Wednesday, August 20, 2008

La rupture et le mépris.


Beyrouth ne me manque plus depuis que j’ai cessé de me considérer d’elle, et elle de moi.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Je ne le sais (que trop) et ne veux pas le savoir.

Même que la langueur des vagues de cette Méditerranée ancestrale qui viennent de leur écume d’argent et de lumière caresser les rivages maudits d’Aïn-el-Mraïsseh, me ramènent désormais d’autres images où se mêlent les ombres de Médée la tragique, de Calypso l’ensorceleuse, et de l’émouvante Nausicaa, belle comme Artémis et qui porte avec une muette grandeur, la cruelle meurtrissure d’une passion sans espoir.

En aboutissement inexorable a la noire malédiction du père, Polynice à la tête d’une armée étrangère, franchit sous le regard scrutateur de Sophocle la septième porte de Thèbes, et partit glaive à la main, a la recherche de son frère Etéocle, tous deux fruits incestueux des amours interdits d’Oedipe et de Jocaste.

Eclairés par des flambeaux géants dans l’amphithéâtre immense, les jeunes filles et garçons du coryphée, tous de lin vêtus tels des colombes blanches, s’alignent en un demi-cercle parfait autour de leur roi debout, que deux esclaves en génuflexion achèvent de revêtir de pourpre et d’airain.

Du cœur de la nuit, les lamentations du chœur montent vers la voûte étoilée.

_ Ne te rends point a la septième porte ; nous t’en conjurons ô notre roi bien-aimé…

Monolithe statique, le noble Etéocle lève lentement le bras, et toutes les voix se taisent.

La vibration de son timbre grave vrille alors l’épais silence.

_ Si ma mort m’attend à la septième porte, j’irais moi-même à sa rencontre.

* * * *

De la devise ‘’connais-toi, toi-même, laisse le monde aux dieux’’ gravée sur le fronton du temple d’Apollon a Delphes, Socrate ne retint que ‘’connais-toi, toi-même’’, et fit pour cela figure de contestataire de par sa vénération pour ces dieux tout en avouant son ignorance a leur égard.

Mais ne vaut-il pas mieux une ignorance qui se connaît, qu’une ignorance qui s’ignore ? Et d’être en possession d’une science : celle de son ignorance, plutôt que d’être affligé selon Platon de ‘’double ignorance’’ par le fait de ne pas savoir, et de vivre dans l’illusion de son savoir ?

La connaissance et la maîtrise de soi ainsi que l’affranchissement des spéculations idéologiques et des explications théologiques demeurent les piliers essentiels de la pensée Socratique.

Depuis, que nous a-t-on servi de vraiment mieux ?

* * * *

Un organisme qui a définitivement et irrémédiablement perdu toutes les facultés nécessaires pour une existence saine et normale, voila ce qui est advenu du Liban d’aujourd’hui.

Dès 1948, les Libanaise sont partis pour se faire volontairement incuber du mal venu de part et d’autre de leurs frontières ; mais à quoi bon en parler puisque cela ne sert vraiment plus a rien.

Il n’existe pas de remède connu pour le SINDA (Syndrome Immunitaire National Déficient Acquis).

Alors restons stoïques et amusons-nous comme on le peut des futilités ordinaires des Libanais.

Chaque fois que je regarde Ziad Baroud sur la photo officielle qui réunit les membres du nouveau cabinet ministériel, un petit sourire presque attendri me vient aux lèvres.

Que fait donc ce petit jeune homme propret qui fleure bon l’USJ, et ‘’le garçon très bien’’ des années 1960, avec juste la touche nécessaire d’arrivisme pour faire de lui un lauréat plutôt qu’une crapule, au sein de cette horde de nécrophages ?

En se distançant en tapinois du ‘’Mouvement de Renouveau Démocratique’’ pour se positionner tout aussi discrètement dans le camp du ‘’wonderful’’ centurion sur le retour, Ziad a décroché le gros lot sous la forme du portefeuille ‘’souverain’’ de l’intérieur.

