Friday, March 4, 2011

TOMORROW and TOMORROW and TOMORROW *




*William Shakespeare – Macbeth Acte5, scène5, 19-28.


Il est une ancienne parabole puisée de l’intarissable héritage traditionaliste de l’Orient, qui raconte l’histoire de deux fieffés coquins qui de surplus ennemis jurés, finirent chacun de son côté par se faire pincer, juger, et condamner à être pendu haut et court jusqu'à ce que mort s’en suive.

Or l’imprévisible hasard fit que nos deux gredins se retrouvèrent nez à nez au jour fatidique, devant la charrette qui les mènera à l’échafaud.

À l’officier en charge qui leur demanda selon les usages s’ils avaient quelque dernier souhait à exprimer, l’un des deux pendards répondit :

_ J’aimerais bien revoir une dernière fois, ma pauvre mère.

Et l’autre de s’interposer :

_ Et moi je demande qu’on l’empêche de la voir ; telle est mon ultime volonté.

Paix à ta mémoire Ernest Renan, étranger venu de l’Occident, qui réussit a mettre à nu le fond des Libanais bien mieux qu’ils n’oseraient jamais le faire eux-mêmes, et ceci en de brèves lignes prophétiques griffonnées il y a plus d’un siècle.

Et à la tienne Georges Naccache qui clama en 1949 du haut de sa tribune journalistique que « deux négations ne font pas une nation », avec pour seul retour, l’écho de sa voix dans la solitude.

Durant ma chienne de vie, j’ai eu tant de fois la triste occurrence de voir des Libanais se réjouir du malheur d’autres Libanais, ou dans le meilleur des cas de s’en foutre éperdument, qu’il m’est devenu impossible d’entendre mentionner la citation-culte de feu sa sainteté Ioannes Paulus PP II serviteur des serviteurs de Dieu, sur un Liban qui serait « un message beaucoup plus qu’un pays », sans que cela ne provoque en moi un fou-rire irrépressible.

Mille scuse Zanetto mio, car je t’avais plutôt à la bonne avec ta brave vieille bouille fripée de Bébé-Nestlé périmé ; et puis toi au moins tu semblais y croire, tout contrairement à ton SchutzStaffel de successeur, et ça c’est important. Alors de derrière ta harpe sur ton nuage blanc, tu excuserais bien un pauvre pêcheur, qui n’a pu déceler là où tu as vu un ‘’Message’’, qu’une infâme émulsion satanique faite d’éléments non miscibles, et impossible à stabiliser sans l’intervention externe d’une lourde botte cloutée capable d’écraser les nuques les plus raides.

Aujourd’hui, la terre tremble autour de nous.

Ce sont les maîtres du monde qui font le grand ménage dans leurs fiefs ; et les suzerains vassaux tombent l’un après l’autre, dans l’attente d’être remplacés en temps opportun par d’autres, moins compromettants et plus performants.

Mais le jeu est dangereux car la bête (le peuple) a goûté au sang ; et le cours imposé dans cette partie du monde par un Occident qui se considère comme seul digne héritier de Clisthène alors que les autres sont tout juste bons pour subir la loi de Cortés ou de Pizarro, peut à tout moment dérailler.

Aveuglés par leur supériorité faite de progrès technologique et de matérialisme effréné qui prime sur toute valeur humaine, les maîtres du monde risquent de se retrouver face à une lame de fond venue de l’est telle qu’ils n’en ont plus connu depuis Poitiers.

Fidèles à eux-mêmes, les Libanais, rongés jusqu'à la moelle par la bêtise, la corruption et le fanatisme aveugle restent inconscients de la transformation qui s’opère autour d’eux, leur unique souci résidant dans l’acte accusatoire à venir du tribunal International spécial pour le Liban (Mais au fait, c’était pour quel crime ? quelqu’un se souvient-il ?) et l’attente chez certains de le voir prononcé avant le 14 Ventôse, espérant que son contenu sera suffisant pour revigorer un courant moribond auquel le bétail acheté au nord et à Akkar et déversé par des bus barcodés au jour J sur la place P, ne suffit plus.

