Friday, April 30, 2010

Plus noir que vous ne pensez *












*Darker than you think.
Jack Williamson – 1948


L’existence humaine est jalonnée de brefs éclairs de félicité aussi fortuits qu’éphémères ; instants Nirvâniques révolus que l’homme cherche obstinément à recréer, et dont le souvenir souvent sublimé lui obsède la mémoire et hante l’esprit.

Mais l’aspiration incoercible du temps fonctionne à sens unique, et le terrible vortex ne restitue jamais les moments défunts.

Il faut être un vieux Beyrouthin invétéré pour ressentir pleinement le coup de cette cruelle certitude, décuplée par la disparition physique de la ville génitrice de ses passions et de ses rêves, dans les méandres de la méconnaissance et de l’oubli.

C’est vers les débuts des années 90’ du siècle dernier que je pus enfin remettre les pieds après une quinzaine d’années d’absence forcée, dans le coquet petit quartier situé sur l’infâme ‘’ligne verte’’ qui séparait les deux Beyrouth, et qui abritait la maison paternelle de ma jeunesse.

Seuls ceux qui ont vécu pareille expérience dans leur vie, peuvent se figurer pleinement l’intensité de ce qui suit :

Tel un navire déboussolé au milieu d’une mer inconnue, je restais là, incapable de me situer ; à plus forte raison, de deviner l’emplacement de mon ancien logis au milieu de ces immenses étendues désertiques, dégarnies et nivelées au bulldozer, et dont le moindre facteur externe qui irait travailler grâce aux indices de l’encodage dans mon inconscient pour me rendre un seul et unique souvenir facile à retrouver, avait été impitoyablement radié.

Semblable à Ulysse au terme de son Odyssée, qui dans un premier temps ne reconnut point Ithaque, j’aurais, de longues années durant, écumé la moitié du globe, pour me retrouver bel et bien égaré au beau milieu de ma rue, au seuil même de ce qui fut ma demeure et mon chez moi !

Si je t’oublie, ô Jérusalem que ma droite m’oublie !
Que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens de toi ; si je ne fais de Jérusalem le principal sujet de ma joie !


David – Psaume 137.

Si ces paroles plus ou moins incertaines, d’un psautier plus ou moins légendaire, concernant un endroit plus ou moins déterminé et un événement historiquement indécis, trouvèrent une descendance plus ou moins contestable pour se les transmettre jusqu'à nos jours, et des crédules (et des véreux…) pour y croire (ou faire semblant) et de leur conférer (par la raison du plus fort), souveraineté, légitimité et soutien illimité, avec toutes les conséquences qui s’en suivirent ; serait-il de trop qu’un homme réel, actuel et encore de ce monde, vienne de son modeste blog libre et affranchi, chanter à tout vent, la mémoire de la perle du Levant, immolée sur l’autel de l’obscurantisme, la fourberie, le fanatisme et l’imposture ?

Et de déplorer le sort de ses crétins de compatriotes qui s’autodétruisirent sous l’œil (et le financement) de leurs ‘’frères’’, qui versaient des larmes de crocodile en suivant sur leurs écrans avec un délicieux petit frisson morbide, les prouesses sanguinaires des Libanais, tout en ruminant des feuilles de Khat et se malaxant paresseusement les glaouis !

Or il se trouve qu’une imagerie fréquemment évoquée, insiste pour représenter les Libanais en tant que peuple ‘’fortement politisé’’.

Par quel raisonnement absurde, les partisans de cette conviction sont-ils arrivés à déceler de l’éveil politique chez un pauvre hère dénué du moindre privilège civique ou social ; un pouilleux, lésé, dépouillé, affamé et abaissé dans ses droits les plus élémentaires, mais qui s’avère être malgré tout, ‘’idéologiquement ‘’ et farouchement de droite !

Un « petit-bourgeois mental » miséreux et nécessiteux, au statut personnel inferieur à celui d’un chien dans une société évoluée ; ce qui ne l’empêche pas d’entretenir religieusement les chaînes qui l’entravent et d’idéaliser la crapule qui l’exploite !

