Tuesday, September 25, 2007

L'absurde, l'incompréhensible et l'insoutenable.



Mais tout cela n’est que balivernes, c’est l’abîme vers lequel nous nous acheminons inexorablement qui me glace ; et si je ne m’y engage plus en analyses politiques et autres spéculations, c’est que les choses sont désormais rendues dans leur crudité la plus brutale de sorte qu’un aveugle y verrait clair et qu’un sourd entendrait…

(IV) En attendant l’orage
Les carnets du Beyrouthin.
First Published Février 2007 sur ‘’Lettres du Liban’’.


* * * *

_ Que le Liban soit un pays corrompu est une chose bien connue.

_ Que la corruption y ait atteint des niveaux record dans les annales de la pourriture et de la dépravation est un fait plus que probable.

_Que le vice n’y est plus l’apanage de la classe dirigeante et des hautes sphères de la société, mais de tout un peuple, est une effrayante perspective.

Mais que la corruption soit uniquement la conséquence d’un système bâti sur les différends confessionnels, est une théorie discutable qui équivaudrait à laisser échapper le réel pour aller à la poursuite de l’abstrait.

* * * *

Il m’est certain qu’une bonne partie du peuple Libanais est restée indifférente au massacre de ses soldats par les tueurs de Fath-el-Islam et des combats héroïques et meurtriers que durent livrer par la suite les officiers et soldats Libanais pourtant manquant cruellement en effectifs les plus élémentaires, avec une abnégation de Kamikazes, contre un ennemi fanatique retranché derrière un labyrinthe de fortifications et doté d’un matériel ultramoderne, pour sauvegarder le moral et l’unité de l’armée et de la nation.

Quant aux pancartes et calicots glorifiant l’héroïsme de nos soldats, qui ont germé soudainement comme des champignons dans les rues et quartiers de la ville, vous en conviendrez avec moi qu’ils n’étaient pour la plupart que de la vulgaire poudre aux yeux, sinon vous seriez affligés d’un cas de candidose politique aigüe, semblable à celui des jolis-cœurs pour qui la date de la Saint Valentin porte infiniment plus de signification que celle de la libération du Sud en l’an 2000.


Mais pour en revenir à Nahr-el-Bared ; comment expliquer le respect et la déférence infinies avec lesquels ont étés traitées les femmes capturées des terroristes, pourtant suspectes d’avoir activement contribué à diverses activités criminelles dans le pays ?

Certes que j’en suis fier de nos soldats dont la vaillance, la morale et l’éthique sur le champ d’honneur, les situent bien au-dessus de la lâche barbarie technologique de leurs homologues Israéliens ou Américains. Mais la galanterie militaire à aussi ses limites.

Il y va sans dire que je suis pour la convention de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre et la charte des droits de l’homme de l'ONU et pour toutes les chartes que vous voudrez ( et dont l’Occident s’en torche quand il s’agit de les appliquer en NOTRE faveur ) ; mais je ne comprends toujours pas pourquoi ces femmes n’ont pas étés incarcérées, [dans les conditions les plus humaines bien entendu], dans une prison militaire comme il se doit, au lieu d’être gracieusement hébergées dans une mosquée à Saïda.

Et Je ne comprends également pas pourquoi elles ont étés rapatriées en vitesse, alors qu’elles auraient dû êtres soumises à un interrogatoire serré, dut-il prendre des mois, par les spécialistes de la guerre anti subversive de l’armée, qui en auraient pu leur soutirer des renseignements vitaux pour la sécurité nationale.

Devant mes yeux incrédules, j’assistais sur l’écran TV, à la scène aberrante d’une de ces femmes, emmitouflée de noir de la tête aux pieds, en pleine conversation téléphonique sur son portable que personne n’a osé lui confisquer.

Il m’a été rapporté par un ami bien informé, qu’un soldat Libanais voulant spontanément apporter son aide à une de ces femmes qui avait du mal à traverser les décombres lors de sa sortie de Nahr-el-Bared se vit cracher à la figure : _ Ne me touche pas espèce de sale porc !

* * * *

La corruption est une des expressions les plus absolues de l’égoïsme, qui consiste à mobiliser arbitrairement pour son propre profit des moyens destinés au bien public. Mais au Liban, ce stade même à été dépassé.

* * * *

Lieu : L’église du Sacré-Cœur de Badaro, date : le Vendredi 21 Septembre, circonstance : Les obsèques du député Phalangiste Chrétien Antoine Ghanem assassiné deux jours auparavant dans un attentat à la voiture piégée.

12 heures auparavant, le général Michel Aoun, leader du plus grand bloc de députés Chrétiens libres à la chambre et militant pour un Liban laïc et souverain, tout en exprimant sa grande détresse pour l’horrible assassinat qui venait d’être perpétré, annonça qu’il ne se rendrait pas aux obsèques de crainte que sa présence ne génère quelques frictions instiguées par des éléments bien connus, et qui pourraient dégénérer dans une atmosphère survoltée par les passions exacerbés et la douleur.

