d’une longue liste dont le plus récent ajout se trouve n’être autre que l’illustre Mickey Mouse.

Heureusement que le savoir universel semble n’avoir pas été complètement banni de sous nos cieux puisque la ligne de conduite de nos ‘’dirigeants’’ dévoile une admiration indubitable pour la pensée de Carl Schmidt ; sinon comment expliquer la réduction de notre constitution et l’ensemble de nos lois aux dédales des archives poussiéreuses, définitivement remplacées par un chapelet continu de résolutions décrétées « Exceptionnellement et pour une seule fois » !

عيش كتير بتشوف كتير ... و بتضحك أكتر

A la lumière des événements drastiques qui agitent la scène mondiale actuelle, a commencer par le désastre économique dont personne n’a encore pu en mesurer avec exactitude l’étendue ni les conséquences, une nouvelle dynamique internationale engendrée par la force même du changement s’est presque spontanément créée avec des effets politiques immédiats notamment l’effondrement de la théorie des axes qui fit autorité au cours de la précédente décennie.

Ne pouvant échapper a ce nouvel état de choses, les axes Syro-Iranien et Egypto-Saoudien sont déjà en perte de vitesse sur notre scène régionale, au grand dam de nos‘’leaders’’ locaux dont les attributs couvrent tous les paramètres situés entre l’ânerie élémentaire et l’amoralité vicelarde.

Déduirons-nous pour autant une fin proche au calvaire Libanais ?

Point du tout hélas ; bien au contraire !

Cependant, il serait intéressant de noter rien que pour la constatation, qu’identiquement aux marchés Libanais ouverts sans restriction aux fournisseurs locaux et internationaux sans l’ombre d’une surveillance, la scène politique Libanaise demeure a son tour un terrain tout aussi favorable pour l’écoulement de toute ‘’marchandise idéologique’’ invendable partout ailleurs parce qu’avariée ou périmée.

* * * *

Un incroyable ciel de fin d’après-midi de Décembre couvrait Aïn-el-Mraïsseh d’un intense bleu translucide comme une immense coupole d’un introuvable cristal.

A l’horizon, la symphonie silencieuse de pourpre et de lumière déployait majestueusement ses premières mesures au-dessus de la sérénité mystique d’une Méditerranée irréelle.

Bien emmitouflé dans mon anorak, je dégustais par petites gorgées de bien-être le merveilleux contraste entre le froid coupant de Décembre et la merveilleuse luminosité à faire pâlir d’envie un flamboyant Juillet.

Mentalement je fis place sur mon banc de pierre à mon vieil ami Bachir que j’aurais aimé avoir prés de moi en ces instants magiques, face a Mare Nostrum dans toute sa splendeur, pour discuter avec lui de cette Marginalité Glorieuse de l’intellectuel face a la barbarie et la terreur, le despotisme et l'imposture...


Ibrahim Tyan.

Wednesday, November 5, 2008

Vue d'Aïn-el-Mraïsseh.



The woods are lovely, dark and deep,
But I have promises to keep,
And miles to go before I sleep,
And miles to go before I sleep.


_ Robert Lee Frost 1874-1963.

* * * *

Le phénomène souvent inexpliqué de l’emprise exercée sur certains esprits par des lieux ou des choses, a rarement été mieux transcrit que par Marcel Proust lorsqu’il retraça dans son œuvre autobiographique monumentale, l’émotion extraordinaire ressentie par l’écrivain Bergotte a la vision d’un petit pan de mur jaune sur la célèbre toile ‘’Vue de Delft’’ de Vermeer, et les conséquences bouleversantes qui lui en découlèrent.

Or il est une minuscule parcelle de la corniche d’Aïn-el-Mraïsseh, et un petit banc de pierre face a la mer, miraculeusement épargnés par les esthètes de la ‘’renaissance’’ postiche qui défigura Beyrouth dès la dernière décennie du siècle passé, et qui semblent receler un portail occulte vers une autre dimension.