Entre ‘’Politisé’’ et ‘’Fanatisé’’, la distance se mesure par années-lumière…

****
Les nuits sont encore fraîches en cette période de l’année, et de fréquentes coupures d’électricité, rendent la corniche d’Aïn-el-Mraïsseh plus noire et plus déserte encore, pour ma plus grande félicité.

Le bruit, la saleté, la laideur, la misère, la vulgarité et le mauvais goût étalés au grand jour, disparaissent à l’intérieur du cocon noir de la nuit Beyrouthine où je m’y vautre avec béatitude, tel un fœtus au cœur des entrailles maternelles.

Accoudé à la balustrade, face à l’immensité noire et miroitante, je me laissais peu à peu emporter par le chuintement du doux ressac qui avait bercé mes nuits lointaines, lorsque le sang nouveau battait vite et fort dans mes artères, alimentant rêves et espérances, et une soif de vivre que la terre entière ne pouvait étancher.

Et je sentais, mes facultés auditives et olfactives décuplées dans l’obscurité telles celles d’un vieux loup-garou ; tellement et si bien que j’aurais juré avoir décelé l’arôme précieux d’un bégonia en fleur que j’avais remarqué à plus d’un kilomètre en venant, mêlé aux effluves lourds et iodés, faits d’algues, de lichens et d’un prodigieux bouillon naturel de culture, et qui sont les exhalations mêmes de la matrice originelle dont le souvenir immémorial demeure conservé dans le secret de chaque cellule de ma vieille carcasse éphémère.

Beyrouth. Ô mon Beyrouth.
Je suis un étranger en cet absurde carnaval.
Abrège mon calvaire.
Emmène-moi là où tu es parti.
Efface ma honte et mon désespoir.
Reprends-moi dans ta paix et ta sérénité.


Ibrahim Tyan.

Monday, March 22, 2010

J'IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES **



















جنس عاطل*



*(Mauvaise Graine)
_Walid Bey Joumblatt. 2009.


C’est dans l’état de ses articulations que l’on décèle les signes avant-coureurs de l’ultime déchéance physique, lorsque dans l’intimité secrète de ses rotules, l’ankylose encore bénigne mais déjà chronique, témoigne de la reptation irréversible du temps, et de l’approche inéluctable du dernier acte de la vaine mascarade.

Aussi vaines étaient mes pensées, (penser,…quelle occupation absurde !), assis devant le bleu d’Aïn-el Mraïsseh, sur ce méchant banc public où je m’étais autrefois tant illusionné, en ce début d’un mois de Mars charriant déjà dans ses effluves, les prémices d’un nouvel été meurtrier.

Pense qui voudrait ce que voudra, mais la vilaine faune mal dégrossie qui défilait devant mes yeux indifférents avec ses affreux mioches qui saccageaient sans vergogne ni retenue la flore coûteuse et inappropriée avec laquelle les Le Nôtre de la ‘’culture de la vie’’ avaient achevé de déprécier la corniche de ma jeunesse, (au détriment d’un reste de pays sauvagement frustré), m’était carrément étrangère, voire ennemie.

Car le Liban véritable c'est avant tout ce brave peuple sous développé, et toutes ces bonnes gens incultes avec lesquelles j’ai l’indicible infortune de partager le terroir et l’identité.

Leurs certitudes politiques et religieuses, leurs conceptions urbaines et civiques, leurs tendances culturelles, leurs préférences artistiques, vestimentaires et culinaires, leur logique, leur morale, et même leur manière de copuler dans le secret de leurs sordides alcôves me sont hélas, livre ouvert.

Et s’ils braient aujourd’hui leur misère, semblables aux ânes bâtés qu’ils sont, et couinent leur panique, tels des gorets que l’on emmène à l’abattoir, c’est parce que leur cortex blindé est demeuré imperméable au théorème élémentaire stipulant que celui qui consent à se laisser acheter doit s’attendre incessamment à se retrouver vendu, voire sacrifié aux temps des grandes liquidations.