L’heure : vers 11 AM. L’église et bondée, les évêques en grande pompe entament en Syriaque le rituel des morts. Soudain une clameur sourde qui va en s’amplifiant monte de la foule massée à l’extérieur, et Walid bey Joumblatt franchit le portail de la cathédrale.

Voûté dans le plus pur style de Richard III, le pas lent et nonchalant, le Baron de la montagne, Nosferatu du Chouf et déporteur des Chrétiens par le feu et par le sang de leur refuge séculaire de la montagne, traversa la nef sous un tonnerre d’applaudissements et de you-yous Maronites, et le regard bienveillant des princes de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine, dont les cloches des églises désormais silencieuses du Chouf, reposent en guise de trophées de guerre dans les donjons du chateau féodal de Moukhtara.

* * * *

Maintenant je sais que la corruption émane de la nature même de l’homme.

Maintenant je sais jusqu’où elle peut mener.

Jusqu’à l’absurde, l’incompréhensible et l’insoutenable.

Ibrahim Tyan.


* Visitez « Les carnets du Beyrouthin ».

Thursday, September 20, 2007

L'infâme désunion.



L’ILLUMINÉ.

Le taxi-service se frayait laborieusement chemin à travers le bordel quotidien qu’est le trafic dans la région de Furn-el-Chebbak, vers les embouteillages sans appel de la banlieue Sud de Beyrouth.

Assis près du chauffeur, je ne me lassais pas de contempler le tableau de bord de la vieille Mercedes, et d’essayer de me figurer le genre de réaction qu’auraient eus les dessinateurs de la Daimler-Benz devant le changement drastique apporté par le maître de bord, à l’esthétique sobre et fonctionnelle qui à toujours caractérisé la griffe créatrice des designers de Stuttgart.

Un mince revêtement de cuivre jaune marqueté de mille arabesques sur lequel se détachaient de mignonnes petites fenêtres en plastique transparent abritant des cartes postales représentant dans un kodachrome agressif les villes de Téhéran, Chiraz, Tabriz, Ispahan, ainsi que la ville sainte de Qom et les portraits de l’Ayatollah Ruhallah el Khomeiny et du Sayyed Hassan Nasrallah, plaquait le tableau de bord de bout en bout.

Le conducteur, l’annulaire orné de l’inévitable chevalière en métal blanc incrustée d’un chaton du plus radieux bleu de chine, pianotait sur son volant en oscillant imperceptiblement du chef au rythme d’une lancinante mélopée Iranienne à l’indéniable pouvoir hypnotique, débitée par le radiocassette de bord.

Est-ce sous l’effet de la chaleur, du cahotement sur les routes mal entretenues, ou de la lenteur forcée du trajet ? Il demeure que je me suis surpris à dodeliner de la tronche, gagné à mon tour par le tempo obsédant de l’incompréhensible litanie ; ce qui n’échappa guère à mon guide qui m’interpella d’emblée. :

_ La cassette vous dérange ya Oustaz ?
_ Au contraire mon honoré frère, je m’en régale…
_ Le salut d’Allah sur vous. Parlez-vous l’Iranien ya Oustaz ?
_ J’en parlais dans ma jeunesse (mensonge) mais je crains d’avoir presque tout oublié depuis.
_ Pour l’amour d’Allah ya Oustaz, éclairez-moi ne fut-ce que sur une infime parcelle de ce que le cantique que nous entendons signifie.

Ayant décelé à maintes reprises le mot ‘’Allah’’, quoique prononcé ‘’Allôh’’ dans le baragouinage Zoroastrien du coryphée, et l’occasion étant vraiment trop belle, je jouais mon va-tout.

_ Du peu de ce que j’ai compris, il dit que tout ce qui nous entoure, de visible et d’invisible, n’est que reflets de la face d’Allah, et que le ciel et la terre sont voués au néant alors que sa grandeur infinie et les légions de ses croyants hériteront de l’éternité….

Il n’en fallut pas plus… !

_ Allah Akbar Aleik ya Oustaz, Allah Akbar ! Clama mon coche. Dieu que la connaissance est belle ! Qu’Allah vous augmente en science et vous éclaire tel que vous m’avez éclairé… Akh ya Oustaz !!! Vous ne pouvez pas savoir combien je regrette de ne pas être né Iranien.

_ Allah Karim mon honoré frère, lui répondis-je. En attendant, soyez-en sûr que vous l’êtes déjà totalement de cœur et d’esprit.

LE CRO-MAGNON.