Que de fois n’y ais-je ressenti les signes annonciateurs, en une variation subtile mais perceptible des vibrations de l’air, de la lumière et des sons, tout seul assis face a un bleu soudain inconnu, qui émerveilla d’autres yeux au cours d’un énigmatique autrefois.

Et la place frémissante sous la splendeur d’un soleil d’antan, vibrante d’un rythme tendre et alangui ; et les voix des rares passants au lointain qui m’arrivaient en sourdine et comme à retardement, mêlés au doux chuchotement de l’éternité azuréenne.

Instants rares et privilégiés, las, désormais tronqués et comme ébréchés, depuis que je ne me considère plus de ce Beyrouth, ni lui de moi.

Certes qu’Aïn-el-Mraïsseh ne sera pas délaissé pour autant, ni le petit carré magique dont la garde des sceaux me fut confiée par ce qui ne concerne que moi ; mais une page a été définitivement tournée, et l’image de l’adorant inconditionnel volant a la rencontre de son adorée s’est définitivement estompée, pour faire place a celle du vieil épicurien salace se rendant en pleine connaissance de cause chez une courtisane expérimentée, sachant parfaitement ce qu’il désire s’elle, et elle de lui.

Faut vivre avec son temps.

Et avec l’effrayante nullité de la plupart des personnages au pouvoir dans le monde d’aujourd’hui.

Tout en remerciant le destin pour l’échec de l’opération qui emmena l’esquimaude crétine et béotienne à délaisser son igloo de l’Alaska pour se rallier au vieillard WASP, prostatique et a moitié sénile, dans le but de réinstaurer dans le pays le plus puissant de l’histoire, un pouvoir a leur image qui aurait décidé de votre sort et du mien.

Le temps est donc à la célébration et aux réjouissances.

Mais le premier moment d’euphorie passé, la coulée de lave incandescente et toujours mouvante qu’est le désastre économique national duquel hérite le premier président ‘’coloré’’ des Etats-Unis qui marque de sa jeune et courageuse persona la fin de l’ère ploutocratique Reaganienne, risque d’être beaucoup trop importante et maléfique pour pouvoir être encore endiguée avec succès, et tant que personne n’ose (ou ne veut) prononcer dans le pays des lobbys, trusts et cartels, le terme blasphématoire de ‘’Socialisme Démocratique’’ qui aurait dû être en premier lieu la doctrine de base de la nation Américaine, et de brûler en autodafé l’effigie d’Adam Smith Esquire, plutôt que d’arnaquer le reste de la planète pour raviver un système corrompu et agonisant.

Aussi, faut-il compter avec l’Amérique rurale et profonde qui recèle les forces vives et réelles de la nation (plutôt que la surabondance factice de Wall-Street), et qui demeure idéologiquement ‘’confédéraliste’’ et sauvagement réfractaire a l’idée d’un ‘’Nigger’’ au siège de la plus haute autorité nationale.

Il faut avoir connu de très prés la société Américaine pour se rendre compte du péril immense qui menace aujourd’hui ce pays, et ce nouveau président qui risque en cas d’échec de sa politique économique, de réveiller d’un seul coup tous les démons de l’Amérique Ku-Klux-Klan, jusqu'au point de revoir la nation scindée en deux comme en 1861 ; et ce ne sont point là des paroles mâchées.

3nathalfan

Reste la délectation réelle que j’eus a observer le désarroi a peine voilé sur les chaines TV câblées du Golfe, et les frimes allongées des commentateurs bédouins qui s’efforçaient de minimiser la défaite cuisante de ''leur'' candidat néo-cons, a leur audience de cons.

Entretemps les centrifugeuses Iraniennes dont chaque rotation de chicane nous rapproche inexorablement vers l’inconnu, continuent de tourner allégrement à plein régime…

Ibrahim Tyan.

* Visitez « Les carnets du Beyrouthin ».