Mais ils n’ont point leur pareil pour boire du petit lait lorsque le vice-secrétaire général (et Mikhaïl Kalinine) du parti d’Allah, nous gratifie de son éloquence raffinée, comme dans cette récente apparition télévisée dont voici quelques extraits :

« …Nous sommes résolument pour des élections municipales basées sur le principe de la majorité relative, et demeurons intransigeants pour leur tenue sans retard ni ajournement dans leur délai fixé par la constitution…/…mais serions cependant prêts à envisager le renvoi dédites élections vers une date ultérieure si les autres partis le jugent utile, voire de la révision de la loi entière si cela s’avère nécessaire…/ …finalement, le système qui sera adopté pour ces élections ainsi que de leur tenue ou non, nous est parfaitement égal puisque dans le cadre de n’importe quelle solution concernant ce sujet, le Hizb n’a strictement rien à y gagner et rien perdre… »

_ Merde que c’est bien dit ! Mais finalement c’est quoi ?

_ Walaw ! C’est de la dialectique Divine, Ya Hmar.

Cependant, c’est chez les Chrétiens Libanais (ces ‘’Chrétins’’…) que l’absurde tourne au tragique.

Défaits, amoindris et déchus, on les retrouve aujourd’hui réduits à l’état de deux sordides factions irréconciliables, opérant chacune de son côté en qualité de ‘’légion étrangère’’ au service des deux grands sectes Islamiques antagonistes au Liban.

Triste destin pour ceux qui constituèrent un jour, la fine fleur du progressisme Levantin, et demeurent les seuls Chrétiens de la région à jouir dans leur pays d’origine, de leur plein droit à la citoyenneté intégrale.

Qui peut aujourd’hui au milieu de l’aliénation générale, exclure la possibilité du déclenchement d’une ‘’nuit de longs couteaux’’ au sein de l’enclave Chrétienne (les Chrétiens en ont une longue tradition), qui adviendrait à un moment choisi (par d’autres), et qui aurait pour but principal de rectifier les rapports de force établis sur la scène locale depuis le précédent du 7 Mai 2008 ?

Assis à la lisière de cette ville étrangère erigée sur les décombres d’une autre dont je ne me souviens presque plus, et qu’une assez récente enquête de Paris Match désigna comme la capitale la plus laide du bassin Méditerranéen, je méditais devant l’immensité bleue sur la futilité des questions dont j’ai la fâcheuse habitude de m'en masturber les méninges, et qui vont de se demander si Léon Tolstoï mérite le titre du plus grand écrivain de tous les temps, ou que l’inachevé dans la Neuvième était quelque chose de bien voulu par le grand Ludwig ou non, en passant par le degré de l’influence Kierkegaardienne sur l’œuvre d’Ingmar Bergman, ainsi que de tant d’autres foutaises de la même veine ; alors que je SAIS qu’il n’existe le moindre espoir pour la moindre amélioration, le moindre changement ou la moindre réforme de quelque nature soit-elle, sur ce lopin de terre inculte qu’on appelle à tort : Pays.

Et que ma réalité sera indéfiniment et toujours régie par le Sayyed, le Cheikh, le Bey, l’Istiz, le Général, le Carabin et leurs semblables.
Passé, Présent et Avenir.

Sans oublier Sa Sainteté ; et même celui plus grand que lui, qui implore aujourd'hui le pardon universel pour avoir pendant longtemps, fermé les yeux sur les innombrables ‘’égarements’’ commis (sans doute par un excès de zèle) dans les rangs de ses pieuses troupes, qui ont parait-il interprété de manière fort controversable, les saintes paroles du Grand Maître Suprême : ‘’…Laissez venir à moi les petits enfants.’’







Ibrahim TYAN.