Mais derrière cette façade tragi-comique, c’est aux frontières Sud où se trouve tapi l’ennemi le plus sinistre, le plus cruel et le plus funeste qui soit, d’autant plus qu’il est blessé, face à la forêt de missiles d’Allah, que réside le péril immense.

Karbala contre Massada, avec des siècles d’histoire pour confirmer la nature suicidaire des deux antagonistes. D’autant plus que l’un d'eux, étouffé par le cordon International qui lui enserre graduellement le cou manque déjà d’air, tandis que l’autre, bien mal en point politiquement et militairement n’en conserve pas moins intactes, ses griffes nucléaires.

Alors que faire ? Comme l’écrivait déjà l’illustre barbichu.

Ben, se remettre à la clémence Divine ! Comme répondrait n’importe quel barbichu de chez nous.

Dans ce cas, un petit conseil bénévole et sans arrière pensée s’impose :

Il est hautement recommandé en s’adressant au très-haut, de l’appeler par ses noms Coraniques qui sont au nombre de quatre-vingt-dix-neuf.

Débités en rafale, même par un novice, il est fort possible que l’un d’eux fasse mouche.



Ibrahim Tyan.

Thursday, February 3, 2011

Briefly, clearly and straight to the point.



(Pour ce qui est de l’avenir ‘’Made in USA’’ mon pauvre Aboul’Zouz, nous en avons déjà des exemples ; avant-hier c’était l’Afghanistan, hier l’Iraq, aujourd’hui c’est le tour du Pakistan et probablement celui de l’Egypte pour demain).
_ L'infâme désunion ; (le Cro-Magnon) ; Lettres du Liban, le 20 Septembre, 2007.


Le vent du réajustement souffle désormais sur une nation Islamique aussi fâcheusement arriérée qu’impréparée.

On remarquera dans cette courte phrase la désignation de ‘’Nation Islamique’’ dorénavant employée par ce blog en substitution au terme répandu de ‘’Nation Arabe’’ qui exprime une conception utopique promue vers les débuts du siècle dernier par une poignée de contemplateurs parmi lesquels figure le personnage controverse de T.E. Lawrence ; à signaler également l’emploi de l’expression de ‘’Vent du réajustement’’ utilisée ici au lieu des appellations d’usage telles que les Vents du changement, de la révolte, de la révolution, de la liberté, ainsi que d’autres alizés plus ou moins rédempteurs prisés par les idéologues d’antan.

* * * *

Dans certains cas et pour diverses raisons, le parti vendeur n’offre point de commission mais fixe le montant de la somme qu’il désire recevoir en contrepartie de la vente de son bien, laissant au courtier la liberté de vendre au prix qu’il peut et d’en garder la différence pour lui-même.

…En récompense pour la collaboration totale et inconditionnelle…/…il leur sera donné de gouverner le Liban dans les premiers temps comme bon leur semble avec appui et couverture Internationale. Je dis bien dans les premiers temps car après…
_ Marché de dupes ; Lettres du Liban, le 14 Avril, 2007.


Dès que le sobriquet de ‘’ révolution du jasmin’’ fut décerné par la media Occidentale au soulèvement Tunisien, il apparut clairement que Ben Ali-Baba venait d’être lâché par ses protecteurs, et que le peuple soûl de haine et d’oppression n’en fera qu’une bouchée.

Se retrouvant persona non grata dans un Occident qui alla jusqu'à lui geler ses avoirs durement acquis, le tyranneau n’avait plus de choix que de rejoindre sa lady Macbeth en Arabie Saoudite, avec pour toute consolation une tonne et demi d’or en barres que Lella Leila, (en fille du peuple avisée qui ne croit pas à la monnaie scripturale), n’avait pas manqué d’emporter avec elle lors de sa fuite au pays de l’or noir.

