Saturday, August 18, 2007

L'ange déchu de la rue de Phénicie.



Je suis comme toi, Ô Nuit, constant et éperdu ; dans ma poitrine gisent embaumés dans leurs larmes, des milliers d'amants dans des linceuls de baisers flétris.

Gibran Khalil Gibran.
La nuit et le fou.

* * * *


J’aurais voulu entamer ce récit avec la formule sempiternelle ‘’il était une fois’’, mais ce que j’ai à raconter aujourd’hui n’a rien d’un conte de fée, mais plutôt d’un conte vrai de Beyrouth ; de L’AUTRE Beyrouth, celui qui sombra à jamais dans les flammes de la démence, des pierres croulantes des immeubles éventrés, et de l’horreur des nuits sans lune sur ses décombres de ville-cimetière où la nature avait repris ses droits ; et du vent glacial qui hululait désormais dans ses rues mortes à travers la végétation sauvage qui avait craquelé l’asphalte et brisé les pavés, et de ses chiens errants qui, pour avoir goûté à la chair humaine, avaient renoué après des millénaires de domesticité, avec la nature première de leur vénérable Grand-Maitre ancestral, le Loup.

* * * *

Jadis en descendant Souk-el-Tawilé, on arrivait jusqu’au fameux restaurant Oriental ‘’Al Ajami’’ dont le renommé ‘’Chawarma’’, une pure et savante merveille qui fondait dans la bouche, et la glace Arabe authentique à la crème ‘’Kachta’’, parfumée au mastic d’Alep ‘’Miské’’ et pavée de pistaches vertes avaient atteint un niveau de perfection qui ne sera jamais plus égalé.

Plus loin, du côté de la mer, vous accueillait le mythique restaurant Libanais du ‘’Bahri’’ et son propriétaire, le non moins célèbre Mitri Tueini, un très grand Monsieur, et grand ami de ma famille.

Que de fois ne l’ais-je entendu affirmer à mon père que les noms des ‘’sept familles’’ Chrétiennes et Musulmanes, [dont les Tuéini et les Tyan] fondatrices de la ville de Beyrouth commençaient toutes selon lui, par la lettre : T ?!?

Réalité ou fanfaronnades de Beyrouthin, il demeure que la table incroyable de Mitri qui croulait sous les mezzés les plus raffinés, du ‘’Batrakh’’ Egyptien le plus rare, au succulent ‘’Tarama’’ ou caviar Grec tout frais, des viandes, poissons et fruits de mer les plus exquis jusqu’aux croquettes chaudes aux crevettes et les épaisses tranches de fromage ‘’Halloum’’ que l’on vous servait dorées au beurre dans des terrines brûlantes, était une réelle évidence. .

Sur le même trajet, le Palm Beach Hôtel était devenu une borne incontournable depuis que la bande du théâtre de dix heures y avait établi ses quartiers généraux ; et tous les soirs, les Beyrouthins avaient rendez-vous avec Pierre et Cécile Gédéon, Gaston Chikhany, Dudul et les autres, pour les voir sur scène, tourner allégrement en dérision toutes les ‘’stars’’ de la politique Libanaise.

De l’autre côté, semblable à une citadelle au milieu de la Méditerranée, trônait le magnifique Saint-Georges, superbe hôtel à cinq étoiles [authentiques] et rendez-vous de l’élite Beyrouthine et de la jet-set Internationale.

La capitale incontestée de la vie nocturne à Beyrouth et dans tout l’Orient était la région De Zeitouné et ses ramifications qui s’étendaient jusqu’à la rue de Phénicie. Bars et boites de nuit, mais surtout des cabarets [conception aujourd’hui presque disparue au Liban] à la renommée mondiale tels le Venus, le Lido, le Kit-Kat ou les Caves du Roy offraient des numéros de standing International.

L’ « Epi Club » du dynamique et talentueux Toros Siranossian qui vivait à l’époque ses plus beaux jours, parraina les débuts Internationaux de Dalida, de Mireille Mathieu, de Nana Mouskouri et d’un certain Julio Iglesias.
Des noms tels Brel, Bécaud ou Aznavour y étaient des têtes d’affiche régulières.

C’est vers la fin de ces temps, et peu avant l’éruption du volcan qui fit voler en éclats les rêves et les fables du petit paradis Méditerranéen, que les habitués de la vie nocturne Beyrouthine virent l’inauguration du dernier-né de leurs cabarets qui arborait le même titre que le temple Parisien du strip-tease, le « Crazy Horse Saloon », auquel je dois un des plus mémorables ‘’éblouissements’’ de ma vie.

En ce temps là, j’entamais tout juste une carrière professionnelle des plus fructueuses, j’étais jeune, libre et indépendant avec de l’allure, du caractère, de l’argent, et de la testostérone à gogo.

C’était sur l’invitation d’un soir d’un ami de longue date que je mis les pieds pour la première fois au ‘’Crazy Horse’’.

N’ayant jamais été particulièrement porté vers le voyeurisme, il me faut dire que j’acceptais en ce temps-là l’invitation de mon ami parce que j’aimais bien sa compagnie, son intellectualisme et sa vaste culture. Malheureusement, je constatais une fois sur place qu’il nous était virtuellement impossible d’échanger la moindre bribe de conversation cohérente vu la musique qui était débitée à pleins décibels, et me résolus donc de reporter mon attention sur le manège des filles qui se succédaient devant moi pour se foutre à poil.

Une douce torpeur m’envahissait déjà lorsqu’ELLE apparut sur scène pour clore la première partie du show ; et mon cœur fit deux ou trois ratés.

Devant moi, grande, mince et souple comme une liane, suintant la sensualité animale de tous les pores de sa peau soyeuse et basanée de métisse Amazonienne, se tenait l’incarnation même du DIABLE, dans toute sa fascination envoûtante et sulfureuse.