** ''J'irai cracher sur vos tombes''
Boris VIAN,1946.

Tuesday, December 1, 2009

بيروتيّ لا ريب فيه



ضيعانك يا بيروت

يا مناظر عالشاشة يا خداعة وغشاشة
يا عروس بخشخاشة يا مصمودي بالتابوت
يا ضيعانك يا بيروت

الخواطر مكسورة والنفوس مقهورة
والحرية مقبورة والكلام للنبوت
يا ضيعانك يا بيروت

الجهال حاكمين والارذال عايمين
والانذال عايشين والاوادم عما تموت
يا ضيعانك يا بيروت

الخاين حامل نيشان والسافل الو قدر وشان
والجاهل شبعان رويان والعالم لايب عالقوت
يا ضيعانك يا بيروت

ما في هيبة ولا وقار بالاحكام استهتار
وين ما مشيت لعب قمار في النوادي والبيوت
يا ضيعانك يا بيروت

الغريب بيتمخطر والقريب بيتمرمر
واللي بيفوت ما بيضهر واللي بيضهر ما بيفوت
يا ضيعانك يابيروت

عمر ألزعنّي
1961-1898



منطقة ألزيتونة أيام عمر ألزعنّي

و
قتها كانت بيروت مش عاجبتو, متل ما بأيامنا ما كانت عاجبتنا

أبراهيم تيّان

Thursday, November 12, 2009

Dans le vent de l'Histoire.





On raconte que vers les débuts des années 60’ du siècle dernier, la première chose qu’exigea Charles De Gaulle lors de son arrivée pour l’inauguration du bal annuel des artistes, fut d’être présenté à Brigitte Bardot !

L’on vit alors la belle toute pâmée se faire gratifier par l’illustre personnage du plus cérémonieux des baisemains, et d’un hommage aussi magnifique que solennel tenu à peu près en ces termes : ‘’Madame, vous pouvez me considérer parmi vos fervents admirateurs.

A un Michel Debré qui pince-sans-rire aurait par la suite demandé au général combien de films de B.B. ce dernier a-t-il bien pu voir, le grand imperturbable aurait répliqué : AUCUN ! Mais quiconque capable de faire rentrer annuellement au trésor Français plus de devises que les usines Renault, à certainement droit à mon admiration’’.

Tout comme le célèbre Veni Vidi Vinci prêté à Jules César, ou l’état, c’est moi attribué à Louis XIV, l’historicité de cette anecdote sur le Grand Charles est finalement de peu d’importance, compte tenu de l’exactitude avec laquelle la quintessence même du personnage y est reproduite, avec toute la versatilité et la finauderie d’une nature aussi pragmatique que complexe, bien que dissimulée sous un voile mystificateur de rigueur monolithique.

Aujourd’hui, après l’éclatement de l’empire Soviétique et l’entrée active sur la scène Européenne de ses anciens satellites, mais aussi avec la réunification - au grand dam de ses ‘’alliés’’ Occidentaux - d’une Allemagne qui n’a plus besoin d’eux pour justifier sa légalité face à sa contrefaçon Est-allemande, plus grand-chose ne subsiste des Hypothèses et des rêves Gaulliens ; et la France qui n’a point la force requise pour organiser à elle seule un nouvel équilibre Européen, n’a guère d’autre choix que celui d’un partenariat difficile avec les Etats-Unis, ne fut-ce que pour la sauvegarde de sa politique de coopération Franco-allemande.

Paradoxalement, c’est aux dernières réminiscences toujours adhérentes à l’inconscient universel d’une cinquième république auréolée du rayonnement Gaullien, que la France doit aujourd’hui de pouvoir encore donner le change – fut-il d’ordre purement lyrique - d’une puissance agissante au sein d’un monde régi par un ‘’nouvel ordre’’ dont le leadership quasi absolu a été fermement et arbitrairement accaparé par les Etats-Unis.

Montréal 1967 ; du haut du balcon de l’hôtel-de-ville, l’imposant vieillard venu du vieux continent avec la ferme intention d’empoigner le processus historique à bras-le corps, frappa devant les masses des Québécois en délire, un des coups les plus retentissants de son extraordinaire carrière en proclamant du plus fort de ses cordes vocales éraillées par l’âge et usées par des décennies d'usage intensif de Caporal ordinaire: Vive le Québec libre !

Etait-ce là une action préméditée avec des motivations historiques définies comme l’affirment certains, ou tout simplement ‘’un acte de folie gratuite’’ comme l’écrivit plus tard un Georges Pompidou ?

Qui sait !