Hélas, mille fois hélas !
It’s too little too late.
Much too little and much too late…

Infiniment moins sympa est le cas du bébé-éprouvette miracle du Tayyar qui, fidèle a la pensée inexistante de son parti, inaugura son mandat au ministère des télécommunications par le ferme engagement (émis bien entendu sans l’ombre de la moindre étude préliminaire) de réduire immédiatement et drastiquement les tarifs aberrants que le Libanais paye sur l’utilisation de son portable.

Sanioura (le vicelard) le laissa suffisamment s’enliser dans ses promesses publiques avant de lui balancer a la figure le relevé général des revenus de l’état dont les perceptions sur le portable représentent presque les 42% de la totalité desdits revenus. (Preuve terrible du fiasco économique Libanais…mais ça, c’est une autre histoire).

_ Maintenant que tu sais tout mon grand, libre a toi de faire ce que bon te semble ; mais lorsque dû a tes ‘’réformes’’ nous ne pourrions plus régler les soldes de l’armée et des FSI, il sera de mon devoir d’en révéler les causes et de dénoncer publiquement les responsables.

Et VLAN !

* * * *

Il est une phrase de Jean-Luc Godard qui me revient constamment ces jours-ci : «Si vous n'aimez pas la mer, si vous n'aimez pas la montagne, si vous n'aimez pas la ville... allez vous faire foutre !»

Ibrahim Tyan

* Visitez : Les carnets du Beyrouthin

Wednesday, August 6, 2008

Indépendance 08



Lettres du Liban remercie de tout cœur Sixtine, Kheireddine, Frenchy et Cédric qui ont eu la délicatesse de lui exprimer leurs vœux de bonnes vacances sur le forum ainsi qu’a ceux qui l’ont fait par e-mail ; de même qu’aux lecteurs assidus de ce blog.
A eux tous, ce texte est dédié.

* * * *

Entre l’écoulement de la première phase des vacances, et dans l’attente d’entamer incessamment la seconde, quoi de plus naturel pour le vieux Beyrouthin désabusé que de reprendre l’espace de quelques heures les chemins de sa vieille ville jadis adorée, et dont les réminiscences dans sa mémoire n’en finissent plus de mourir.

L’imagination débridée aidant, l’idée de cet article inhabituel dont les illustrations forment le corps principal le frappa en plein chemin ; mais d’une part, n’ayant point l’habitude de se balader avec son Sony cyber-shot pendu autour du cou, et de l’autre étant sévèrement limité par le temps, il ne lui restait plus qu’à avoir recours aux modestes capacités photographiques de son portable qui ne répondent en aucune façon aux ambitions artistiques de l’operateur.


* EN ROUTE.




Il est de cela une bonne décennie que la municipalité du littoral du Metn érigea à l’ endroit d’un terrain vague situé place de la Sagesse, un coquet petit jardin public ; initiative que je saluais à l’époque avec joie et enthousiasme.



Quelques semaines seulement après son inauguration, le jardin fut refermé, et ses portes demeurèrent jusqu'à ce jour, plus obstinément scellées que celles de la justice Kafkaïenne.

Explication d’un ‘’responsable’’
_ C’était la seule solution pour le préserver du vandalisme !



Sur mon chemin, le Christ recrucifié sur le toit d’un établissement spécialisé dans le commerce de gris-gris, talismans, fétiches, amulettes, et autres totems et tabous…



…de même que sur la croisée des chemins entre Dora et Mar Youssef, recrucifié cette fois-ci par les bons soins de la municipalité.



Qui a donc décidé de cette tour-horloge mastoc, mélange baroque et malencontreux qui se veut ‘’renaissance Italienne’’ et qui détonne péniblement avec son environnement, sans parler de la disproportion entre sa massive laideur et l’exigüité de la place de New-Jdeidé ?



Être honoré de son vivant est une chose, et se voir rebaptisé du nom (Anglais de surplus) du huitième mois du calendrier Grégorien en est une autre.

* TERMINUS ; TOUT LE MONDE DESCEND A AÏN-EL-MRAÏSSEH.



!!! يا ماما
C’est quoi ça ???

Une laitue génétiquement modifiée, ou une cactée préhistorique pétrifiée ?

Nenni gentes Dames et gentils Messieurs ; tout juste un « mémorial » que les esthètes Libanais ont érigé à l’endroit même où le grand homme nous quitta pour un monde meilleur.