Une beauté incroyable à peine voilée par le mince cache-sexe réglementaire exigé par la dame censure de l’époque, des petits seins arrogants et fermes qui défiaient les lois de la pesanteur dans toutes les postures et un corps musclé de sportive sans une once de graisse mais qui conservait cependant là où il le fallait, les courbes gracieuses qui caractérisent une anatomie féminine absolument exceptionnelle.

Mais c’était surtout l’aura de sexualité à l’état pur, brut et fondamental que tout son être torride dégageait, même à l’état statique, qui me bouleversa.

Sur mes instances pressantes, mon ami qui connaissait mieux que moi les labyrinthes de la nuit, exprima à qui de droit le désir de voir ‘’Jungle Queen’’ [ô le sobriquet ridicule], partager notre table. C’est ainsi qu’une demi-heure plus tard, la Brésilienne Carmen Silva, moulée dans une simple robe noire, les cheveux brillants d’un noir de jais sobrement tirés vers l’arrière, très légèrement maquillée et sans artifices ni bijoux était assise devant moi.

Elle n’en était que plus fascinante.

Champagne. (C’était désormais moi qui régalais).

A mon grand étonnement, la belle me voyant commander du Dom Pérignon, exprima gentiment de sa voix chantante et un peu rauque, [elle fumait des Luckies sans filtre] dans un assez bon Anglais, qu’elle préférerait au cas où cela ne me dérangerait pas du Mumm ‘Cordon Rouge’ (bien moins cher !!!).

Maintenant assise devant moi, je découvrais de près le visage de cette créature extraordinaire. Plutôt allongé, les pommettes hautes et prononcées, le nez légèrement épaté et les lèvres gourmandes et ourlées découvraient de temps en temps une dentition éblouissante.

Mais c’étaient les yeux qui m’arrêtèrent le plus, des yeux d’un noir absolu, plutôt petits, langoureux et comme ensommeillés, mais traversés en de furtifs instants d’éclairs d’une dureté peu commune.

Plus la soirée avançait, plus j’étais sous l’envoûtement de cette fascinante créature dont l’esprit s’avéra encore plus extraordinaire que le physique et lorsque mon ami et moi prirent congé d’elle, je m’inclinais cérémonieusement et lui fis un baisemain comme on en fait à une grande dame ; elle eut un sourire imperceptible et s’approcha de moi jusqu’à ce que je sentis la chaleur de son corps contre le mien, puis soudain, et de la façon la plus inattendue, m’effleura furtivement les lèvres des siennes, me soufflant au passage : Wait for me.

Mon ami me quitta sur les goguenardises d’usage et je suivis Carmen qui habitait à deux pas du club dans un complexe d’appartements meublés.

Décrire ce que je ressentis lorsque je me retrouvais tout seul avec elle dans la cage d’ascendeur, et la façon dont elle se lova voluptueusement contre moi, me murmurant dans le cou des mots en Portugais entrecoupés de halètements rauques, dépasse mes facultés d’écriture…

* * * *

A peine vingt minutes plus tard, un taxi me débarqua à trois heures du matin devant le café trottoir ‘’La Dolce Vita’’ à Raouché.

A un maître Habib étonné, je commandais un double cognac à la place de mon double express habituel et m’accoudais à la table, la chemise encore béante, la cravate défaite, et la tête entre les mains.

La foudre tombant du ciel droit sur mon crane m’aurait moins ‘’sonné’’.

Carmen Silva, la ‘’jungle queen’’ Amazonienne qui m’avait enflammé le sang et les sens était un travesti.

Un transsexuel quoi. Un mec comme moi !

Et dire que j’avais encore ‘’son’’ parfum qui me collait à la chemise.

Ibrahim Tyan.

Tuesday, August 14, 2007

Tant qu'il y aura des âmes de bonne volonté...



Les familiers de ce blog savent qu’il n’est pas dans mes habitudes de publier en première page, les notes et commentaires qui me parviennent par voies diverses des nombreux lecteurs de ce site.
L’exception que je fais aujourd’hui est pleinement justifiée. Il suffit de lire le texte intégral qui suivra, de la lettre qui m’est parvenue hier en réaction à l’article « Main basse sur la ville » paru sur ce blog, pour saisir les raisons de ma démarche.



L’Exilée à ecrit:

Cher Monsieur,

Je viens de terminer, pour remplir une commande, des recherches sur votre ville dont j'ignorais tout jusque-là, étant d'un autre monde.

Je suis éblouie par votre énergie, vos souvenirs, votre espoir, et votre écriture. J'aurais voulu visiter cette ville qui n'est plus aujourd'hui. Je partage votre deuil.

Je viens d'une culture qui est en train de mourir, engloutie par le Géant qui malgré les apparences supporte mal les différences. Mais vous lisant, et comprenant mieux votre situation actuelle, je suis gênée par notre paresse et nos craintes, celles qui nous feront disparaître, sans violence, insidieusement.

Je trace sans doute des parallèles sans grande pertinence, puisque notre situation en apparence si paisible n'a à première vue rien de commun avec la vôtre. Mais voilà. Mes pensées sur le sujet. Nous partageons certainement avec vous l'envie de voir cohabiter dans la paix de nombreuses cultures comme c'est encore possible aujourd'hui dans notre métropole. Mais notre peuple a tout oublié. Cette amnésie et notre paresse nous conduit à appuyer des pays dangereux.

Je salue votre courage et vos idées.

Bien cordialement, et humblement,
Monday - August 13 – 2007


Réponse de Lettres du Liban.

Chère Exilée,

‘’Je viens de terminer, pour remplir une commande, des recherches sur votre ville dont j'ignorais tout jusque-là, étant d'un autre monde… J'aurais voulu visiter cette ville qui n'est plus aujourd'hui. Je partage votre deuil.’’