Beyrouth 2006 ; debout derrière l’écran pare-balles au milieu de la Place des Martyrs, l’Emir de la Montagne déploya sa longiligne carcasse Nosferatienne avant de s’engager tête baissée dans un drôle de sentier dont les issues problématiques s’avérèrent par la suite tout aussi inconnues de lui que du reste des hordes troglodytes déversées par charretées entières sur la place en ce jour-là, dans le seul but de la remplir, et d’acclamer le Bey sans entendre ni comprendre.

Cloué devant mon écran TV, j’observais avec un mélange d’hilarité mêlée de stupeur, le crescendo du délire qui montait frénétiquement jusqu’au dépassement des lignes du non-retour.

يا بيروت بدنا ألتار
من لحّود ومن بشّار


''Vengeance, vengeance ô Beyrouth.
De Lahoud (le PR. Libanais) et de Bachar (le PR. Syrien)''.

A en croire que l’Histoire avait jeté son dévolu sur notre place des Martyrs en ce 14 Brumaire 2006 pour se répéter comme une farce selon la célèbre citation du prophète du matérialisme dont la pensée fut emmurée dans les souterrains du Kremlin juste en-dessous du mausolée de la ‘’momie rouge’’ de Vladimir Ilitch !

Il demeure qu’il existe de par le monde, avec des fluctuations variant d’un régime à l’autre, une force omniprésente et omnipotente devant laquelle la toute-puissance même de Dieu  s'avère inopérante. .

Beaucoup plus formidable que la grossière parodie de Sparte qu’est le parti khomeyniste d'Allah, plus hermétique que la Franc-maçonnerie Ecossaise et plus soudée que la Cosa Nostra Sicilienne, elle se présente au Liban sous l'aspect d’une ligue de gros Banquiers, Importateurs et Entrepreneurs autour de laquelle gravite traditionnellement une pléiade des politiciens courtisans et de véreux dignitaires religieux.

Une oligarchie absolue qui garantit impunité et sanctuaire à tout scélérat soumis à son autorité et exécutant de ses desseins.

Mais pour en revenir à notre rabâchage ; pourquoi ne pas saisir l’occasion de la formation du nouveau cabinet pour aller au-devant du processus historique en organisant au palais royal (en l’occurrence le palais ministériel) un bal des artistes Libanais sous l’égide bienveillante de son altesse le prince héritier, puisque c’est d’une véritable dynastie royale que le Liban est désormais affublé ; ce qui représente finalement une bonne chose puisqu’il cessera ainsi de faire figure de brebis noire au milieu de ses frères et sœurs régionaux. (et n’allez surtout pas me contredire en me racontant que l’Egypte, la Syrie, la Lybie ou la Tunisie ne sont pas des royautés ; cela me vexerait.)

L’on verrait alors son altesse dans un geste de bonté royale, présenter ses hommages à Madame Haïfa Wehbé, et ouvrir avec elle le bal par un charmant menuet sur l’air de Bouss-El-Wawa, entamé par l’orchestre du palais sur un tempo d’allegro ma non troppo.




Cliquez pour participer au bal royal.

Ibrahim Tyan.

Friday, October 2, 2009

L'ÉTÉ MEURTRIER *











Je ne sais plus si c’est le réchauffement planétaire, ou bien des ans l’irréparable outrage**, ou une combinaison des deux éléments réunis qui finit par avoir raison de ma grande carcasse fatiguée, et de me rendre invivable ce qui me fut un jour source de félicité et de bonheur renouvelé.

Ou serait-ce le sacrilège insensé perpétré par les carrières de la voracité qui grignotèrent les cimes éternelles du Mont-Liban et de L’Anti-Liban, ouvrant dans le formidable rempart naturel, d’immenses brèches par lesquelles s’engouffre désormais l’haleine sulfureuse de la géhenne Arabique ; là où le marteau d’Ibliss bat l’enclume de Satan, par une température moyenne de 50° Celsius !

A moins que cela ne soit la déforestation intensive qui réduisit à 8%, les espaces verts qui recouvraient il y a encore a peine un demi-siècle, quelque 38% du territoire national.