A quelques pas de la ‘’laitue’’, une stèle métallique invraisemblable…



…et Abou-Bahaa’ en personne, sur gazon.

Ne s’est-il donc point trouvé parmi tous ces Rodin du Dimanche une seule personne sensée pour leur rappeler qu’une statue perds la presque totalité de son impact dramatique lorsqu’elle elle est posée sans SOCLE, dut-elle être celle du David de Michel-Ange ?



Et qu’en réunissant dans un même plan la statue de l’homme avec une stèle insensée quatre fois plus grande, le sujet principal (Hariri) se retrouve écrasé jusqu’à l’effacement, dans une des utilisations les plus stupides de l’espace scénique que j’aie jamais vu. ?



Et qu’un carrelage d’une affreuse céramique bleue style ouatères publiques, couronné par une classique balustrade Villandry en pierre, atteint des summums de vulgarité dissonante ?



Pour couronner le tout, le sol revêtu de sordides dalles en béton imitation brique…
Il est aussi important de mentionner que parmi ses innombrables aspects ‘’artistiques et culturels’’, ce monument a aussi l’avantage d’avoir des capacités Audio : discours, chansons, musique et ‘’zajal’’ sont diffusés a longueur de journée pour accentuer l’aspect ‘’Disneyland’’ de l’affaire..

Mon pauvre Abou Bahaa’. Tu mérites mieux que ça.



En comparaison, et malgré la négligence, la végétation qui l’étouffe et la terre non revêtue sur laquelle elle repose, la sobriété majestueuse de la statue de Riyad el Solh se dresse, vestige d’une autre époque, d’autres critères et d’autres conceptions.
D’un autre Liban.



Cependant, un symbolisme terrible et certes non voulu par les auteurs, se dégage puissamment du site commémoratif d’Aïn-el-Mraïsseh :

_ La confrontation silencieuse qui continue entre l’hôtel défunt et l’homme qui n’est plus.

* EN CHEMIN DE RETOUR.



Le pèlerinage inévitable.



Le vent du Khalij.
Combien de pauvres filles de joie Libanaises sont-elles destinées à être avilies, brutalisées ou même égorgées impunément entre les murs de ces appartements de luxe ?




Une agréable surprise !
Dans les avenues derrière le centre STARCO, un petit coin de paradis, grand comme un mouchoir de poche.
Serait-ce la solution de SOLIDERE pour le problème de déboisement du Liban ?



Mais trêve de jérémiades et gémissements absurdes.
…ما بقا تحرز

Alea jacta est, et le raz-de-marée divin a déjà tout englouti.

Pour les Libanais qui continuent à se remplir la panse et faire la fête, inconscients de leur destin définitivement scellé, je propose cette célèbre ritournelle légèrement modifiée pour peupler joyeusement leurs soirées de beuveries orgiaques:

Ah, ah, a la queue leu-leu
Ah, ah, a la queue leu-leu
Ah, ah, a la queue leu-leu
Tout l’monde a l’abattoir
A la queue leu-leu.

Ibrahim Tyan.

Visitez : « Les carnets du Beyrouthin ».

Wednesday, July 9, 2008

Valises souveraines et sagesse bon marché.



La désignation (?) de quatre portefeuilles spécifiques (en l’occurrence l’intérieur, la défense, les finances et les affaires étrangères) comme étant des ministères ‘’souverains’’, stipule conséquemment que les dix-neuf valises restantes au cabinet, ne le sont point.

Arithmétique ; ?مش هيك يا حمار

Ergo, les portefeuilles de ‘’seconde zone’’ (parce que non-souverains), tels ceux de la justice, de l’éducation nationale, de l’agriculture, de l’industrie ou de la santé publique, sont généralement octroyés en guise de dédommagement aux ‘’alliés’’ ou en lots de consolation pour les ‘’perdants’’.

Restent les ministères-dérision (et dérisoires) qui ne servent qu’à valoriser numériquement un front (une clique) ou un rassemblement (un ramassis), tels les portefeuilles de la culture, de la reforme administrative, de la jeunesse et des sports, et de l’environnement.

Imaginez-un candidat Libanais se présentant aux législatives avec un programme électoral écolo !!!!!!!