Ces mots généreux, issus d’un autre monde et d’une autre culture, qui ont traversé mers et océans, en destination de ce blog modeste, m’ont bouleversé l’âme et rempli le cœur de joie et de reconnaissance.

Merci de m’avoir rappelé que toutes les ténèbres du monde ne peuvent estomper la lueur d’une bougie, que le témoignage sincère trouvera toujours oreille attentive, et que les dirigeants les plus criminels n’ont jamais pu étouffer la voix des âmes de bonne volonté.

Encore une fois, en toute humilité,

Merci.

Ibrahim Tyan.

Saturday, August 11, 2007

L'armée Libanaise et les leçons de Nahr-el-Bared.



J’ai longtemps médité avant d’écrire cet article, n’étant point un spécialiste en la matière, du moins dans le sens académique du terme. Mais depuis que les analystes et autres ‘’strategoi’’ militaires ont inondé nos écrans de leur expertise, je me suis fait une raison d’y opposer mon point de vue de simple citoyen averti, à leur orgueilleuse pédanterie

Il demeure que les suggestions qui suivront sont complètement réalistes et se placent théoriquement à la portée des moyens d’un pays comme Liban, qui à les possibilités de dilapider en l’espace de dix ans 10 milliards de dollars sur une compagnie d’électricité défectueuse, et de s’endetter de plus de 45 milliards de dollars ‘’Sans Ciller’’.

Cependant, et vu l’état actuel des choses, les lignes qui suivront ne peuvent paradoxalement être envisagées aujourd’hui, que comme étant les souhaits utopiques d’un patriote sincère, navré de voir sa patrie et son armée s’effilocher de jour en jour, dans les dédales absurdes de l’antilogique et de l’aberration.

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Une grande nation est avant tout une forte nation.
-Napoléon Bonaparte.

Rien ne suscite la convoitise comme un petit pays prospère et désarmé.

La bataille de Nahr-el Bared à mis au grand jour les lacunes mortelles de l’armée Libanaise et le manque cruel en effectifs et équipement moderne adéquats qui lui auraient permis de faire face avec le minimum de pertes possibles, à un ennemi qui s’est avéré sauvagement déterminé et finalement mieux équipé.

L’armée n’eut de choix pour combler ce tragique déficit que d’y opposer la valeur et la bravoure de ses officiers et soldats, dont beaucoup eurent, faute d’appui efficace, le sort pitoyable de chair à canon ; d’où le bilan catastrophique en pertes humaines dans ses rangs, et le chiffre exorbitant des blessés dont beaucoup demeureront invalides et handicapés à vie.

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Pour le profane, l’efficacité militaire consiste surtout en la puissance de feu (canons, chars, bombardiers, etc.). Mais une armée ne peut dépendre de ce seul facteur, aussi important soit-il, les conditions de la guerre moderne ayant engendré d’autres nécessités tout aussi importantes et dont l’armée Libanaise devrait se doter au plus vite, et de développer urgemment celles déjà existantes en son sein ; les secteurs principaux étant :

* Les unités médicales équipées d’hôpitaux de campagne avec la capacité de performer des interventions chirurgicales majeures en pleine bataille.

* Les unités de génie et de déminage, équipées des véhicules et du matériel nécessaire, capables de se frayer rapidement un passage au milieu d’une région minée, de rétablir la circulation sur une route accidentée ou sur un pont détruit.

* Les unités de mécanique capables d’assurer le maintien des groupes mécanisés et d’en effectuer les réparations sur place.

* La rapidité d’action étant une des conditions primordiales de la guerre d’aujourd’hui, toutes les unités de l’armée devraient être complètement mécanisées. L’utilisation du véhicule blindé tout-terrain pour le transport des troupes est un facteur vital pour assurer la sécurité maximale des soldats et la vitesse de leur déploiement.

* Enfin l’établissement en des endroits stratégiques du pays de ‘’bunkers’’ souterrains capables de soutenir d’intenses bombardements et abritant des stocks de vivres, médicaments, munitions, pièces de rechange et de carburant, destinés à l’usage de l’armée en cas d’urgence.

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- De doctrine obligatoirement DEFENSIVE, il serait primordial pour l’armée Libanaise de porter le gros de son effort pour se doter ainsi que l’entière superficie du pays d’un système efficace de missiles sol-air à longue, moyenne et courte portée, qui couterait beaucoup moins cher que l’achat de chasseurs modernes onéreux et parfaitement inutiles face à une armée de l’air Israélienne considérable et à la pointe du progrès.

Il serait utile de rappeler ici que le bloc Occidental, continue à refuser de doter le Liban (ainsi que d’autres pays Arabes frontaliers avec Israël comme la Jordanie) de ce genre de système de défense, qui entraverait sérieusement la liberté d’action de l’armée de l’air Israélienne et sa capacité d’opérer en toute impunité au-dessus de ces territoires.

Voila pourquoi le Liban devrait se porter vers d’autres pays à l’importante industrie militaire, et non soumis à la volonté Occidentale, comme la Russie, ou encore la Chine qui jouit d’une indépendance politique encore plus complète dans ce domaine.

Depuis qu’un missile sol-air Soviétiques réussit à abattre l’intouchable U2 Américain en 1960, le système de DCA de ‘’l’Est’’ s’avéra être un atout majeur qui fit ses preuves dans maint conflit armé, notamment dans celui du Viêtnam et de la guerre de Kippour.

Un des points forts de ce système DCA et de ses radars adjacents consiste dans le fait qu’il peut être entièrement monté sur des véhicules VTT d’une grande mobilité, ce qui le rend difficilement repérer able par l’ennemi.

- En remplacement du système de télécommunication vétuste ECM qu’un technicien novice est désormais en mesure de ‘’hackquer’’ ou de brouiller, notre armée se doit de se doter d’un nouveau dispositif efficace qui devrait pouvoir relier les armées de terre , de l’air et de la marine de façon à leur permettre d’agir en concert, et de gérer la bataille avec un maximum d’efficacité.