Mais ici finit le conte de fée révolutionnaire et commence la dégrisante réalité ; et le peuple, sans doute sincère mais point éveillé, aurait fait le ménage à la place du véritable oppresseur, pour véhiculer au pouvoir dans un second temps un Sidi (ou une junte) encore plus fourbe, désigné d’ores et déjà par les maîtres du monde en remplacement au produit périmé.

Le cas de l’Egypte est autrement plus épineux.

Etant de loin la nation la plus grande, la plus forte et la plus influente sur la conscience (et l’inconscient) du monde Islamique et de surplus limitrophe de l’état d’Israël, ce dernier conserve dans son subconscient les amers stigmates de Yom Kippour 1973, du temps d’avant la paix de Camp David qui représente pour l’état Hébreu (beaucoup plus que l'abolition du nucléaire Iranien) une nécessaire condition de survie.

Ayant depuis belle lurette atteint aux yeux de l’Occident à sa date d'expiration, Husni-Râ qui chancelle aujourd’hui sous les coups de boutoir des masses manipulées de la ‘’révolution du lotus’’ persiste à s’accrocher avec l’énergie du désespoir, soutenu en cela par un Israël qui ne le lâchera point avant qu’une succession aussi rassurante pour elle que la momie sortante (dans un jour, dans un an; rien ne presse) ne lui sera assurée; attitude qui met l’état Hébreu en position de sourde divergence avec le Kunta Kinte de la maison blanche au discours mielleux.

Ce délicat conflit entre les associés risque de se traduire par un long et douloureux calvaire pour le pays du Nil déjà exsangue et déchiré par les discordances intestines, et plus perforé qu’un emmenthal Suisse par un long passé de misère, de corruption et de dégradation.

Toutefois, c'est l’enthousiasme, la sincérité et la candeur des foules qui me navre le plus, me rappelant les premiers temps de notre ex-‘’révolution du cèdre’’; du temps où l’on prenait Barbe-Bleue pour le Père-Noël.

Mais les Libanais qui ont acquis à force d'épreuves et d'expérience, une bonne longueur d’avance sur leurs frères Islamiques, savent dorénavant où résident leurs intérêts vitaux et l’expriment aujourd’hui haut et clair au nez et à la barbe de tout importun.

Ainsi donc et pas plus tard que le 23 de ce mois, ils sont descendus en masse mettre le pays à feu et à sang, invoquant les esprits d’Abou-Baker, Omar, Uthman et Ali (quoique avec des réticences certaines pour ce dernier), pour leur venir en aide dans leur Djihad en soutien inconditionnel à l’imposture, la corruption, l’intolérance et la décadence.

Nous sommes comme ca !

On SAIT que l'on est baisés, mais on l’est parce qu’on le VEUT, car nous, on AIME à être baisés !

حدا ألو معنا شي ؟



Ibrahim Tyan.

Friday, December 24, 2010

L'an prochain à Beyrouth.


A tous les amis et lecteurs de ce modeste blog, surtout ceux qui ont eu dernièrement l’amabilité de m’écrire sur le forum ou via email, je dédie ce petit billet en leur souhaitant bonne fête et une nouvelle année qui verrait la réalisation de leurs vœux les plus chers.

Ibrahim.


* * * *

On retrouve toujours l’équité, la probité, la sagesse et la tolérance parmi les attributs dont la race humaine s’en glorifie sans l’ombre d’une preuve ou d’une justification.

Et même si de telles valeurs existeraient, qu’attendre d’un grain de sucre dans un lac de fiel ?

Un homéopathe s’y perdrait.

Mais il en fut toujours ainsi, et le demeurera jusqu'à la fin des temps ; une fin dont les signes avant-coureurs se multiplient, exaltés par l’indifférence inconsciente de l’Homo Sapiens dont le formidable progrès technologique n’a finalement mené qu’à la compromission de l’avenir de sa propre planète, au moment même où la possibilité d’en faire un nouveau paradis lui était devenu théoriquement réalisable.