Aboul’Zouz, la trentaine bien sonnée, d’éducation élémentaire et ouvrier tourneur de son état, était un adepte forcené de la gonflette au club de mon ami Aboul’Mich. Des années de travaux forcés en salle de musculation, doublées d’un dopage intensif aux stéroïdes et autres saloperies anabolisantes avaient finis par lui forger un physique des plus extraordinaires.

C’est qu’Aboul’Zouz était déjà initialement du genre trapu et court sur pattes ; mais depuis le développement invraisemblable qu’il s’était infligé aux Biceps, triceps, deltoïdes, pectoraux et autres groupes musculaires de son anatomie , son apparence générale s’était muée en une sorte de masse cubique compacte et velue, surmontée d’une petite tête sans cou qu’il maintenait soigneusement rasée à la façon des ‘’Marines’’ de l’oncle Sam.

Un jour que je le complimentais sur le tatouage original représentant un fil de fer barbelé entourant son immense biceps droit, Aboul’Zouz eut la bonté de m’expliquer patiemment que ce que j’avais pris pour du barbelé n’était autre que la représentation de la très sainte et très vénérée couronne d’épines du Christ.

Rien de moins !

Chrétien jusqu’à l’os (c’est ainsi qu’il se considérait) et FL indécrottable, Aboul’Zouz s’était couvert de gloire au cours de la mémorable journée des pneus du 23 janvier 2007, lorsque devant lui se présenta l’aubaine inespérée d’éjaculer toute sa sauvagerie inhibées sur les chairs des jeunes filles et garçons universitaires du Tayyar.

_ Aoun kalb Souri, me dit-il.

_ Avec les camarades de mon escouade, enchaîna-t-il, nous lui avons joliment damé le pion au rond point de Mkallès ; de ma vie je n’oublierais l’instant sublime de la victoire, lorsqu’après avoir piétiné ses mauviettes comme des cancrelats, j’ai brandi de mes propres mains le drapeau Américain, au nez et à la barbe de tous les faux culs du Tayyar, du Hizbollah et de l’Armée Libanaise réunis.

Pour Aboul’Zouz, le plan était simple : Liquider Aoun et son Tayyar en priorité. Ensuite faire subir le même sort au Hizbollah avec l’aide d’Israël, des USA et des milices de la majorité locale ; le champ rendu libre, le temps serait venu de régler avec les Sunnites certains vieux comptes, car le Hakim veille au grain et n’oublie rien…Mais à chaque chose son temps.

(A en rire ou en pleurer ! ? ! ? ! ?).

_ Les Etats-Unis c’est l’avenir du Liban ya Bob (c’est ainsi qu’Aboul’Zouz m’appelle depuis que mon image s’était substituée dans sa tête par je ne sais par quel truchement mystérieux du subconscient, à celle du père qu’il à toujours haï), c’est la force, l’abondance, la liberté et la démocratie ; et qui sait, peut-être qu’un jour en feront-ils de nous leur 51ème état…Ya Reit.

(Pour ce qui est de l’avenir ‘’Made in USA’’ mon pauvre Aboul’Zouz, nous en avons déjà des exemples ; avant-hier c’était l’Afghanistan, hier l’Iraq, aujourd’hui c’est le tour du Pakistan et probablement celui de l’Egypte pour demain).

_ Nous avons reçu une nouvelle cargaison de choix ya Bob, me chuchota un Aboul’Zouz extatique. La semaine prochaine, tu seras le premier à admirer ma nouvelle M16 Commando à canon ultra-court, avec silencieux, lunette de nuit et viseur laser, un véritable petit bijou de joujou…

LES NARGUILISTES.

J’aime les quartiers Sunnites de Beyrouth. Ce sont pour moi les derniers recoins de la capitale où flottent encore quelques relents du Beyrouth d’antan.

A l’image de leurs habitants, une vie turbulente et intense semble toujours animer ces quartiers où les étalages des magasins y sont dressés autrement que partout ailleurs, et où prédomine un goût certain pour le faste et l’opulence qu’on retrouve même dans l’éventaire du plus modeste marchand des quatre saisons.

Des senteurs capiteuses et complexes qui vont des fragrances des encens d’Oliban et de Djaoui noir que le marchands brûlent quotidiennement pour conjurer le mauvais œil, jusqu’au fumet irrésistible du Chawarma et du poulet qui rissole sur la broche, se disputent délicieusement votre odorat.

C’est là aussi que l’on retrouve les temples véritables du Foul, du Hoummous, du Falafel et de la Balila ; du Chawarma, des grillades et du Méchoui, mais aussi du Kenafa et des somptueuses et multiples espèces et dérivés du Baklawa. Et si la chaleur vous assèche la gorge, des boissons fraîches et merveilleuses telles le Souss, le Jellab et le Tamarin, ou encore l’acide et délicieux Aïran bien glacé, vous désaltèreront bien mieux que la chimie nocive des sodas Américains à l’arrière goût de pharmacie.