- Outre le poste terrestre de centralisation, qui reçoit et redistribue infos et data à tous les corps d’armée, un puissant radar AÉRIEN intermédiaire est nécessaire pour donner la première alarme [Early Warning], et assurer la bonne conduite des opérations. A ce sujet, les Américains vendirent aux Saoudiens de formidables Boeing AWACS tout à fait inappropriés ; quant aux Israéliens, ils préférèrent des Grumman E-2 HAWKEYE, infiniment plus modestes, mais parfaitement adaptés à leurs besoins militaires, ainsi qu’à la nature du théâtre éventuel des opérations.

L’acquisition d’un tel appareil de l’Occident restant une pure utopie, l’industrie aéronautique Russe ou Chinoise offre une panoplie complète de laquelle les experts de l’armée Libanaise pourraient choisir le modèle le plus conforme à leurs besoins.

- Ayant constaté durant la guerre en Afghanistan l’efficacité du MI-24 HIND, hélicoptère d’attaque Soviétique révolutionnaire, les Américains s’empressèrent d’en construire un appareil analogue en le très médiatisé et trop surestimé AH-64 APACHE. Les Chinois produisent plusieurs variantes du HIND sous License. La bataille de Nahr-el-Bared à démontré d’une façon irréfutable le besoin vital de l’armée pour ce genre d’appareil.

- Egalement issu de l’expérience Soviétique de la guerre en Afghanistan, l’avion d’attaque du sol : Sukhoï SU-25/39 ‘’Frogfoot’’, véritable petit ‘’camion à bombes’’ avec la faculté d’agir aussi en appareil de reconnaissance, constitue un formidable instrument d’appui tactique à prix modique et de grande efficacité, pour n’importe quel assaut mené par l’infanterie et les blindés.

- Finalement, il est primordial pour l’armée Libanaise de doter toutes ses branches des technologies incontournables du viseur à laser et de la vision nocturne ‘’night vision’’, sans lesquelles l’efficacité de toute armée, aussi forte soit-elle, serait sérieusement amoindrie.

* Un des plus grands problèmes des petits pays importateurs d’armes est leur dépendance en pièces de rechange et en munitions envers le pays d’origine. Ici il serait bon de signaler que l’établissement d’une modeste usine pour assurer au moins les obus pour les chars et les canons ne couterait pas beaucoup plus cher qu’une chaîne pour la procession et la mise en boite de lait en poudre.

Dans cet exposé, il ne fut pas question de chars de combat, d’artillerie de campagne et autre matériel classique malgré son importance capitale, notre premier objectif étant de faire la lumière sur les déficits spécifiques qui ont jusqu’alors rendu notre armée, SOURDE, MUETTE, AVEUGLE et MANCHOTE à Nahr-el-Bared.

Mais il semble que même dans le domaine des blindés, nous serons emmenés à négocier avec la Russie ou la Chine, après le refus du gouvernement Allemand de nous vendre des chars modernes LEOPARD, dû au veto opposé par le lobby Israélo – Américain à cette transaction.

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Ce petit papier ne prétend rien résoudre. Il démontre juste ce qu’il faut faire et quoi acquérir pour que notre armée ne se retrouve jamais plus en position de cible inerte et sans défense devant l’ennemi.

Y aurait-il quelqu’un au Liban qui serait intéressé à ce qu’un projet pareil voie le jour ?

Notre gouvernement trouverait-il le courage nécessaire d’entreprendre ce pas et de s’attirer ainsi le courroux d’Israël et des USA ?

Les éventuels pays fournisseurs d’armes auront-ils assez d’indépendance et d’autonomie pour oser nous armer contre la volonté de l’oncle Sam ?

Enfin dans le relevé final, la grande question demeure la suivante :

Serait-il dans l’intérêt du Liban de s’armer pour se défendre, provoquant ainsi l’inimité de l’Occident, notamment des Etats-Unis ?

Ou bien ferait-il mieux de rester dans les bonnes grâces du protectorat Occidental aligné inconditionnellement à la cause Israëlienne ?

Tough Questions !

Ibrahim Tyan.

Monday, August 6, 2007

L'Eylau du Général.



Le 8 février 1807, à Eylau, Napoléon 1er affrontait les Russes dans la bataille la plus sanglante et la plus indécise de son épopée.

Les Russes s’attribuent la victoire même si les Français restent maîtres du terrain. Bilan : 40.000 morts et blessés. L’Empereur, sincèrement ému par l’ampleur du désastre, mesure pour la première fois le coût de la guerre.

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Les électeurs Maronites du Metn se sont prononcés à travers les caisses électorales, en retirant au Général Aoun la procuration générale spéciale avec pleins pouvoirs qu’ils lui avaient accordés massivement et sans restriction en 2005.

Les cafouilles répétées du Général, son manque de vision stratégique et la candeur erratique de son parcours politique, ajoutés à l’efficacité de la désinformation adverse, ainsi qu’aux forces organiques du sectarisme, du féodalisme, et de l’argent, partie inhérente de la nature même du mental Libanais, ont fini par avoir raison du Tsunami sur lequel le Chrétien Libanais laïc et Liberal avait bâti tant d’espoirs.

Comme ces Hébreux de l’Exode, qui, exaspérés selon la légende par l’interminable traversée du désert, profitèrent de l’absence de Moïse appelé par Yahvé sur le sommet du Mont-Sinaï, pour se refaire un veau d’or et de l’adorer, le Maronites Libanais reprirent le culte de leurs anciens démons, duquel ils ne s’en sont jamais vraiment sortis.