Sans pour autant négliger la question certes éculée (mais ô combien angoissante) du stockage mondial insensé d’armes de destruction massive capables de provoquer plusieurs fois l’Armageddon à l’échelle planétaire alors qu’il n’en faut pas plus qu’un seul, pour libérer de ses chaînes le quatrième cavalier de l’Apocalypse.

Sous de tels auspices, il n’est pas étonnant que nombre de théoriciens contemporains croient que la perpétuité de l’espèce humaine est une perspective hautement problématique.

Faisant (en principe) partie de ce monde, le Liban ne pouvait se défendre (ou le pouvait-il ?) d’être emporté comme un fétu de paille par le courant universel.

Mais en comparaison avec la terrible dépression internationale, fruit de l’insensibilité vorace et de l’inconscience tragique des Léviathans mondiaux, notre petite crise nationale avec ses meurtrières joutes verbales sans conséquences ni lendemain, nous réjouit par sa facture à la fois candide et pornographique, qui oscille entre l’obscène et l’absurde sans pour autant se désister du risible et du burlesque.


Dans une rivalité qui se rapporte à l’hooliganisme plutôt qu’à la politique ou la religion, le cœur des Musulmans Libanais balance entre le turban noir du faquih nucléaire et le kéfié blanc du serviteur des deux saintes Mosquées dont l’une repose sous le protectorat yankee tandis que l’autre languit en territoire Shalom annexé pour l’éternité.

Et dire qu’il se trouve encore des ignares pour taxer d’intolérance l’Islam !

Au milieu de ce joyeux tableau fantasque, la note lugubre vient de chez les Chrétiens Libanais qui vivent leurs derniers jours au milieu de l’indifférence universelle.

Alors que les efforts combinés d’un Metternich, d’un Talleyrand et d’un Richelieu auraient étés à peine suffisants pour leur éviter de justesse le sort qui leur est réservé, ces Chrétins se sont choisis un Tartarin, un Iscariote et un Caïphe pour les mener par le bout du nez sur les chemins de nulle part ; et ce n’est là que justice, car on ne récolte que ce que l’on sème. Ainsi parlait le fils de charpentier venu de Nazareth dont ils célèbrent ces jours-ci l’anniversaire.


Les mots « L’an prochain à Yerushalàyim » qui viennent clôturer le cérémonial annuel de la Pessah’ et dont les juifs de la diaspora en firent durant de longs siècles un signe de ralliement, risquent d’être plagiés par les Chrétins du Liban dans un avenir qui ne saurait plus tarder.

Sous la méchante bruine glacée de l’Occident ou le soleil vénéneux de l’Amazonie, je les vois déjà attablés devant un Mezzé plantureux, se remémorant les souvenirs du pays.

Le méchoui, le taboulé et la puissante liqueur anisée aidant, l’exaltation atteindrait son paroxysme lorsque les mains se joindront pour un Dabké endiablé au cri de : « L’an prochain à Beyrouth. »

Mais contrairement à leurs cousins Hébraïques, je crains fort que leur serment lyrique ne s’évapore illico en rots puissants et pets sonores.

Point de pitié ni de complaisance envers ces pauvres hères (pour ce dernier mot, prière d’utiliser la phonétique du Français pour en extraire le sens en Arabe) ; leur détresse morale n’égalera jamais le calvaire de ce marginal, cet inadapté, ce vagabond mental exilé dans son propre pays.


Ibrahim Tyan.

Sunday, September 26, 2010

SIEG HEIL !

L’observation ces jours-ci des nombreuses réunions, congrès, festivals, messes solennelles et autres manifestations populaires qui se succèdent frénétiquement et de tous les côtés sur la scène politique Libanaise, me ramène irrésistiblement à la célèbre phrase de Karl Marx : L'histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce. - (Le 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte).