Voir au beau milieu du Masjed-el-Haram, la fontaine de Zamzam débiter du Dom Pérignon demeure une perspective bien plus envisageable.

Pour en revenir a ‘’l’état’’ Libanais et ses quatre portefeuilles ‘’souverains’’, la définition de la souveraineté étatique donnée par le Grand Littré est partiellement reproduite dans le fragment qui suit :

…‘’Souveraineté (de l'État). Qualité propre à l'État qui possède le pouvoir suprême impliquant l'exclusivité de la compétence sur le territoire national (souveraineté interne) et sur le plan international, l'indépendance vis-à-vis des puissances étrangères (limitée par les conventions ou par le droit international) ainsi que la plénitude des compétences internationales (souveraineté externe); pouvoir politique suprême dont jouit l'État.’’…/…

Wouahhahahahahahahaha ! (larmes)…

A la ‘’lumière’’ de notre réalité, ce texte acquiert soudain des intonations du plus haut burlesque, chose qui ne figurait certes pas parmi les intentions du très sérieux référent.

* * * *

L’éminent érudit et chroniqueur Arabe Abu Uthman Amr ibn Bahr al-Kinani al-Fuqaimi al-Basri, dit Al-Jahiz rapporte ce brin de conversation entre Haroun el Rachid, le calife Abbasside le plus connu et le plus flamboyant de tous les temps, et un farouche bédouin du désert.

Le bédouin : Haroun, si jamais tu te retrouves seul, perdu dans le désert sans eau ni vivres ; au troisième jour, sentant ta fin proche, ne donnerais-tu pas ton règne et ta fortune pour un verre d’eau qui te maintiendrait en vie ?

Haroun : Je le ferais.

Le bédouin : Et si l’ayant bue, cette eau s’est retrouvée retenue dans ton corps de façon a ce que tu ne puisses pas l’évacuer ; elle stagne dans tes reins, croupit dans tes veines, et se transforme en un poison qui te tue ; ne donnerais –tu pas ton règne et ta fortune pour pouvoir t’en débarrasser ?

Haroun : Je le ferais.

Le bédouin : Alors ton règne et ta fortune valent exactement le prix d’une gorgée d’eau et d’une giclée de pisse.

Ibrahim Tyan.



« Lettres du Liban » qui part en vacances et sera de retour aux environs de Septembre souhaite a tous ses amis et visiteurs, ainsi qu’à ce Liban au calvaire interminable, un été tranquille et sans problèmes.

* Visitez, les « carnets du Beyrouthin »

Sunday, June 22, 2008

E la nave va *




* Alla memoria di Federico; più grande fra i grandi.


l’endroit n’avait guère changé d’aspect, si ce n’était l’imperceptible patine laissée par le temps sur les lambris de bois, de marbre, de stuc et de cristal, leur conférant ce lustre particulier aux belles vieilleries bien entretenues qui rappellent les années insouciantes de l’ancien Beyrouth, évaporées depuis longtemps dans les couloirs insondables de l’inextinguible néant.

Attablé en compagnie de mon vieil ami Béchir a la terrasse vitrée de l’élégant bar/club Anglais situé au roof du havre feutré et quintuplement étoilé qui fleurait bon le charme délicieusement trouble d’une bourgeoisie libanaise d’avant les temps du pétrodollar, je contemplais le panorama incomparable de cette Méditerranée vue d’en haut, ( privilège désormais réservé aux Libanais riches et aux ouvriers Syriens sur les chantiers de Solidere-sur-mer), et qui étendait a perte de vue sa vibrante enclume bleue sous le marteau implacable du soleil de Juin.

La présence de l’ami Béchir à Beyrouth est une aubaine et une occasion pour calibrer et peaufiner ce qui s’était transformé avec le temps en une sorte de dialogue-fleuve Homérique sur internet, tenu avec la rigueur de la véridicité et le tranchant d’un intellectualisme aussi éclectique que tridistillé.