Le Sunnite est par nature un jouisseur et un raffiné ; il aime le luxe, la bonne table et les multiples plaisirs de la chair et de l’esprit ; pour lui, le fait de fumer un bon narguilé en fin de journée, face à la mer d’Aïn-el-Mraïsseh, bercé par la voix qui défie les âges d’Umm Kulthum, garde encore toute sa valeur intrinsèque.

En bon épicurien, je ne peux que me joindre sans restriction à l’agréable sensualité de cet aimable hédoniste.

Je traversais donc à pied, profitant de cette belle journée de fin d’été, les quartiers Sunnites de Bourj-abou-Haidar et de Basta jusqu’aux régions de Zariff et de Sanayeh avec pour destination finale les parages de l’Hôtel Phoenicia où j’avais rendez-vous avec un ami.

Mais au fur et à mesure que je m’enfonçais dans ces régions, un détail insolite me sauta aux yeux ; les panneaux et les pancartes qui s’y étalaient encore il y a quelques semaines, glorifiant l’armée Libanaise et vantant son héroïsme, avaient complètement disparu, cédant la place à d’innombrables affiches et calicots en appui au Royaume Wahhabite d’Arabie Saoudite, et dont je reproduis ici certains textes :

_ L’Arabie Saoudite est une ligne rouge que personne ne peut transgresser.
_ Qui attaque l’Arabie Saoudite s’attaque à nous.
_ Critiquer l’ambassadeur Saoudien est tabou.
_ Les ennemis de l’Arabie Saoudite sont nos ennemis
_ Les Libanais n’oublieront jamais leur dette envers leurs frères Saoudiens.
_ Le roi Abdallah et le Cheikh Saad sont deux lignes rouges infranchissables.
_ Etc.

Après des décennies de soulèvements et de bouleversements qui les ont vus défiler tour à tour pour le nationalisme Arabe de Nasser, puis pour le Baath Syrien d’Assad en passant par la révolution Palestinienne d’Arafat, les Sunnites Libanais brandissent aujourd’hui d’une main l’étendard Wahhabite et de l’autre la bannière étoilée de l’oncle Sam.

Après la sagesse unificatrice de Riad el Solh, l’érudition éclectique d’Abdallah el Yafi, la fougue Nationaliste de Saeb Salam et l’astuce consommée de Rachid Karamé, ils ont aujourd’hui choisi de confier leur sort au Gamin dyslexique.

L’UNION SACRÉE.

Le 1er Août 1914, le président Français Raymond Poincaré déclare la guerre à l’Allemagne. Au début, les socialistes et la classe ouvrière y sont négatifs et considèrent qu’ils n’ont rien à voir dans ce conflit capitaliste qui se joue entre les Rois, Tzars et Empereurs ; de même pour les Catholiques, humiliés depuis la séparation de l’Eglise et l’État, et qui s’y montrent aussi réticents.

Mais les Français eurent vite fait de surmonter leurs différends et de s’unir face à la menace ennemie au lieu de se disperser dans des conflits fratricides

Le 4 Août 1914, le Président du conseil René Viviani dans un discours prononcé aux deux chambres déclare : « …Dans la guerre qui s’engage, la France sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée ».

Le terme est entré depuis, dans la terminologie politique usuelle.

Or il se trouve que le Liban traverse actuellement une épreuve telle, que les raisons mêmes de son existence en tant que nation libre, indépendante et souveraine sont fortement remises en question.

Dorénavant, seule l’Union Sacrée du peuple est en mesure de nous éviter le pire.

Mais comment générer une telle réaction salvatrice au sein des meutes et des hordes disparates qui constituent désormais de véritables ethnies idéologiquement et organiquement dissemblables au sein de la même nation ?

Comment raisonner avec des convictions et des croyances primitives, instinctuelles et contradictoires, qui ne répondent plus qu’au discours fanatisé et rancuneux, et dont l’allégeance va intégralement envers les instigateurs et les manipulateurs externes, garants de leur continuation dans la contradiction et la désunion ?

Ainsi donc, si nous excluons les Libanais d’allégeance Iranienne, Saoudienne, Syrienne, Palestinienne, Américaine ou Israélienne, sans oublier ceux qui ont adhéré de pleine conviction aux courants fondamentalistes voire terroristes, il nous restera bien une poignée de Libanais incontestables et réfractaires à tous les égarements de la démence générale qui les entoure.

Mais ne nous égarons point nous-mêmes en de faux espoirs ; car cette espèce [ en voie de disparition ] est rendue beaucoup trop minoritaire pour pouvoir entreprendre quoique ce soit d’efficace, en vue d’infléchir le cours inexorable des événements à venir, et qui menacent d’emporter dans leur tourbillon, les derniers lambeaux qui adhérent encore au squelette Libanais.

D’où le titre de cet article.

Ibrahim Tyan.