Il est encore tôt pour énumérer et de mesurer les conséquences incalculables que ce nouvel état des choses aura sur les Chrétiens du Liban ainsi que sur le Christianisme entier au Proche-Orient, surtout lorsque l’on sait que les nouvelles/anciennes divinités reprises aujourd’hui par les Maronites sont les mêmes qui ont étés de par le passé, les artisans mêmes de leur malheur.

Pour ceux qui lèveront un sourcil sceptique à la lecture du paragraphe ci-dessus je dirais : Qui vivra verra.

Entretemps, les Elections de Beyrouth se déroulent dans le désintéressement et l’ataraxie les plus complets ; là-bas, les règles sont différentes et les jeux ont étés déjà faits.

Dans la capitale qui fut jadis le fier bastion du Libéralisme Arabe, les élections législatives ne sont plus aujourd’hui qu’une formalité ennuyeuse à laquelle il ne pourra en aucun cas être permis de troubler la sérénité heureuse et léthargique d’une monarchie absolue.

Ibrahim Tyan.

Tuesday, July 24, 2007

Main basse sur la ville.



La photo ci-dessus représente le quartier de Zeitouné d'avant-guerre au crépuscule. [Cliquez pour agrandir] L’immeuble Starco apparaît dans la photo, ainsi que la mer qui arrivait jusqu'aux remparts de la ville avant que les quais immenses de la Marina du grand bienfaiteur ne viennent la refouler bien loin. Ainsi que le gigantesque silo en béton érigé pour étouffer l’hôtel Saint Georges qui n’apparaît pas ici, mais qui bouche complètement l’horizon au promeneur.
Admirez aussi la belle balustrade de pierre de style Ottoman qui bordait l’avenue, et qui à été remplacée depuis par une barre de fer.


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La traversée du cœur de Beyrouth, ce ‘’Downtown’’ de sa nouvelle appellation populaire, et région de SOLIDERE, de sa désignation administrative et foncière, est un des périples les plus riches et les plus édifiants qu’il est donné à un mortel d’effectuer, à condition d’avoir les yeux ouverts et les pieds bien sur terre et non sur un nuage de fumée ou de fumisteries.

Dès 1976, le gros du travail de destruction du centre de Beyrouth et de sa transformation en un no man’s land qui divisait la capitale en deux tranches distinctes, Chrétienne et Musulmane avait déjà été accompli ; et les quelques rares périodes de répit advenus après cette date furent mis à profit par les bulldozers de l’homme d’argent venu du Sud pour achever de rendre irréparables les outrages des miliciens, toujours sous prétexte d’aide ‘’bénévole’’ de la part du ‘’grand bienfaiteur’’ qui s’est découvert une âme de Beyrouthin et une passion démesurée pour tout ce qui se rapporte à cette Ville-Aubaine dont la seule évocation suffisait désormais pour lui mouiller d’émotion les yeux et de convoitise les babines.

« Beyrouth aux Beyrouthins » fut l’un de ses slogans favoris, aujourd’hui repris à grand fracas médiatique par son cheikh de rejeton.

Pourtant à y penser sérieusement, cette devise absurde, rengorgeant le chauvinisme arrogant et la xénophobie, rejette ipso facto son titulaire aux racines Méridionales, ainsi que son Wahhabite de marmot, hors de l’égrégore éclectique des Beyrouthins de pure souche.

Avec la déchéance des villes mythiques de l’Est de la Méditerranée, comme Tyr, Sidon, Tripoli, Saint-Jean-D’acre et dernièrement la belle Alexandrie étouffée par le zèle Nationaliste Nassérien, Le dernier joyau resté presque intact était la ville de toutes les villes, et la perle de toutes les perles, Beyrouth l’incomparable qui coule dans mes veines avec mon sang, et que le Cheikh Wahhabite prétends aujourd’hui, chérir plus tendrement et en connaître l’intérêt mieux que moi.

Avec le déclin de la vague de nationalisme Arabe des années 1950/1960, une équation idiote et arbitraire prédomina dans le monde Arabe, et qui stipulait : Arabe = Musulman, aujourd’hui en passe d’être supplantée par une autre formule encore plus aberrante : Musulman = Sunnite.

Cette ligne de pensée [si on peut la qualifier comme telle], sera l’origine de ruine et de dégradation inimaginables dans le monde Arabe à tous les niveaux.

Aujourd’hui, un autre cliché, extrait de la même veine, est en passe d’être pernicieusement implanté dans l’inconscient Libanais : Beyrouthin = Sunnite.

Avec toutes les conséquences qu’une telle aliénation ignorantissime et ridicule peut entrainer.

Dans le Beyrouth d’avant 1975 que je connais intimement, se côtoyaient l’Européen, le juif Levantin, l’Arabe, le Turc, l’Arménien, le Kurde et le Persan. Tout l’Orient était représenté et personne ne pensait à différencier entre ces hommes à partir de leur race, fortune, confession ou idéologie.

Un bel exemple de cette union était une grande banque Française sur la place, où je fis mes débuts dans les années 1960, et dont le PDG était un Français, le directeur-adjoint un Chrétien Libanais, le sous-directeur auquel j’étais directement affilié, un Juif Libanais natif d’Alep, tandis que mon chef immédiat au service du crédit documentaire où je travaillais était un Musulman appartenant à une des plus vieilles familles Sunnites de Beyrouth.
Je n’oublierais jamais le banquet d’adieu donné en l’honneur de notre Directeur Français lorsqu’il reçut l’ordre de réintégrer Paris, suite à une sérieuse promotion qui le plaçait au sein du conseil général d’administration, et les larmes amères qu’il versa, lui d’habitude si réservé, en levant son verre et en déclarant d’une voix tremblante qu’il n’oublierait jamais ce beau pays où il passa avec sa famille les plus beaux jours de leur existence.

In Vino Veritas !

Mais Beyrouth fait aussi partie des choses qui méritent d’être pleurées.