Ainsi donc, morts et vivants, de Milan Kundera a Orson Wells et d’Ismail Kadare a Terry Gilliam en passant par Robert Musil, John Ford, Marguerite Duras, Wolfgang Amadeus Mozart, Stanley Kubrick et Omar Khayyâm, une pléiade des fleurons de la civilisation universelle défila a notre table sur les veloutes bleues des cigarettes, le bouquet revigorant de la bière glacée, et les amitiés devant lesquelles le temps impuissant, rentre ses serres et fait patte de velours

* * * *

Puerto Rico you ugly island
Island of tropic diseases
always the hurricanes blowing
Always the population growing
and the money owing
and the babies crying
And the bullets flying…

_ (Extrait du numéro : ‘’America’’ dans la pièce musicale de Broadway : ‘’West Side Story’’ (1957), paroles de Stephen Sondheim).

Si l’on remplace dans le texte ci-haut mentionné, les deux calamités naturelles que sont les cyclones et les maladies tropicales par deux de nos malheurs locaux et acquis qui sont les différends religieux et la corruption rampante, on obtiendrait une description assez fidele de ce nouvel enfer bananier Méditerranéen appelé Loubnan.

* * * *

De retour une fois de plus a ‘’Lawrence of Arabia’’ l’épopée cinématographique de David Lean, il est une scène où ‘’Auda Abu Tayi’’, bandit de grands chemins de son état et ex-mercenaire a la solde des Turcs, (jusqu’au jour où il découvrit que le Golden Sovereign Britannique valait bien plus sur le marché que la livre-or ‘’Osmalli’’), vint donc retrouver Lawrence vers la fin de leur campagne victorieuse contre l’occupant Ottoman.

_ Orenz, grogna-t-il, bientôt les combats cesseront et tout le monde rentrera chez soi.

_ Tu dois être bien content Auda de voir ton pays enfin Libéré...

_ Je m’en fous de cela Orenz ; la seule chose qui m’inquiète c’est de ne point pouvoir rentrer chez moi avec un butin ‘’honorable’’… Mon prestige auprès des miens en souffrirait.

…Et notre caduc ‘’Don’’ usagé, blasé et sevré d’’’honneurs’’ et de biens terrestres, qui ne veut plus rien pour lui ; (mais alors rien du tout) ; sauf un beau gros ministère bien juteux ‘’qui serait convenable’’ pour son rejeton.

* * * *

لماذا يستخرينا زعماؤنا ؟
_ لاْننا شعب خريوات


* * * *

" Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s'affadir, avec quoi le salera-t-on ? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens. " (Mt 5, 13-16).

Dans un pays moribond et irréversiblement désarticulé, qui persévère dans une sorte de délectation morbide à s’autodétruire a force de stratégies socio-politico-économiques aberrantes, les raisons véritables de ce comportement suicidaire sont loin d’être facilement explicables et vont bien au-delà de l’incapacité, de la corruption ou de la pure félonie, pour remettre en cause la nature véritable de l’essence même d’un peuple, avec tout ce que cette perspective comporte de troublant, voire d'effrayant.

D’où l’opposition sauvage des Libanais a toute forme d’« Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto », de laquelle la plupart d’entre eux, du sommet de la pyramide jusqu’aux bas-fonds les plus ténébreux, ne sortiront pas indemnes.

* * * *

En 1860, le philosophe, philologue, historien et écrivain Français Ernest Renan effectua dans le cadre d’une expédition archéologique Française un long séjour au Liban où il résida notamment dans la région d’Amchit (village natal de notre nouveau Mr. Wonderful ).

Chercheur insatiable, Béchir Oubary rapporte sur son site « Heuristiques Libanaises » en date du 5 Janvier 2007, un fragment d’une lettre adressée de Beyrouth par Ernest Renan a son ami Berthelot, et que je reproduis intégralement dans le paragraphe qui suivra.



Extrait d’une lettre d’Ernest Renan a Berthelot.

Beyrouth, le 9 Novembre 1860.

Mon cher ami,

"Si vous voulez voir une nature dont rien ne peut égaler le charme, une mer admirable, un ciel incomparable, des montagnes les plus belles du monde, une race hideuse au milieu de laquelle émergent des types délicieux, une société arrivée au dernier degré de désorganisation où l'on puisse descendre avant d'atteindre l'état sauvage, venez ici..."



