Monday, March 3, 2008

Récap, et ajustement de cap.


Ce fut le clan de Béchara el Khoury, notamment les tristement célèbres ‘’Cheikh Khalil’’ et le ‘’Sultan Salim’’ (respectivement le fils aîné et son oncle), qui inaugurèrent avec une coterie d’opportunistes le cycle de la corruption dans le Liban de la postindépendance, en s’appropriant sans vergogne des institutions lucratives du pays ainsi que de ses ressources nationales, ne lâchant que des rognures à l’intention de leurs sbires personnels et laquais de service.
Même que la ‘’Première Dame’’ s’en mêla ; et sa mainmise sur une part substantielle des revenus du port de Beyrouth inspira en son temps au regretté satiriste Beyrouthin Omar Zéenni, un pamphlet célèbre qui débutait avec ces vers :
ستّ لور
نزلت عالبور
ورجعت معها أور

(De l’or).

Ce couplet rentra d’emblée dans le répertoire populaire, et notre Omar du même coup derrière les barreaux des ‘’Sablons’’ ( حبس الرمل ) où il eût tout le loisir de méditer sur le sort des humoristes et autres libre penseurs dans un régime qui ne tolérait les uns ni les autres.

* * * *

Dans une rare interview télévisée accordée par Ziad Rahbani en début des années 1990 à une Gisèle Khoury hostile et visiblement dépassée, Ziad en pleine verve exprima avec sa férocité coutumière ses vues concernant ses concitoyens Libanais, et dont voici quelques extraits d’après mémoire :

* Sur les causes de la ‘’déprime’’ des Chrétiens :

_ Parce que c’est Rafic el Hariri qui dévalise aujourd’hui les Libanais à la place du Cheikh Amine.

* Sur la meilleure solution pour renforcer l’union nationale :

_ Trouver de toute urgence un Staline Local, capable d’envoyer quelque 10.000 Libanais toutes confessions confondues au peloton d’exécution.

* Sur la société Libanaise en général :

_ Comment faire pour expliquer le sens du terme ‘’Mondialisation’’ à quelqu’un dont le petit déjeuner se compose d’un كشك مع القلقاس ?!?

* * * *

Si devant un baquet d’eau et d’une botte de foin, l’âne de Buridan s’est perdu, son malheureux frère Libanais se trouve aujourd’hui devant un dilemme autrement plus cruel.

Soit d’accepter les affres d’un régime sectaire et corrompu asservi aux intérêts Sionistes, au sein duquel Végètent quelques fantoches réduits à l’état de connétables.
Ou se rendre à l’obscurantisme d’un raz-de-marée absurde et suicidaire rattaché aux cupidités Syriennes et à l’aliénation Iranienne et générateur d’un totalitarisme pétri d’archaïsme et de violence.

Tel est le choix laissé au citoyen par les olifants des deux camps qui ne doivent leur survie qu’aux centaines de milliers de quadrupèdes toujours prêts à investir les places en soutien à leurs vues et justification de leur dialectique.

Mais surtout, que reste-il dans ce pays pour un citoyen qui n’éprouve nul désir d’adhérer à aucun des deux camps, ni à n’importe quel camp du tout ?

Ce grand silencieux porteur d’une pensée éclectique et séculaire qui vénère trop son existence et celle de l’autre pour les dilapider sur les stériles sentiers de l’ignorance et de la futilité ?

Ce lui-même, par lui-même avec lui-même au milieu de l’hétéroclisie démente et généralisée qui l’entoure….

Ibrahim Tyan.

* Visitez « Les carnets du Beyrouthin » .

Tuesday, February 26, 2008

Wir Kommen...بأذن ألله



En 1940, Hitler lança sa Luftwaffe contre l’Angleterre dans le but d’écraser son potentiel militaire et industriel, en préparation pour son invasion dans un second temps.

Malgré la résistance opiniâtre des Britanniques, l’attaque Allemande au prix de pertes importantes avait déjà accompli une bonne partie de la besogne, lorsque Winston Churchill qui cachait derrière le physique poupon d’un Mr. Pickwick débonnaire, un tempérament qui rivalisait en férocité (la morgue impérialiste en surplus), avec celui du Leader du IIIème Reich, dépêcha en mission-suicide une petite escadrille de bombardiers de la RAF qui larguèrent dans un raid purement symbolique quelques bombes sur Berlin.

Quoique militairement insignifiante, l’effet psychologique de cette attaque aussi ‘’humiliante’’ qu’inattendue fut dévastateur sur le Führer qui, pris d’une rage folle, ordonna au grand dam de son état-major, la suspension immédiate de toute opération contre des objectifs militaires et stratégiques Anglais, les attaques devant dorénavant se concentrer sur les grandes villes et agglomérations civiles, à commencer par Londres que la Luftwaffe eut pour consigne de rayer de la carte du monde.

Dans un discours où la frénésie hystérique atteignit des sommets apocalyptiques, le Reichführer promit à l’Angleterre un châtiment comme la terre n’en a jamais connu : Wir Kommen (Nous arrivons) rugit-il ; WIR KOMMEN…

L’Allemagne continue de subir jusqu'aujourd’hui les conséquences d’avoir confié ses rennes au psychopathe illuminé.