Le cœur de Beyrouth était un plaisir pour les yeux. Deux cents ans d’histoire et d’architecture Méditerranéenne étaient encore préservés sur les façades d’immeubles qui rappelaient tour à tour Florence, Gêne, Marseille, Venise, Salonique et Istanbul. Un parfum de paradis fait des relents d’épices des anciens souks (voir : Ombres et visages), mêlé aux effluves de café avec ou sans cardamome renvoyé par les nombreux vieux cafés pittoresques, flottait sur ces lieux paradisiaques que l’urbanisme sauvage et la modernité exclusivement argentifère n’avait pas encore altérés.

Comme épargné des horreurs qui agitaient le monde extérieur, Beyrouth continuait à vivre de sa propre vie à son propre rythme, loin de la guerre froide, du conflit Israélo-arabe, des différends entre les régimes Arabes, mais surtout, inconscient du changement hideux advenu dans le monde Occidental qui à troqué entretemps son prestigieux héritage Gréco-romain fait de savoir et de lumière, contre une étroite identité Judéo-chrétienne, et d’un monde ‘’Islamique’’ livré de plus en plus aux mouvements extrémistes du ‘’Djihad’’, et du ‘’Takfir’’.

En ces temps-là, les Eglises, les Mosquées et les Synagogues (eh oui !) de Beyrouth représentaient véritablement une symbiose unique de cultures et de croyances différentes, les seuls critères en vigueur étant la famille, la profession, le quartier et l’amitié millénaire entre les différences.

Voila ce qui rendit les Beyrouthins aussi coriaces devant l’adversité, avec cette volonté stoïque de continuer à vivre comme si de rien n’était, attitude qui frisait parfois l’inconscience et l’absurde, et qui laissa le reste du Monde pantois.

Mais à défaut des canons de la guerre civile [incivile], c’est l’effritement économique qui finit par avoir raison de la farouche résistance de cette urbanité complexe et merveilleuse, face aux nouveaux requins de la finance, qui attendaient patiemment leur heure pour faire main basse sur la ville.

Un matraquage médiatique diaboliquement organisé à réussi à leurrer beaucoup de personnes de bonne volonté, surtout dans le rang des jeunes qui ignorent tout de ce Liban d’antan, suite à une désinformation systématique qui rejetait tout le blâme du drame Libanais sur les ‘’générations précédentes’’, et les nouveaux Barons de la Finance, les mêmes qui ont dépossédé les vieux Beyrouthins de leur ville par ruse et escroquerie, ou simplement par l’usage de la force, se parent aujourd’hui comme étant les représentants de la ‘’culture de la vie’’ et les seuls garants pour l’avenir du Liban.

De quel avenir parlent-ils donc ?

De celui des politiciens véreux, des miliciens et criminels de guerre ou des journalistes mercenaires ?

Ou serait-il celui des couches souterraines superposées d’histoire, éliminées à la dynamite du cœur même de Beyrouth, véritable assassinat de la mémoire, pour ériger à leur emplacement, des rêves factices climatisés de verre et d'acier ?

Ou serait-ce encore la mer, de plus en plus invisible sauf à partir des immeubles de luxe, et au mètre carré au prix du marché ?

Le centre ville qui séparait les deux Beyrouth au temps de la guerre est redevenu aujourd’hui une ligne de démarcation autrement plus humiliante puisqu’elle sépare désormais les riches des autres.

Et quelle culture professent-ils ?

Celle des bulldozers et de la dynamite ?

Ou celle de l’attaché-case bourré de dollars à blanchir, ou pour payer les bons et loyaux services de Fath-el-Islam ?


Ibrahim Tyan.

Saturday, July 14, 2007

Le café d'Aïn-el-Mraïsseh.




Il m’est arrivé souvent au cours mon enfance, d’entendre Feu mon père ainsi que d’autres adultes de sa génération, utiliser dans leur jargon d’anciens Beyrouthins une expression dépréciative qui consistait à comparer l’objet de leur désapprobation au ‘’Café d’Aïn-el-Mraïsseh’’.

Que de fois n’entendis-je le cher homme, après une inspection-surprise effectuée dans ma chambre, me sommer sur un ton sans réplique : ‘’Je te donne une heure pour mettre de l’ordre dans tout ce foutoir ; ma parole on se croirait au café d’Aïn-el-Mraïsseh ici’’.
Ou lorsque vaincu par l’ennui, il m’arrivait parfois de piquer un petit somme à l’église durant l’office du Dimanche, son souffle dans mon oreille me ramenait sans ménagement à la sainte réalité : ‘’Réveille-toi et tiens-toi bien droit’’ me chuchotait-il ‘’ici tu n’es pas au café d’Aïn-el-Mraïsseh’’.

Je dois donc aux tances paternelles dont l’unique effet fut d’éveiller en moi le désir de voir de plus près ce lieu ‘’peu recommandable’’, ainsi qu’aux directives de quelques camarades de collège natifs de la région, le privilège de la découverte dans ma prime jeunesse d’adolescent d’Achrafieh, du vénérable café ‘’Al-Bahreïn’’ dont le sobriquet populaire de ‘’Café d’Aïn-el-Mraïsseh’’ prévalut sur son nom véritable, et survécut ainsi dans la mémoire plébéienne.

Pourtant le coup de foudre ne fut pas immédiat, et l’endroit de prime abord avait tout pour rebuter le petit petit-bourgeois domestiqué et cul-bénit que j’étais.

Imaginez-vous des marches en bois branlantes fixées à même la roche, qui vous menaient en-dessous de la route, toujours plus bas jusqu’au niveau des vagues, vers une méchante bicoque sommaire aux vitres opaques de saleté, et dont l’intérieur sombre et enfumé débouchait sur une invraisemblable jetée faite de planches pourries qui fendait la mer, juchée sur des pilotis aussi précaires que vermoulus.