* * * *

En attendant (?) ; se déroule aujourd’hui même a la place des Martyrs une cérémonie grandiose pour la totemisation, (Oops, mille fois pardon gentes Dames et gentils Messieurs, je voulais dire: la ‘’Béatification’’) d’un certain père Yacoub ; ce qui constitue une promotion majeure dans l’hiérarchie céleste, et une etape principale sur le chemin d’être ‘’canonné’’ saint a part entière.

En l’occurrence, une massive overdose de ce que l’illustre doctrinaire appelait du haut de sa barbe fleurie : ‘’ L’opium des peuples ‘’.

A eux donc l'extase des paradis artificiels, et a moi de vaquer à ce qui me reste de mieux à faire et qui ait encore quelque signification:



Ibrahim Tyan.

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Wednesday, June 4, 2008

The loneliness of the long distance runner *


* De Tony Richardson ; avec Michael Redgrave et Tom Courtenay, 1962.

* * * *

Comme sur un lit de saphirs criblé de pépites, de longs et profonds frémissements sensuels parcouraient l’azur Méditerranéen sous la caresse ardente d’un Phébus au summum de sa splendeur Messidorale.

Eperdument indifférente a la grotesque mascarade humaine qui se déroulait sur ses rivages, l’immémoriale symphonie d’onde et de lumière déployait sa splendeur triomphale comme pour en faire un pendant a cette non moins séculaire vanité des hommes dont la légende veut que leur premier représentant en cette vallée de larmes soit un exilé qui perdit sa place au paradis par sottise et cupidité.

Engoncé dans mon profond isolement de libre-penseur minoritaire au sein de cette prétentieuse imposture qu’est la ‘’riche pluralité Libanaise’’ faite d’un imbroglio aberrant de patriarcales confessionnelles, sectaires ou feudataires, je ne pouvais m’empêcher de rigoler tout seul sur mon banc de pierre a l’idée de ces braves corniauds (ou sales menteurs) qui ont encore la candeur (ou le culot) de me chanter les louanges d’une ‘’démocratie’’ qui fait que les 128 parlementaires sensés représenter le peuple Libanais soient en vérité réduits au nombre de 4 ou 5 gros bras, trainant chacun dans son sillage un troupeau de ‘’députaillons’’ semblables a des gerbes de tourterelles, cailles ou perdrix pendus a la ceinture d’un braconnier.

Ou de me les casser menu a me hâbler inlassablement que ‘’beaucoup plus qu’une nation, le Liban est une mission’’, chose qui n’a jamais réellement existé que dans les divagations brumeuses du vieux gaga apostolique lors de sa visite historiquement inutile au pays du cèdre, et qui a été reprise depuis par son néo-facho de successeur qui continue également a soutenir que toute utilisation de n’importe quelle méthode de contraception au sein d’un couple est un péché mortel, et qu’il faut accepter avec humilité et remerciement toute progéniture, aussi nombreuse soit-elle, et dont le Bon Dieu veut bien bénir un foyer croyant.

C’aurait été parfait si sa sainteté avait du même coup assumé la charge matérielle de toute naissance advenue par l'effet de cette loi divine en excédent au planning familial originel ; hélas il n’en fut rien, et les fideles restèrent comme a l’habitude devant un dilemme aussi insoluble tant sur le plan métaphysique que matériel.

* * * *

_ ‘’So long as the Arabs fight tribe against tribe, so long will they be a little people, a silly people - greedy, barbarous, and cruel, as you are.’’

(T.E Lawrence s’adressant au Sharif Ali bin El Hareth lors de leur première rencontre).

Les lecteurs cinéphiles qui ont vu ‘’Lawrence of Arabia’’ l’œuvre-mammouth de David Lean qui suit assez fidèlement le livre de T.E. Lawrence, ‘’les sept piliers de la sagesse’’, se rappelleront peut-être de la scène inénarrable vers la fin du film lorsqu’après avoir libéré Damas du joug Ottoman, devançant du même coup les forces Anglaises commandées par le général Allenby, Lawrence assiste impuissant a la bagarre homérique qui éclata entre les tribus Arabes lors du partage du butin et des ‘’postes de prestige’’ dans la capitale conquise. Ainsi, la tribu des ‘’Howeitat’’ voulait être seule responsable du secteur de l’électricité, les ‘’Hareth’’ de la compagnie des eaux, ‘’Banou Wajh’’ de la compagnie du chemin de fer etc.
Tout cela finit très mal bien entendu, et les Arabes, incapables de gérer leur prise, finiront par Abandonner Damas encore plus rapidement qu’il ne leur fallut pour la conquérir, et les Anglais de s'y établir tranquillement sans coup férir.