Visitez: Les carnets du Beyrouthin.

Retour au poste.



Ayant écourté ses vacances d’une semaine, LETTRES DU LIBAN est de retour au poste, les batteries certes rechargées par un repos bien mérité, mais l’âme triste cependant, de ce qui arrive au Liban.

Les éléments d’un article bien caractéristique à ce blog ont germé durant ces vacances, et qui va être publié incessamment dès l’apport de la dernière touche finale.

Merci pour les vœux amicaux exprimés par Kheireddine, Araadon, Frenchy, Sixtine et Anonymous sur le blog, ainsi que par e-mail par des lecteurs et amis.

Ibrahim Tyan.

Saturday, September 1, 2007

Un dérivatif bien néçessaire.



« Lettres du Liban » part en vacances et reprendra le dialogue avec ses amis et lecteurs vers les débuts du mois d’Octobre.

Saturday, August 25, 2007

Farid 3asro dans les bras de Morphée.



En bon Beyrouthin authentique, Farid 3asro était un râleur de première doublé d’un eternel insatisfait.

C’était donc la mine renfrognée et les pensées moroses qu’il s’engouffra dans la bouche de métro de Hamra à la fin d’une mauvaise journée de travail où il dût argumenter interminablement dans son bureau d’architecture avec un client Nouveau Riche qui tenait absolument à ajouter une invraisemblable tourelle de style médiéval à la superbe villa moderne dont Farid lui avait soumis les plans préliminaires.

Heureusement que la loi était de son côté car les nouveaux règlements draconiens concernant l’urbanisme et l’environnement condamnaient également et sans équivoque la vulgarité et le mauvais goût.

Minable connard phallocratique, pensait encore Farid lorsqu’il accéda grâce à sa carte magnétique ‘MetroCard’ (valable aussi pour les trajets en Bus ), aux quais bondés de touristes dont la majorité semblait appartenir à la race Scandinave.

Trois millions de touristes l’année dernière, et une augmentation prévue de 25% pour cette année, pensait avec effroi Farid 3asro en se frayant péniblement chemin dans le compartiment où il ne trouva qu’une place debout au milieu d’une marée de têtes blondes jacassant bruyamment dans une langue hachée et gutturale. Je préfère encore mille fois les Japonais, pensa Farid, au moins ceux-là sont discrets et comme politesse, on n’en fait pas mieux. Mais il n’eut guère le temps de s’attarder sur ces pensées car à peine cinq minutes plus tard il remontait les escaliers de l’ouverture de la place Sassine à Achrafieh.

De là, grâce à une autre carte magnétique, il s’engouffra dans un ascenseur qui le conduisit au cinquième étage en sous sol où il retrouva avec soulagement sa chère Renault ‘’toutes options’’ qui roulait au diesel conforme aux plus sévères normes Européennes avec filtres et catalyseur.

Vivement l’année prochaine, pensa Farid en remontant le chemin spiralé du vaste parking souterrain, lorsque Carlos Ghosn accompagné du ministre Français de l’industrie viendra inaugurer avec le Président et les autres dignitaires Libanais, la vaste chaîne d’assemblage Renault-Liban pour voitures, bus, camions et autres véhicules lourds dans la région d’Akkar, ce qui créerait des milliers de nouveaux postes pour les ouvriers, techniciens et autres spécialistes chômeurs ; sans parler du poids qu’une telle démarche conférerait au Liban dans la région.

Certes le Libanais jouissait d’un niveau de vie enviable même par rapport aux bédouins du Golfe dont la fortune colossale était cependant mal répartie et encore plus mal investie, pensait Farid en chemin, mais il faut bien que le gouvernement pense quand même à hausser ce SMIC ridicule de $ 1250 qui suffit à peine au Liban pour subvenir aux frais de nourriture et de logement. Heureusement qu’il y a l’éducation, la médication et les autres indemnités et services sociaux complémentaires gratuits pour compenser en partie, sinon la situation des gens de condition modeste serait intenable.

* * * *

Sa femme lui ayant rappelé qu’ils recevaient des gens à dîner, Farid s’arrêta chez le fruitier en route vers sa maison Rue SODECO.

Observer les étalages somptueux de fruits étranges et exotiques était pour Farid 3asro une grande source de satisfaction, surtout lorsqu’il se rappelait que toutes ces merveilles étaient désormais cultivées au Liban.

Fameux programme qu’était celui du ministère de l’agriculture qui mit de longues années pour mener à bien ce projet ambitieux, mais surtout d’arracher à certaines têtes bornées l’idée de certaines cultures séculaires et sacro-saintes comme celui de la pomme par exemple.

Aujourd’hui le Liban cultive des espaces immenses de pistache verte, denrée excessivement rare et chère, et ingrédient indispensable pour l’industrie Occidentale de la pâtisserie/confiserie et surtout de la crème glacée.