Il demeure que je fuis désormais comme la peste, l’étuve inusitée de l’été Beyrouthin ; le même dont j’attendais jadis les prémices radieuses, plus qu’un veilleur ne guette l’aurore***

L’amertume d’un passé désastreux, l’humiliation d’un présent dégradant et la rage impuissante devant un avenir nébuleux, constituent un cumul fait pour dénaturer les caractères les mieux trempés. N’échappent à cette fatalité que les sans-consciences et les inconscients.

Il fut pourtant une époque où j’avais rêvé d’un état digne de la terre qu’il reçut en héritage. D’un régime capable de faire ériger face à la mer d’Aïn-el-Mraïsseh, une Synagogue, une cathédrale, une mosquée, et un panthéon dédié à la libre-pensée.

Quatre merveilles architecturales à la gloire de la sagesse, de la tolérance et de l’esprit, qui brilleraient telles diamants au soleil, face au lapis-lazuli Méditerranéen.

Et comme aux temps d’Athènes, de Syracuse ou d’Alexandrie, la Mère ancestrale viendrait sanctifier de ses ondes lustrales le marbre immaculé des nouveaux parvis de Beyrouth l’unique, au su et au vu d’un monde admiratif et envieux.

Foutaises que tout cela ! Mégalomanie primaire, et niaiseries de jeunesse…

Homo homini lupus. Il n’est que cela de vrai !

Aussi vrai que l’usage qu’en firent les petit-bourgeois d’Achrafieh de leur libre-arbitre électoral fraîchement (et point par leurs bons soins) recouvré, reconfirmant sans le savoir, le bien-fondé du discours Platonicien sur l’Homme, pire ennemi de lui-même.









Mais c’est le phénomène navrant de l’exploitation sans vergogne des morts, et de leur exhumation intensive et routinière, notamment par les nécromanciens de la ‘’culture de la vie’, dans le but de se les asservir comme candidats parallèles et Zombis, qui me ramène incessamment vers l’univers macabre de George Romero.









S’étant rendus compte de la bêtise monumentale qu’était la remise en vigueur d’une loi électorale archaïque et inappropriée dont ils furent ironiquement les premiers à en faire les frais, le nouveau discours de leur obscurantissime ânerie se rabat aujourd’hui sur une nouvelle alternative qu’ils savent (!?!) hors de leur portée, et qui consiste tout bêtement en un système électoral basé sur le principe de la majorité relative.

Sur cela je n’ai rien à redire, puisque je sais que de toute façon, ce n’est là que verbiage inutile et poudre aux yeux.

Mais a entendre les pitoyables nullités qui n’ont pas étés foutus passer une misérable loi autorisant le mariage civil (facultatif), pontifier aujourd’hui sur les mérites d’une formule dont les vicissitudes faillirent en 2002, porter le fascisme au pouvoir dans une des démocraties les plus prestigieuses de l’histoire, je sens un irrésistible ricanement sardonique m’envahir.

Avec tout de même le regret sincère de n’entrevoir aucune possibilité (mais alors aucune) pour se délecter, ne fut-il dans un avenir lointain, du spectacle inénarrable d’Abou Roukoz et d’Umm Hussein aux prises avec un système électoral à majorité relative associé aux circonscriptions électorales à siège unique et au scrutin majoritaire uninominal.

A moins que l’intarissable génie Libanais ne vienne une fois de plus me frustrer de ma part de rêve, en y extirpant une version consensuelle…

Mais la navrante déchéance intellectuelle et morale de mes compatriotes, leurs haïssables certitudes politiques et religieuses ainsi que l’ensemble de leurs égarements aussi graves soient-ils, demeurent des peccadilles vénielles devant le sacrilège impardonnable d’avoir ébréché de leurs propres mains la splendeur unique de leur terroir, dilapidé a tout vent les grâces innombrables dont la nature a comblé leur domaine, et altéré organiquement et irréversiblement leur patrimoine physique et collectif ; leur espace vital et lebensraum.

* * * *

Au mépris d’Octobre, l’astre infernal demeure immuable au zénith du firmament comme au jour de Gabaôn, lorsque l’Eternel livra les Amorites entre les mains de Josué.