Un coup d’œil rapide sur la scène locale et régionale actuelle démontre éloquemment que depuis l’époque de la prise de Damas par la légion Arabe du colonel Lawrence pour le compte du roi Faysal d’Arabie et du trône d’Angleterre, les critères politiques et sociaux dans cette partie du monde n’ont pas évolué d’un iota.

* * * *

Pour enterrer la hache de guerre civile, rétablir leur économie moribonde, et moderniser leurs institutions vétustes.
Pour combler le fossé qui sépare les Libanais, remédier a l’injustice sociale et entamer les reformes nécessaires pour un système qui enfin ne serait plus générateur de discorde et de corruption, le Libanais n’ont pas trouvé mieux que de remettre en vigueur la loi électorale de 1960 (modifiée, SVP.).

En d’autres termes, ils ont définitivement scellé et légalisé leur division, tant a l’horizontale qu’à la verticale.

Mais qu’a cela ne tienne car au génie Libanais rien d’impossible ; et si jamais la loi de 1960 s’avère insuffisante, le passé rengorge de trésors inestimables desquels les Libanais pourront toujours puiser l’inspiration pour leur salut.

Du droit de cuissage jusqu'au code d’Hammourabi.

Dans l’attente de ces jours heureux, la France s’emmène chez nous en fin de cette semaine pour nous gratifier de son traditionnel appui ‘’lyrique’’.

Ibrahim Tyan.

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Tuesday, May 27, 2008

La Suisse du Moyen-Orient.


Israel has passed a message to Syria that it would withdraw from the Golan Heights in return for peace, according to a Syrian government minister
_ (BBC News, 23 Avril 2008).

Peace with Syria is once again knocking at our door, and it even seems to be meeting with a less-frosty reception on the Israeli side. The time is ripe for negotiations with Syria, especially since U.S. President George W. Bush's reign is drawing to a close, and among his potential successors, whether Democrat or Republican, there is a willingness to negotiate with Bashar Assad instead of boycotting him.
_ (Ha’aretz, 24 Avril 2008).

Syrian President Bashar Assad said in an interview published Thursday that his country may hold future direct talks with Israel but not until a new U.S. administration that can broker such negotiations takes office.
_ (AP, 24 Avril 2008).

Les fragments ci-haut mentionnés sont extraits de la masse de données diverses stockées dans les archives de mon PC et que seuls mon écœurement et ma honte profonde d’être Libanais m’empêchèrent jusqu’alors de commenter.

En réponse aux deux décisions aussi aberrantes qu’inattendues du gouvernement fantoche de Sanioura et qui relèvent tant du contenu que de la manière, de la provocation la plus flagrante, advint donc das Wir Kommen, et le Blitzkrieg Divin balaya Beyrouth-ouest et la moitié de la montagne entre une soirée et un lendemain.

Tombés tous deux dans le panneau Américain, le idiots du 14 Brumaire se retrouvèrent ainsi livrés sans soutien a la merci de la fureur Karbalaïste, tandis que le Hizb remplissait obtusément le rôle de ballon d’essai pour les observateurs de Washington et de Tel-Aviv, perdant du même coup le restant de crédibilité qu’il conservait encore parmi les rangs des militants Sunnites Libanais et ceux du monde entier.

Voulant pousser l’expérience jusqu’à l’extrême, Washington intima a ses sbires Chrétiens l’ordre d’ouvrir les hostilités avec les Chiites le long de l’ancienne ‘’ligne de démarcation’’ entre les deux Beyrouth. Mais un restant de lucidité et son manque de confiance dans les capacités ‘’militaires’’ de son allié Chrétien, empêcha le Hizb de tomber dans le nouveau panneau.