Un véritable coupe-gorge marin, sans doute l’œuvre d’un vieux charpentier à moitié toqué et ivrogne de surcroit.

Mais l’âge venant, ma vision des êtres et des choses s’éclaircit considérablement ; le fond primant désormais sur la forme, je commençais enfin à saisir pourquoi le Rabelais de ma jeunesse prêchait de casser l’os afin d’en extraire ‘’la substantifique moëlle’’. Il m’arrivait donc de plus en plus souvent en fin d’après-midi, de dégrafer ma cravate et de laisser mon bureau de Hamra aux bons soins du personnel, pour me rendre seul ou avec quelques amis au café d’Aïn-el-Mraïsseh.

Chaque étape principale de ma vie est attachée à un café que je choisissais pour sa personnalité qui rimait avec mon état du moment ; Pour le Café d’Aïn-el-Mraïsseh, le contraire s’est passé.

C’était ‘’lui’’ qui jeta sur moi son dévolu.

Insensiblement je devins un ‘’accro’’ de cette table située au bout de la jetée, que la Méditerranée cernait de trois cotés et de ces couchers de soleil grandioses, explosions chatoyantes de flamme, de splendeur et de tranquillité.

Apres la défaite quotidienne des légions de lumière, un long moment de paix et de silence s’installe dans l’univers, avant l’avance inéluctable de l’armée de l’ombre triomphante à travers le ciel, les êtres et les choses.

Assis devant ma table solitaire au bout de la jetée, entouré des derniers poudroiements d’or et d’écarlate, avec pour seuls compagnons ma cigarette et le chuintement langoureux de la Méditerranée, je ne pouvais imaginer de meilleurs auspices pour communier l’espace d’un éclair hélas trop furtif, microcosme éphémère avec le macrocosme éternel.

Avec le temps, je découvris que l’aspect rudimentaire de l’endroit n’était que pur leurre, le café y était excellent et de loin supérieur à la lavasse standard servie dans les Mövenpick, Strand, Modca, Express, et autres établissements à la mode du moment. Les Tasses et les verres étaient d’une propreté impeccable, dans les narguilés brulait un authentique tabac Iranien « Ajami » et non cette merde Egyptienne bon marché d’aujourd’hui, poisseuse de mélasse et de parfum synthétique écœurant, et le plat de Foul qui débordait d’huile d’olive extra-vierge arrivait accompagné de petits pains chauds et d’un extraordinaire plateau bigarré où la tendre ciboulette fraîche avoisinait avec de brillantes olives noires, des radis croquants, des branches de menthe verte et d’une belle tomate rutilante. Un pur délice.

Hicham, Zeidan et Bilal étaient à mes petits soins et réussirent à me faire croire que j’étais leur client préféré jusqu’au jour où je les vis s’occuper avec le même zèle de Michel Abou-Jaoudé (célèbre analyste politique du journal An-Nahar) qui venait souvent accompagné de Samir Nasri. (Critique cinématographique bien connu).

Mais mon mec favori était incontestablement Mahmoud le cuistot, qui était aux anges lorsque je pointais quelquefois en galante compagnie ; alors il sortait tout son art pour expédier à notre table un mezzé de derrière les fagots au milieu duquel trônait une succulente friture de poissons frais, de quoi épater ma compagne et de ‘’me blanchir la face’’. Et le bougre y parvenait !

Mahmoud avait entreposé dans sa cuisine un ancien poste de radio massif qui devait dater de l’époque de Marconi et dont l’aiguille chercheuse s'était volontairement bloquée sur une seule et unique station : « Saout-el-Arab Minal’ Kahira ».

Le soir tombé, les reflets dans l’eau des luminaires et le doux murmure continuel des vagues ajoutés aux effets bénéfiques d’une bonne bouteille dispensaient à la nuit Beyrouthine bien plus de magie encore.

Mahmoud, à travers la lucarne de sa cuisine me fait un clin d’œil en m’indiquant sa radio dont il hausse légèrement le volume. Il sait ce que j’aime, et les premières mesures de ‘’Keliobatra’’ (Cléopâtre) de Mohammad Abdel-Wahab fusent dans l’air balsamique de la nuit d’été, au dessus des eaux tranquilles d’Aïn-el-Mraisseh :

Notre nuit est faite de vin et de désir
Et d’un voile de lumière qui protège nos ombres…

Les buveurs de la nuit, ivres se sont assoupis
Mais nous ont devancés au réveil
Ah, s’ils avaient connu un amour comme le nôtre
Ils seraient encore paupières closes…

Chaque fois qu’une coupe trinque
Le buveur nous regarde avec indulgence…

Ô mon amour, ce soir je suis en mal d’amour
Ah si je pouvais te faire partager
Les joies de mon cœur.



Qui donc parmi les paroliers ou interprètes Arabes d’aujourd’hui, oserait écrire ou chanter pareilles strophes ?

Ibrahim Tyan.

Ps. Comme tant d’autres choses, le café d’Aïn-el-Mraïsseh à disparu aujourd’hui, remplacé par une horrible bâtisse kitsch et vulgaire et la jetée en bois à été démolie pour faire place à une rade en béton pour canots à moteur.

Friday, July 6, 2007

Pour entretenir le flambeau.



Ramsès II, fils de Sethi Premier, Seigneur des Deux Terres, [Ouser-Maât-Rê] ; Maître des apparitions en gloire et troisième Pharaon de la XIXème Dynastie, doit frémir d’orgueil du bord de la barque solaire d’Osiris, au spectacle de la stèle millénaire qu’il érigea jadis en haute Egypte en l’honneur de son seigneur et maître Amon-Râ, et qui trône aujourd’hui, respectueusement chapeautée d’or, au beau milieu de la place de la Concorde, au cœur même de la plus prestigieuse des villes-lumière des temps modernes.