Si la première tranche de cette sentence appartient à Hegel, la seconde, due à Marx, lui confère par son cynisme lucide et offensant toute sa notoriété.




Oserais-je y apporter humblement une modeste contribution personnelle qui la rendrait de la sorte : L'histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce, et à l'infini chez les peuples sous-développés qui n’ont jamais rien compris aux leçons du passé.






Cliquez sur la barre de son ci-dessus et gorgez-vous de liberté, de souveraineté et d'ISTIKLAL.

Ibrahim TYAN.

PS. Hymne pour hymne, il me semble que la marche Teutonique demeure indiscutablement supérieure sur le plan purement mélodique.

Thursday, June 17, 2010

Les belles vacances.






Si "Lettres du Liban" prends ses vacances prématurément cette année-ci, c’est parce qu’il n’a strictement rien de mieux à faire.

Au programme : Ne plus consulter la moindre source médiatique, de quelque nature fut-elle, ni de profaner (du moins durant sa période de ‘’congé’’), la pureté virginale du matin, avec le spectacle des sempiternelles tronches locales et régionales dont le cramponnement rappelle celui d’un étron que des giclées répétitives de chasse d’eau ne parviennent pas à décoller.

Ceci dit, les fidèles amis (que je salue en leur souhaitant de glorieuses vacances) qui eux connaissent bien l’importance attribuée par ce modeste blog, tant à l’illustration qu’au texte, comprendront facilement les raisons derrière les deux images ci-haut reproduites, et dont la première représente la place des Martyrs comme elle ne le redeviendra jamais plus, et la seconde, qui révèle la vision des porte-flambeaux de la culture de la vie, d’une place ‘’rénovée’’ au milieu de laquelle trônerait l’invraisemblable tour de la vieille rombière Tchéco-Yankee.

Les temps changent ; et la voie de Beyrouth/Paris jadis principal pèlerinage pour tout Libanais assoiffé de culture et de savoir est définitivement tombée en oubli, supplantée par celle pavée d’or et d’illusions de Yathrib/Manhattan.

Et la perle historique du Levant se mue rapidement en une sorte de New-Dubaï ; avec l’ordre, la loi et le boom économique en moins, signalons-le d’emblée.

Aujourd’hui, à peine des rumeurs longtemps étouffées par les autorités (!?!), concernant la présence d’importants gisements pétrolifères dans les eaux territoriales Libanaises, se trouvant presque confirmées, que surgirent déjà de candides Perrettes prédisant la fin de notre calvaire économique et le début d’une nouvelle ère de lait et de miel pour tout Libanais.

Mais alors, pourquoi donc cette excellente nouvelle me laisse de marbre ?

Tout bêtement parce que le profit faramineux de cette opération (si jamais elle voit le jour), sera équitablement réparti entre certaines corporations internationales d’un côté, et de l’autre d’une poignée de Léviathans locaux, avec des raclures pour distribuer de part et d’autre aux mercenaires, vassaux et autre laquais.

Quant au ‘’bon peuple’’ Libanais, son destin est de se retrouver toujours « Une main derrière et l’autre devant » selon notre dicton local bien connu et dont l’équivalent Français se trouve être : « Gros Jean comme devant ».

Et ce ne sera là que justice car il n’aura en cela que ce qu’il mérite.

Chiche ; et qui vivra verra !


Accompagné de quelques livres et illustrés, CDs et DVDs, je me mets au vert avec l’espoir de pouvoir enfin réaliser une ambition longtemps caressée : Celle de NE RIEN FAIRE.

Hasta luego compañeros.

Ibrahim Tyan.