Le Liban est devenu aussi un grand exportateur du « Fruit de la Passion » qui forme la base obligatoire et incontournable pour tout cocktail de jus de fruit en conserve.

Les Kiwis, les Kakis, et surtout le délicieux fruit du ‘’Achta’’, s’exportent aujourd’hui à prix d’or, et de grands espaces jadis réservés pour y faire pousser du persil et de la coriandre en quantités invraisemblables sont désormais consacrés à la culture de rares plantes et herbes médicinales dont le besoin ne cesse de croitre au sein de l’industrie chimique et pharmaceutique mondiale.

De solides accords contractés par le gouvernement avec de grandes firmes internationales assuraient l’écoulement régulier et lucratif de toutes ces récoltes, au grand profit de l’économie nationale et de l’agriculteur Libanais.

S’apercevant qu’il était déjà en retard, Farid 3asro s’efforça néanmoins de conduire prudemment. Ayant déjà eu son permis de conduire perforé une première fois pour excès de vitesse, il savait qu’il risquait une amende de $ 1000 et un retrait de permis de six mois à la récidive

* * * *

La soirée fut réussie et bien animée et Farid sortit de sa cave personnelle de vénérables bouteilles d’un vin Libanais absolument exceptionnel en l’honneur de ses invités. Il faut dire qu’avec l’appui de l’état, la viticulture Libanaise enregistra un essor considérable et il n’est point de foire Internationale où les vins Libanais ne raflaient les premiers prix et les éloges des goûteurs les plus chevronnés.

Chaque médaille possédant naturellement son revers, une bonne partie de la conversation tourna autour du sujet de la corruption de certains citoyens ; comme ce fut récemment le cas pour le célèbre homme d’affaires multimillionnaire Kayech-el-Fej3an qui dut payer rubis sur l’ongle une sanction de $ 10.000.000 pour avoir présenté au fisc pendant de longues années, des bilans frauduleux pour échapper aux impôts, et qui évita de justesse la prison grâce au brio de ses avocats, dont les honoraires achevèrent de le saigner à blanc.

Mais la plus terrible, la plus tragique et la plus navrante des tragédies, qui bouleversa le Liban de bout en bout, était celle de l’excellent ministre de la culture, SE. Charif Fahman qui, ayant un programme surchargé, envoya sa femme Mme Serméyé qui l’accompagnait lors de sa dernière visite aux Etats-Unis pour le remplacer à un gala organisé par la communauté Libanaise à Washington.

Au cours du gala, de généreuses contributions pour soutenir l’Université Libanaise furent collectées par Mme Serméyé, dont une relativement petite somme de $ 5000 en cash qu’elle « oublia » de remettre à son mari avec le reste des chèques, mais préféra les garder à son insu, bien au chaud dans son mignon petit sac à main.

Malheureusement pour le pauvre Charif, quelqu’un éventa l’affaire. La femme fut incarcérée, et notre homme, blessé au plus profond de son amour-propre et de son honneur d’homme intègre, offrit au même jour sa démission de son poste et de la vie, en se logeant une balle dans le crâne..

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Une obscurité épaisse et moite entourait Farid 3asro qui, dans son lit, essayait péniblement d’ouvrir les yeux. Une migraine atroce lui vrillait les tempes, son visage et son corps baignaient dans la sueur ; la chaleur était humide et étouffante et le climatiseur, faute d’électricité ne fonctionnait plus.

Des bribes d’images confuses refirent lentement surface dans son conscient : la crise économique, la misère sociale, la division profonde du peuple, les dettes impayables, la faillite inexorable, la régression continuelle dans tous les secteurs, le terrorisme, Nahr-el-Bared, Al Qaeda, et le gouvernement et l’opposition qui s’était pour une fois joints pour nous annoncer à l’unisson la fin de l’année comme ultime date fatidique pour l’écroulement de la nation.

Farid 3asro était au plus mal, une douleur aigüe étreignait son âme, mais aussi son corps ! ?!

C’est alors qu’il s’aperçut que durant son sommeil agité, il s’était fourré le médius dans le cul jusqu’à la dernière phalange.

Ibrahim Tyan.

Visitez " LES CARNETS DU BEYROUTHIN "

Wednesday, August 22, 2007

Les carnets du Beyrouthin.



Ce soir, un nouveau site sur mon Beyrouth adoré est né.

Pas si nouveau que ça pour les habitués de ce blog puisque LES CARNETS DU BEYROUTHIN ne fait que reprendre les dix meilleurs textes déjà parus sur ce site, qui parlent d’amour et de nostalgie pour cette ville mythique maintenant presque disparue, mais aussi de la rage et de la colère contre ceux qui persistent aujourd’hui à vouloir la faire disparaître complètement de mille façon.

Le slogan du nouveau site :
Passant qui que tu sois / Arrête-toi ici et bois.