Ayant tiré les conclusions qui s’imposent, les Américains firent alors donner les Qatariens et tout rentra dans l’ordre comme par magie.

Et puisqu’il existe plus d’une façon pour châtrer un bouc, la solution qui consiste à estropier le Hizb de l’intérieur (campagne militaire Israélienne, guerre civile, etc.) semble avoir été temporairement abandonnée, au profit de la coupure du seul cordon qui lui assure vigueur et subsistance : la Syrie.

Déjà des signes significatifs se multiplient, les avances ‘’généreuses’’ d’Israël envers la Syrie se font concrètes, l’étau politique Occidental se desserre, et l’assassinat du Hajj machin de la résistance en plein milieu de Damas semble définitivement relégué au rang des phénomènes inexpliqués.

Devant le régime Syrien, un choix se dessine :

_ Rentrer dans l’ordre, se voir restituer le Golan et échapper définitivement a la condamnation par le tribunal International (le scenario est prêt : c’est Ghazi Kanaan a lui seul avec l’aide de quelques sous-fifres Libanais qui ont fomenté le coup ; se voyant découvert il s’est suicidé. Fin de l’enquête, rideau).

_ Soit rester dans l’axe Iranien et subir le sort du régime de Slobodan Milosevic.

Avec Hafez Assad, la Syrie ne se serait jamais laissée acculer a pareil pétrin ; mais les choses ayant étés aujourd’hui discrètement retirées d’entre les mains ineptes de Farouk et de Bachar, et confiées au cauteleux Walid et la super capable et discrète Bouthaina, les choses semblent lentement s’arranger pour les Baathistes.

Cependant, le Hizballah demeure une carte formidable que les Syriens ne lâcheront pas sans des garanties en béton armé et un lot de consolation consistant en un paquet d'actions de la société/bordel intitulée : Liban S.A.R.L.

Des questions-monstres se posent, le feu couve sous la cendre, le peuple Libanais est définitivement divisé et la haine Sunno/Chiite rivalise en férocité avec l’animosité entre les Chrétiens. Après tout cela, certains connards viennent toujours me raconter que celui qui était pro-syrien hier est devenu pro-américain aujourd’hui…

A cela, je ne daigne même pas répondre.

Mais je dis Mabrouk au nouveau président et aux Libanais et Libanaises dont une faction se fait déjà épiler et astiquer le cul en vue d’un été ‘’touristique’’ riche en coïtus, cunnilingus, annilingus et sodomie (pratique préférée chez les cheikhs en rut), alors qu'une autre reste a la recherche d’une bonne petite guerre bien meurtrière pour assurer sa continuité dans le sang et le chaos a l’ombre du grand frère Zoroastrien, et surtout pour ne point démentir les prédictions de David Welsh, porte-parole du ''Grand Chaytan''.

Ibrahim Tyan.

* Visitez ‘’les carnets du Beyrouthin’’

Tuesday, May 13, 2008

حيوانات ...حيوانات ...حيوانات


Entre hier et aujourd’hui, je reçus quatre messages e-mail ainsi qu’une intervention sur le Forum, et qui semblent s’être tous donnés le mot pour s’enquérir sur les raisons de mon silence.

Cette sorte de télépathie entre gens qui ne se connaissent pas, jointe a la pierre tombale qui me pèse sur le cœur, ont déterminé les quelques lignes qui suivront, et qui sont destinées a tous ceux qui ont pris la peine de m’écrire, et que je ne peux que remercier par une réponse aussi sincère qu’intégrale:

‘’ L’infâme mascarade qui se déroule actuellement au Liban ; cette absurdité aussi ridicule que mortelle, me paralyse la tête et la main.

Avec d’un côté un ‘’peuple’’ et de l’autre des ‘’chefs’’ et des ‘’dirigeants’’ ; qui rivalisent a qui mieux, en bestialité, corruption, obscurantisme, perversité et analphabétisme, le Maître de ce blog qui s’est toujours considéré comme le plus Musulman d’entre les Chrétiens, le plus Arabe des Libanais et le plus Occidental parmi les Levantins, ne veut rien avoir avec cette souche aussi irrationnelle que criminelle.

Ni par action, ni par parole, ni par pensée. ''


Ibrahim Tyan.