Friday, April 30, 2010

Plus noir que vous ne pensez *












*Darker than you think.
Jack Williamson – 1948


L’existence humaine est jalonnée de brefs éclairs de félicité aussi fortuits qu’éphémères ; instants Nirvâniques révolus que l’homme cherche obstinément à recréer, et dont le souvenir souvent sublimé lui obsède la mémoire et hante l’esprit.

Mais l’aspiration incoercible du temps fonctionne à sens unique, et le terrible vortex ne restitue jamais les moments défunts.

Il faut être un vieux Beyrouthin invétéré pour ressentir pleinement le coup de cette cruelle certitude, décuplée par la disparition physique de la ville génitrice de ses passions et de ses rêves, dans les méandres de la méconnaissance et de l’oubli.

C’est vers les débuts des années 90’ du siècle dernier que je pus enfin remettre les pieds après une quinzaine d’années d’absence forcée, dans le coquet petit quartier situé sur l’infâme ‘’ligne verte’’ qui séparait les deux Beyrouth, et qui abritait la maison paternelle de ma jeunesse.

Seuls ceux qui ont vécu pareille expérience dans leur vie, peuvent se figurer pleinement l’intensité de ce qui suit :

Tel un navire déboussolé au milieu d’une mer inconnue, je restais là, incapable de me situer ; à plus forte raison, de deviner l’emplacement de mon ancien logis au milieu de ces immenses étendues désertiques, dégarnies et nivelées au bulldozer, et dont le moindre facteur externe qui irait travailler grâce aux indices de l’encodage dans mon inconscient pour me rendre un seul et unique souvenir facile à retrouver, avait été impitoyablement radié.

Semblable à Ulysse au terme de son Odyssée, qui dans un premier temps ne reconnut point Ithaque, j’aurais, de longues années durant, écumé la moitié du globe, pour me retrouver bel et bien égaré au beau milieu de ma rue, au seuil même de ce qui fut ma demeure et mon chez moi !

Si je t’oublie, ô Jérusalem que ma droite m’oublie !
Que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens de toi ; si je ne fais de Jérusalem le principal sujet de ma joie !


David – Psaume 137.

Si ces paroles plus ou moins incertaines, d’un psautier plus ou moins légendaire, concernant un endroit plus ou moins déterminé et un événement historiquement indécis, trouvèrent une descendance plus ou moins contestable pour se les transmettre jusqu'à nos jours, et des crédules (et des véreux…) pour y croire (ou faire semblant) et de leur conférer (par la raison du plus fort), souveraineté, légitimité et soutien illimité, avec toutes les conséquences qui s’en suivirent ; serait-il de trop qu’un homme réel, actuel et encore de ce monde, vienne de son modeste blog libre et affranchi, chanter à tout vent, la mémoire de la perle du Levant, immolée sur l’autel de l’obscurantisme, la fourberie, le fanatisme et l’imposture ?

Et de déplorer le sort de ses crétins de compatriotes qui s’autodétruisirent sous l’œil (et le financement) de leurs ‘’frères’’, qui versaient des larmes de crocodile en suivant sur leurs écrans avec un délicieux petit frisson morbide, les prouesses sanguinaires des Libanais, tout en ruminant des feuilles de Khat et se malaxant paresseusement les glaouis !

Or il se trouve qu’une imagerie fréquemment évoquée, insiste pour représenter les Libanais en tant que peuple ‘’fortement politisé’’.

Par quel raisonnement absurde, les partisans de cette conviction sont-ils arrivés à déceler de l’éveil politique chez un pauvre hère dénué du moindre privilège civique ou social ; un pouilleux, lésé, dépouillé, affamé et abaissé dans ses droits les plus élémentaires, mais qui s’avère être malgré tout, ‘’idéologiquement ‘’ et farouchement de droite !

Un « petit-bourgeois mental » miséreux et nécessiteux, au statut personnel inferieur à celui d’un chien dans une société évoluée ; ce qui ne l’empêche pas d’entretenir religieusement les chaînes qui l’entravent et d’idéaliser la crapule qui l’exploite !