Amitiés,

Ibrahim Tyan.

Saturday, August 18, 2007

L'ange déchu de la rue de Phénicie.



Je suis comme toi, Ô Nuit, constant et éperdu ; dans ma poitrine gisent embaumés dans leurs larmes, des milliers d'amants dans des linceuls de baisers flétris.

Gibran Khalil Gibran.
La nuit et le fou.

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J’aurais voulu entamer ce récit avec la formule sempiternelle ‘’il était une fois’’, mais ce que j’ai à raconter aujourd’hui n’a rien d’un conte de fée, mais plutôt d’un conte vrai de Beyrouth ; de L’AUTRE Beyrouth, celui qui sombra à jamais dans les flammes de la démence, des pierres croulantes des immeubles éventrés, et de l’horreur des nuits sans lune sur ses décombres de ville-cimetière où la nature avait repris ses droits ; et du vent glacial qui hululait désormais dans ses rues mortes à travers la végétation sauvage qui avait craquelé l’asphalte et brisé les pavés, et de ses chiens errants qui, pour avoir goûté à la chair humaine, avaient renoué après des millénaires de domesticité, avec la nature première de leur vénérable Grand-Maitre ancestral, le Loup.

* * * *

Jadis en descendant Souk-el-Tawilé, on arrivait jusqu’au fameux restaurant Oriental ‘’Al Ajami’’ dont le renommé ‘’Chawarma’’, une pure et savante merveille qui fondait dans la bouche, et la glace Arabe authentique à la crème ‘’Kachta’’, parfumée au mastic d’Alep ‘’Miské’’ et pavée de pistaches vertes avaient atteint un niveau de perfection qui ne sera jamais plus égalé.

Plus loin, du côté de la mer, vous accueillait le mythique restaurant Libanais du ‘’Bahri’’ et son propriétaire, le non moins célèbre Mitri Tueini, un très grand Monsieur, et grand ami de ma famille.

Que de fois ne l’ais-je entendu affirmer à mon père que les noms des ‘’sept familles’’ Chrétiennes et Musulmanes, [dont les Tuéini et les Tyan] fondatrices de la ville de Beyrouth commençaient toutes selon lui, par la lettre : T ?!?

Réalité ou fanfaronnades de Beyrouthin, il demeure que la table incroyable de Mitri qui croulait sous les mezzés les plus raffinés, du ‘’Batrakh’’ Egyptien le plus rare, au succulent ‘’Tarama’’ ou caviar Grec tout frais, des viandes, poissons et fruits de mer les plus exquis jusqu’aux croquettes chaudes aux crevettes et les épaisses tranches de fromage ‘’Halloum’’ que l’on vous servait dorées au beurre dans des terrines brûlantes, était une réelle évidence. .

Sur le même trajet, le Palm Beach Hôtel était devenu une borne incontournable depuis que la bande du théâtre de dix heures y avait établi ses quartiers généraux ; et tous les soirs, les Beyrouthins avaient rendez-vous avec Pierre et Cécile Gédéon, Gaston Chikhany, Dudul et les autres, pour les voir sur scène, tourner allégrement en dérision toutes les ‘’stars’’ de la politique Libanaise.

De l’autre côté, semblable à une citadelle au milieu de la Méditerranée, trônait le magnifique Saint-Georges, superbe hôtel à cinq étoiles [authentiques] et rendez-vous de l’élite Beyrouthine et de la jet-set Internationale.

La capitale incontestée de la vie nocturne à Beyrouth et dans tout l’Orient était la région De Zeitouné et ses ramifications qui s’étendaient jusqu’à la rue de Phénicie. Bars et boites de nuit, mais surtout des cabarets [conception aujourd’hui presque disparue au Liban] à la renommée mondiale tels le Venus, le Lido, le Kit-Kat ou les Caves du Roy offraient des numéros de standing International.

L’ « Epi Club » du dynamique et talentueux Toros Siranossian qui vivait à l’époque ses plus beaux jours, parraina les débuts Internationaux de Dalida, de Mireille Mathieu, de Nana Mouskouri et d’un certain Julio Iglesias.
Des noms tels Brel, Bécaud ou Aznavour y étaient des têtes d’affiche régulières.

C’est vers la fin de ces temps, et peu avant l’éruption du volcan qui fit voler en éclats les rêves et les fables du petit paradis Méditerranéen, que les habitués de la vie nocturne Beyrouthine virent l’inauguration du dernier-né de leurs cabarets qui arborait le même titre que le temple Parisien du strip-tease, le « Crazy Horse Saloon », auquel je dois un des plus mémorables ‘’éblouissements’’ de ma vie.

En ce temps là, j’entamais tout juste une carrière professionnelle des plus fructueuses, j’étais jeune, libre et indépendant avec de l’allure, du caractère, de l’argent, et de la testostérone à gogo.