A défaut de l’ancien champ de carnage (et dans l’attente d’un nouveau), ses traits cruels balaient aujourd’hui les montagnes chauves et les collines déboisées ; les sources taries et les rivières usées du pays de lait et de miel.

Et la mer polluée, dégarnie de sa faune et flore, revient inlassablement vers les longues plages jadis dorées, raclées jusqu'à la roche et converties en dépotoirs à ordures.

Heureusement que l’éternité n’est pas de ce monde, et qu’après Octobre viendra Novembre suivi de près par Décembre puis Janvier, et que rien ni personne ici-bas ne pourra altérer ou modifier cet ordre des choses ; et c’est bien ainsi.

Vivement l’hiver, la nuit, et l’oubli.











Cliquez sur la barre de son et délectez-vous du cafard urbain et stylisé de Leonard Cohen.

Ibrahim Tyan.

* Jean Becker, (1983).
** Racine, (Athalie, acte II, Scène V).
*** David, (De Profundis, psaume 130 [129]).

Wednesday, August 12, 2009

EVASION.


LETTRES DU LIBAN, qui part en vacances jusqu’aux débuts d'Octobre, souhaite à tous ses amis et lecteurs une radieuse et sereine fin d’été.

Ibrahim Tyan.

Friday, July 31, 2009

L'Eden, du Golfe a l'Océan.
















Vers la fin des années 80 du siècle dernier, je me retrouvais à bord d’un appareil de la Cyprus Airways en partance de Koweït city a destination de la ville insulaire de Larnaka où m’attendait le paquebot qui me rallierait a la petite commune inhospitalière de Jounieh et de sa modeste crique pour esquifs a Sultan Ibrahim*, que les conjonctures fortuites de la guerre métamorphosèrent en un florissant port stratégique et commercial, sans pour cela altérer l’obtuse xénophobie de ses autochtones.

Avec les hasards mortels qui jalonnaient en ce temps-là le trajet menant vers l’unique aéroport civil du pays, je me trouvais a l’instar de quantité de mes compatriotes, condamné à perpétrer en un inlassable aller-retour, cette onéreuse et lamentable odyssée aéro-maritime, en vue de se préserver un minimum d’activité professionnelle, mais aussi pour garder un faux-semblant d’existence normale au sein d’un pays livré de fond en comble a l’absurdité de la guerre civile.

Dédaignant donc l’insipide collation d’usage que me proposait l’hôtesse de l’air Chypriote, je n’en conservais qu’un caoua noir que je sirotais pensivement, entouré des veloutes aromatiques d’un excellent tabac doré de Virginie (Le sacré temps, où un fumeur n’était pas encore relégué au ban des pestiférés), tout en détaillant d’un œil discrètement scrutateur mes compagnons de voyage.

une ribambelle turbulente de Libanais rentrant au bercail constituait l’essentiel des passagers dans l’appareil à moitié vide , le reste étant presque entièrement composé de placides Occidentaux plongés pour la plupart dans la lecture, une activité quasiment inconnue de l’Homo Arabicus représenté à bord par de rares bédouins clairsemés, dont une femme caparaçonnée de la tête aux pieds du voile intégral (Burqua), qui traversa l’allée vers les toilettes situées à l’arrière de l’appareil, trimbalant une grande sacoche en plastique jaune et laissant derrière elle un fort relent de musc.

Le grésillement soudain des haut-parleurs suivi du discours invariablement inintelligible du commandant de bord (pourquoi diable n’oblige-t-on pas ces gens-là à suivre des cours de diction?), marmonnant somnambuliquement d’ultimes directives avant l’amorçage de la descente vers Larnaka, me rappela que la fille du désert tant musquée que masquée n’était point revenue de son périple ablutoire.

Passablement intrigué, je me retournais pour scruter la région arrière de l’appareil, lorsque du fond de l’allée surgit une apparition qu’un quart de siècle pourtant riche en rebondissements n’a pu m’effacer de la mémoire.