Entre ‘’Politisé’’ et ‘’Fanatisé’’, la distance se mesure par années-lumière…

****
Les nuits sont encore fraîches en cette période de l’année, et de fréquentes coupures d’électricité, rendent la corniche d’Aïn-el-Mraïsseh plus noire et plus déserte encore, pour ma plus grande félicité.

Le bruit, la saleté, la laideur, la misère, la vulgarité et le mauvais goût étalés au grand jour, disparaissent à l’intérieur du cocon noir de la nuit Beyrouthine où je m’y vautre avec béatitude, tel un fœtus au cœur des entrailles maternelles.

Accoudé à la balustrade, face à l’immensité noire et miroitante, je me laissais peu à peu emporter par le chuintement du doux ressac qui avait bercé mes nuits lointaines, lorsque le sang nouveau battait vite et fort dans mes artères, alimentant rêves et espérances, et une soif de vivre que la terre entière ne pouvait étancher.

Et je sentais, mes facultés auditives et olfactives décuplées dans l’obscurité telles celles d’un vieux loup-garou ; tellement et si bien que j’aurais juré avoir décelé l’arôme précieux d’un bégonia en fleur que j’avais remarqué à plus d’un kilomètre en venant, mêlé aux effluves lourds et iodés, faits d’algues, de lichens et d’un prodigieux bouillon naturel de culture, et qui sont les exhalations mêmes de la matrice originelle dont le souvenir immémorial demeure conservé dans le secret de chaque cellule de ma vieille carcasse éphémère.

Beyrouth. Ô mon Beyrouth.
Je suis un étranger en cet absurde carnaval.
Abrège mon calvaire.
Emmène-moi là où tu es parti.
Efface ma honte et mon désespoir.
Reprends-moi dans ta paix et ta sérénité.


Ibrahim Tyan.

Monday, March 22, 2010

J'IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES **



















جنس عاطل*



*(Mauvaise Graine)
_Walid Bey Joumblatt. 2009.


C’est dans l’état de ses articulations que l’on décèle les signes avant-coureurs de l’ultime déchéance physique, lorsque dans l’intimité secrète de ses rotules, l’ankylose encore bénigne mais déjà chronique, témoigne de la reptation irréversible du temps, et de l’approche inéluctable du dernier acte de la vaine mascarade.

Aussi vaines étaient mes pensées, (penser,…quelle occupation absurde !), assis devant le bleu d’Aïn-el Mraïsseh, sur ce méchant banc public où je m’étais autrefois tant illusionné, en ce début d’un mois de Mars charriant déjà dans ses effluves, les prémices d’un nouvel été meurtrier.

Pense qui voudrait ce que voudra, mais la vilaine faune mal dégrossie qui défilait devant mes yeux indifférents avec ses affreux mioches qui saccageaient sans vergogne ni retenue la flore coûteuse et inappropriée avec laquelle les Le Nôtre de la ‘’culture de la vie’’ avaient achevé de déprécier la corniche de ma jeunesse, (au détriment d’un reste de pays sauvagement frustré), m’était carrément étrangère, voire ennemie.

Car le Liban véritable c'est avant tout ce brave peuple sous développé, et toutes ces bonnes gens incultes avec lesquelles j’ai l’indicible infortune de partager le terroir et l’identité.

Leurs certitudes politiques et religieuses, leurs conceptions urbaines et civiques, leurs tendances culturelles, leurs préférences artistiques, vestimentaires et culinaires, leur logique, leur morale, et même leur manière de copuler dans le secret de leurs sordides alcôves me sont hélas, livre ouvert.

Et s’ils braient aujourd’hui leur misère, semblables aux ânes bâtés qu’ils sont, et couinent leur panique, tels des gorets que l’on emmène à l’abattoir, c’est parce que leur cortex blindé est demeuré imperméable au théorème élémentaire stipulant que celui qui consent à se laisser acheter doit s’attendre incessamment à se retrouver vendu, voire sacrifié aux temps des grandes liquidations.