C’était sur l’invitation d’un soir d’un ami de longue date que je mis les pieds pour la première fois au ‘’Crazy Horse’’.

N’ayant jamais été particulièrement porté vers le voyeurisme, il me faut dire que j’acceptais en ce temps-là l’invitation de mon ami parce que j’aimais bien sa compagnie, son intellectualisme et sa vaste culture. Malheureusement, je constatais une fois sur place qu’il nous était virtuellement impossible d’échanger la moindre bribe de conversation cohérente vu la musique qui était débitée à pleins décibels, et me résolus donc de reporter mon attention sur le manège des filles qui se succédaient devant moi pour se foutre à poil.

Une douce torpeur m’envahissait déjà lorsqu’ELLE apparut sur scène pour clore la première partie du show ; et mon cœur fit deux ou trois ratés.

Devant moi, grande, mince et souple comme une liane, suintant la sensualité animale de tous les pores de sa peau soyeuse et basanée de métisse Amazonienne, se tenait l’incarnation même du DIABLE, dans toute sa fascination envoûtante et sulfureuse.

Une beauté incroyable à peine voilée par le mince cache-sexe réglementaire exigé par la dame censure de l’époque, des petits seins arrogants et fermes qui défiaient les lois de la pesanteur dans toutes les postures et un corps musclé de sportive sans une once de graisse mais qui conservait cependant là où il le fallait, les courbes gracieuses qui caractérisent une anatomie féminine absolument exceptionnelle.

Mais c’était surtout l’aura de sexualité à l’état pur, brut et fondamental que tout son être torride dégageait, même à l’état statique, qui me bouleversa.

Sur mes instances pressantes, mon ami qui connaissait mieux que moi les labyrinthes de la nuit, exprima à qui de droit le désir de voir ‘’Jungle Queen’’ [ô le sobriquet ridicule], partager notre table. C’est ainsi qu’une demi-heure plus tard, la Brésilienne Carmen Silva, moulée dans une simple robe noire, les cheveux brillants d’un noir de jais sobrement tirés vers l’arrière, très légèrement maquillée et sans artifices ni bijoux était assise devant moi.

Elle n’en était que plus fascinante.

Champagne. (C’était désormais moi qui régalais).

A mon grand étonnement, la belle me voyant commander du Dom Pérignon, exprima gentiment de sa voix chantante et un peu rauque, [elle fumait des Luckies sans filtre] dans un assez bon Anglais, qu’elle préférerait au cas où cela ne me dérangerait pas du Mumm ‘Cordon Rouge’ (bien moins cher !!!).

Maintenant assise devant moi, je découvrais de près le visage de cette créature extraordinaire. Plutôt allongé, les pommettes hautes et prononcées, le nez légèrement épaté et les lèvres gourmandes et ourlées découvraient de temps en temps une dentition éblouissante.

Mais c’étaient les yeux qui m’arrêtèrent le plus, des yeux d’un noir absolu, plutôt petits, langoureux et comme ensommeillés, mais traversés en de furtifs instants d’éclairs d’une dureté peu commune.

Plus la soirée avançait, plus j’étais sous l’envoûtement de cette fascinante créature dont l’esprit s’avéra encore plus extraordinaire que le physique et lorsque mon ami et moi prirent congé d’elle, je m’inclinais cérémonieusement et lui fis un baisemain comme on en fait à une grande dame ; elle eut un sourire imperceptible et s’approcha de moi jusqu’à ce que je sentis la chaleur de son corps contre le mien, puis soudain, et de la façon la plus inattendue, m’effleura furtivement les lèvres des siennes, me soufflant au passage : Wait for me.

Mon ami me quitta sur les goguenardises d’usage et je suivis Carmen qui habitait à deux pas du club dans un complexe d’appartements meublés.

Décrire ce que je ressentis lorsque je me retrouvais tout seul avec elle dans la cage d’ascendeur, et la façon dont elle se lova voluptueusement contre moi, me murmurant dans le cou des mots en Portugais entrecoupés de halètements rauques, dépasse mes facultés d’écriture…

* * * *

A peine vingt minutes plus tard, un taxi me débarqua à trois heures du matin devant le café trottoir ‘’La Dolce Vita’’ à Raouché.

A un maître Habib étonné, je commandais un double cognac à la place de mon double express habituel et m’accoudais à la table, la chemise encore béante, la cravate défaite, et la tête entre les mains.

La foudre tombant du ciel droit sur mon crane m’aurait moins ‘’sonné’’.

Carmen Silva, la ‘’jungle queen’’ Amazonienne qui m’avait enflammé le sang et les sens était un travesti.

Un transsexuel quoi. Un mec comme moi !

Et dire que j’avais encore ‘’son’’ parfum qui me collait à la chemise.

Ibrahim Tyan.