Ce fut le grand sac jaune que je reconnus d’emblée, mais point la créature qui le tenait, et qui s’avançait du fond du couloir en se déhanchant lentement d’un pas langoureux de danseuse du ventre.

un corps splendide d’odalisque brune dont la gorge magnifique ne demandait qu’a prendre son essor du petit bustier rose réduit a sa plus simple expression, et qui laissait le ventre entièrement a découvert jusqu'à la lisière d’un jean bleu ultra serré dont la taille basse recouvrait a peine la région pubienne mais point les hanches insolemment somptueuses ; de mignons petits baskets roses complétaient l’accoutrement de cette incroyable Aphrodite des sables aux lèvres charnues violement carminées, et dont les immenses yeux noirs lourdement soulignés au Kohl, encadrés de grandes boucles d’oreille en cerceau a l’espagnole et surmontés d’une tignasse crépue d’un noir de jais coupée en casque dans la plus pure tradition Afro-Américaine des années 1970, balayaient l’assemblée d’un double faisceau froidement effronté.

A son passage, je reçus en plein dans l’œil l’éclat de son nombril serti d’une pierre qui scintillait de mille feux tel un diamant.


Click & Enjoy.

* * * *

Un ami Egyptien, gynécologue de sa profession et membre éminent de l’ABO+G (American Board of Obstetrics and Gynecology), me raconta que durant ses premières années de service a l’hôpital ''Kasr-el-Aïni'' au Caire, lui fut emmenée une Fellaha (paysanne) qui avait déjà donné naissance a sept enfants vigoureux et parfaitement sains mais qui ne parvenait plus a en concevoir un huitième ; ce qui lui attirait les foudres de son mari et les railleries méprisantes de ses beaux-parents qui lui reprochaient sa stérilité.

Ayant procédé a un premier check-up de routine sur la matrone que mon ami (qui a toujours été petit et chétif) me décrivit comme étant ‘’grande, large et forte comme un buffle’’, il réussit après mille subterfuge, a la convaincre de prendre une posture plus adéquate pour un examen gynécologique complet.

Mal lui en prit, puisque la dernière chose qu’il entendit lorsqu’il se pencha entre les jambes imposantes fut le hurlement strident de la créature qui se mit à barrir :
يا لهوي يا لهوي يا لهوي ** avant que les deux colonnes massives de muscle et de chair ferme ne viennent se refermer avec une violence inouïe sur la tête du malheureux qui se mit à se débattre avec l’énergie du désespoir tel un moineau pris entre les tenailles d’un piège a loup.

Il ne dut son salut qu’a l’intervention énergique de deux robustes infirmiers qui parvinrent in extremis à l’extraire plus mort que vif de l’étreinte du formidable étau.

Depuis ce jour-là, mon excellent ami et digne descendant de la race des Pharaons sait exactement ce que ressentit son illustre ancêtre lorsque les murailles d’eau de la Mer rouge dûment scindée par Yahvé le tout-puissant, se refermèrent brusquement sur sa tronche et celles de ses suivants.


Click & Enjoy.

* * * *

Assis sur mon banc de pierre face à la Méditerranée, je méditais sur les temps oubliés où Le tracé d’un homme sur cette terre était régi par un seul et unique serment, prêté en connaissance de cause, pour le meilleur et pour le pire.

Mais l'ère d'Amenhotep IV dit Akhenaton fils d’Aton-Ra et seigneur des deux terres est a jamais rèvolue,remplacée par celle de SM. Abdallah bin AbdelAziz, protecteur de la croyance et serviteur des deux ''saints des saints''.

Dans la splendeur du soleil couchant, je ris tout seul à l’évocation de la raclure politique Libanaise et de leur capacité inouïe à expliquer, tromper, violer, renier, lâcher, abuser, accuser, mentir, décevoir, berner, déserter, dénaturer, déformer et se cocufier les uns les autres.

Et le vent du crépuscule emporta mes chimères jusqu'au doux ressac qui les berça avec une tendresse que je mépris pour de l’approbation

Ibrahim Tyan.

* Sultan Ibrahim : Nom donné par les Libanais à tout poisson de la famille des Rougets.

** يا لهوي : Expression populaire Egyptienne pour exprimer des sentiments tels la honte, l’outrage, la consternation, etc.