A Paris, pour retrouver les ombres illustres de Gertrude Stein et Alice B. Toklas, Ingres, Henry James ou Chateaubriand, il suffit de déjeuner à la ‘Closerie des Lilas’, ou de prendre un verre au café des ‘Deux Magots’ pour que revivent devant vos yeux les images de Picasso, Hemingway, Apollinaire, ainsi que celles de Lénine et Trotski, (et leur célèbre échiquier) ; Elsa Triolet, André Gide, Jean Giraudoux, Fernand Léger, Prévert, Sartre et Simone de Beauvoir.

* * * *

En 1965, Moshe Dayan publia un livre intitulé : ‘Journal de la campagne du Sinaï 1956’ dans lequel les plans et les cartes militaires relatives à l’opération « Kadesh » menée à l’époque par l’armée israélienne, et qui se solda par l’occupation du territoire Egyptien du Sinaï et de la rive ouest du canal de Suez, étaient dévoilés phase par phase dans leurs plus infimes détails.

En juin 1967, le Israéliens réappliquèrent presque à la lettre le même plan : [Opération Kadesh révisée], en lançant sur les mêmes pistes, trois corps d’armée dans une vaste manœuvre d’encerclement pour réoccuper le Sinaï et la rive ouest du canal.

Aux journalistes qui s’étonnaient à l’issue de la guerre des six jours, qu’Israël prit l’incroyable risque de recourir au même plan d’attaque de 1956 pourtant déjà dévoilé au grand public et disponible dans toutes les librairies, un Dayan grassement cynique, rétorqua avec tout l’humour graveleux qui lui était propre : Aucun risque puisque de toute façon, les Arabes ne lisent pas.

* * * *

Il existe un terme Libanais délicieux pour dépeindre l’état d’esprit du nigaud, ahuri devant un phénomène qui le dépasse ; on dit qu’il en reste: « Bouche bée et couilles ballantes. »

Semblable est aujourd’hui l’attitude du bédouin fondamentalement inculte, et de par ce fait même, ô combien impuissant et vulnérable, devant le raz-de-marée déferlant de la civilisation - imposture Yankee.

Arnold Toynbee publiait déjà en 1951 : « … l'hypertrophie technologique de notre civilisation s'est accompagnée d'une atrophie des comportements et des valeurs intellectuelles et spirituelles de civilisation, que ce soit du domaine de la pensée, de la croyance, de la culture au sens le plus large. »

Au Liban, dont la cote intellectuelle est résolument en chute libre depuis trente ans, nos ‘’dirigeants’’, devant lesquels, un Don Vito Corleone ferait figure d’humaniste philanthrope, profitent toujours de leurs prestations vespérales télévisées, pour nous dégueuler à la face les mêmes borborygmes inintelligibles au milieu desquels on peut distinguer les termes sempiternels de DÉMOCRATIE et de CONSTITUTION.

Ô prodige incroyable et merveille des merveilles, que d’ouïr ces visionnaires illuminés pontifier et catéchiser si savamment sur la DÉMOCRATIE et les VALEURS RÉPUBLICAINES, sans pour cela posséder une traître notion d’Aristote, de Platon, de Cicéron ou même d’un Jules César !

Encore un miracle Libanais !

* * * *

* Question : Est-ce que Farid Mkari est au courant que La caractéristique de la civilisation occidentale est l'acquisition d'une puissance technologique assez grande pour interrompre le cycle des autres civilisations ?

* Question : Est-ce que Georges Adwane soupçonne que la puissance technique occidentale est assez grande pour dissimuler un processus de décadence normale en une perversion du déséquilibre, et en une fuite en avant technologique ?

* Question : Est-ce que le Cheikh Saad sait que la civilisation occidentale ne vise à rien moins qu'à l'incorporation de toute l'humanité en une grande société unique, et au contrôle de tout ce que, sur terre, sur mer et dans les airs, peut être exploité grâce à la technologie occidentale de pointe ?


* Réponse à tout : Depuis qu’au Liban, on a réussi (avec l’aide de Dieu) à exterminer la race malfaisante et chimérique des Ibrahim El Yazigi, Amine El Rihani, Gebran Khalil Gebran, Charles Malek, Michel Chiha, Petro Trad, Omar Daouk, Hassan Kamel El Sabbah, Maurice Gemayel et autres illuminés trublions et corrupteurs, Personne ne se pose plus (grâce soit rendue à Dieu) ce genre de questions absurdes et improductives.

* * * *

Sans culture authentique, donc sans pensée ni esprit, l’homme de notre temps devient une proie facile au conformisme auquel s’est habitué l’essentiel de la population humaine. La force de la complicité établie entre le citoyen et le mensonge virtualisé qu'on lui présente comme explication de son temps est des plus offensantes.

Si nous savons y faire, nous pouvons cependant utiliser à notre profit les structures de liberté que le système se contraint lui-même à respecter, parce que de cette liberté dépendent aussi les bénéfices dont il se nourrit.

Internet est le plus bel exemple du phénomène. Structure d'une infinie liberté et disponibilité, établie pour faire circuler le commerce et l'information favorables au système, elle aboutit également et surtout, à permettre la circulation de l'information antisystème dans une mesure qui était encore inespérée il y a quelques années.

Audace et liberté, audace fortement liée à la liberté, et audace parce que liberté, voilà les antidotes dont il faut faire usage.

Ibrahim Tyan.

Ps. J’avais presque oublié que les CONSILIERI de nos DONS nationaux vont se rendre en France dans une semaine pour se réunir dans la banlieue romantique de Saint-Cloud sous l’égide de Bernard Kouchner.

Connaissant d’avance leur discours, je ne peux qu’envier le père Bernard et donnerais cher pour être à la place du veinard.

Ah ma mère! Ce qu’il va se bidonner…

Ibrahim