Mais ils n’ont point leur pareil pour boire du petit lait lorsque le vice-secrétaire général (et Mikhaïl Kalinine) du parti d’Allah, nous gratifie de son éloquence raffinée, comme dans cette récente apparition télévisée dont voici quelques extraits :

« …Nous sommes résolument pour des élections municipales basées sur le principe de la majorité relative, et demeurons intransigeants pour leur tenue sans retard ni ajournement dans leur délai fixé par la constitution…/…mais serions cependant prêts à envisager le renvoi dédites élections vers une date ultérieure si les autres partis le jugent utile, voire de la révision de la loi entière si cela s’avère nécessaire…/ …finalement, le système qui sera adopté pour ces élections ainsi que de leur tenue ou non, nous est parfaitement égal puisque dans le cadre de n’importe quelle solution concernant ce sujet, le Hizb n’a strictement rien à y gagner et rien perdre… »

_ Merde que c’est bien dit ! Mais finalement c’est quoi ?

_ Walaw ! C’est de la dialectique Divine, Ya Hmar.

Cependant, c’est chez les Chrétiens Libanais (ces ‘’Chrétins’’…) que l’absurde tourne au tragique.

Défaits, amoindris et déchus, on les retrouve aujourd’hui réduits à l’état de deux sordides factions irréconciliables, opérant chacune de son côté en qualité de ‘’légion étrangère’’ au service des deux grands sectes Islamiques antagonistes au Liban.

Triste destin pour ceux qui constituèrent un jour, la fine fleur du progressisme Levantin, et demeurent les seuls Chrétiens de la région à jouir dans leur pays d’origine, de leur plein droit à la citoyenneté intégrale.

Qui peut aujourd’hui au milieu de l’aliénation générale, exclure la possibilité du déclenchement d’une ‘’nuit de longs couteaux’’ au sein de l’enclave Chrétienne (les Chrétiens en ont une longue tradition), qui adviendrait à un moment choisi (par d’autres), et qui aurait pour but principal de rectifier les rapports de force établis sur la scène locale depuis le précédent du 7 Mai 2008 ?

Assis à la lisière de cette ville étrangère erigée sur les décombres d’une autre dont je ne me souviens presque plus, et qu’une assez récente enquête de Paris Match désigna comme la capitale la plus laide du bassin Méditerranéen, je méditais devant l’immensité bleue sur la futilité des questions dont j’ai la fâcheuse habitude de m'en masturber les méninges, et qui vont de se demander si Léon Tolstoï mérite le titre du plus grand écrivain de tous les temps, ou que l’inachevé dans la Neuvième était quelque chose de bien voulu par le grand Ludwig ou non, en passant par le degré de l’influence Kierkegaardienne sur l’œuvre d’Ingmar Bergman, ainsi que de tant d’autres foutaises de la même veine ; alors que je SAIS qu’il n’existe le moindre espoir pour la moindre amélioration, le moindre changement ou la moindre réforme de quelque nature soit-elle, sur ce lopin de terre inculte qu’on appelle à tort : Pays.

Et que ma réalité sera indéfiniment et toujours régie par le Sayyed, le Cheikh, le Bey, l’Istiz, le Général, le Carabin et leurs semblables.
Passé, Présent et Avenir.

Sans oublier Sa Sainteté ; et même celui plus grand que lui, qui implore aujourd'hui le pardon universel pour avoir pendant longtemps, fermé les yeux sur les innombrables ‘’égarements’’ commis (sans doute par un excès de zèle) dans les rangs de ses pieuses troupes, qui ont parait-il interprété de manière fort controversable, les saintes paroles du Grand Maître Suprême : ‘’…Laissez venir à moi les petits enfants.’’







Ibrahim TYAN.

** ''J'irai cracher sur vos tombes''
Boris VIAN,1946.