Le regard morne et le cœur las, je suivais sur mon écran TV en cette douce soirée de Février 2008, le secrétaire général du parti de Dieu, Samahat as-Sayed Hassan Nasrallah, disposer allégrement (dans l’attente de la venue de l’Imam Al Mahdi) de mon sort personnel, ainsi que de celui de l’entière nation par la force du droit Divin et des préceptes de Wilayat al Fakih.

_ Israël disparaitra, clama-t-il, - je vous le promets, (ici je dressais l’oreille) – Il ne peut pas en être autrement (de plus en plus interloqué) – Car c’est là une loi Divine. ( !!!!!????!!!!!).

Paf ! C’est en pleine gueule que je reçus le souffle fétide venu du VIIème siècle charriant avec lui des relents d’un autre âge faits d’obscurantisme, de gale et de pisse de dromadaire refroidie.

Brandissant devant les adorant en délire un petit bout de papier (en avait-il vraiment besoin pour se remémorer ce qui suivra ?) _ Je le jure par Dieu, tonna l’oracle – le sang du Hajj Imad sera vengé.

Re-Paf, et Alea Jacta Est.

En 2006, la moitié du Liban fut détruite pour la libération de Samir el Kantar (qui ne le fut pas) ; en 2008, la moitié restante pourrait bien partir en fumée en expiation au sang versé du General Giap des croyants.

La guerre totale est désormais déclarée. Pour les fermes de Chebaa’, les collines de Kfarchouba, la libération du Kantar et le sang répandu du Guevara des fidèles.

Pour la restitution de la Palestine usurpée, la reconquête du Jérusalem profané, et le pavement du sentier pour la venue du ‘’libérateur’’ attendu, WIR KOMMEN et DIEU LE VEUT.

Traître est celui qui OSE insinuer que les fermes de Chebaa’ ont étés arrachées au Liban par la Syrie depuis des décennies, et que ses habitants portent depuis la fin des années 1950 l’identité Syrienne.

Perfide est celui qui SE DEMANDE pourquoi ''le bastion de la résistance Arabe'' qu’est la Syrie maintient religieusement un calme serein sur le Golan, mais incite ses sbires à rugir du Liban.

Passible de la peine de mort est l’infâme scélérat QUI SOUPÇONNE que l’assassinat du Zhukov de la résistance n’est qu’une sordide trame pour relancer le Hizballah en perte de vitesse.

Car après une ‘’victoire divine’’ désastreuse, des manifestations monstres suivies d’un soulèvement civil raté, et le sit–in le plus long de l’histoire contemporaine, le public du Sayed se retrouve avec un bilan pitoyable fait de quelques misérables tentes dressées on ne sait plus trop pourquoi sur un parking désaffecté du centre ville, et une liste interminable de promesses non tenues.

Quoi de plus opportun en pareil cas sinon une nouvelle bonne petite guerre bien sanglante et bien meurtrière, truffée de nouveaux héros et martyrs ‘’divins’’, qui viendrait bien à propos ‘’bouleverser toutes les données dans la région ‘’ (Sayed Hassan dixit).

Qu’importe l’opinion de quelques lâches qui ne veulent pas faire des frontières de leur pays un poste avancé des frontières Iraniennes.

Ou de certains renégats qui refusent de reconnaître les ‘’bienfaits’’ innombrables dont la Syrie à comblé le Liban depuis son indépendance.

Heureusement que la reconnaissance n’est point morte au Liban. Preuve en est le remerciement magnifique énoncé le 8 Mars 2005 par le seigneur de la résistance devant les multitudes d’adorants : ‘’Choukran Souria’’.

Mais gare au tribunal international ya Samahet el Sayed ; La Syrie ne donnerait pas cher de ta peau en échange de sa délivrance de l’hameçon mondial du bout duquel elle frétille aujourd’hui sans l’ombre d’un espoir.

Ibrahim Tyan.

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Wednesday, February 20, 2008

Destination : Catastrophe.



Pétrie de splendeur et de misère, la condition humaine est un tracé tourmenté qui zigzague constamment entre l’ascension et la déchéance avec au bout du graphique, la logique du déclin suivi du néant comme fatalité inexorable.

Loin d’être source d’abattement ou de désespoir, cette réalité irréfragable constitue pour l’individu éclairé une raison fondamentale pour savourer pleinement chaque instant furtif de cette merveilleuse et fugitive aubaine qu’est la vie.

نصرك هزّ الدني
شعبك ما بينحني


Accompagnées de parasites stridents sortis de mauvais haut-parleurs, les premières mesures de l’hymne triomphaliste distillée à pleins décibels explosèrent soudainement derrière moi, m’arrachant brutalement à ma bulle translucide faite de réflexions philosophiques désabusées qui voguait nonchalamment sur la surface tranquille d’une Méditerranée particulièrement resplendissante en cette glorieuse matinée ensoleillée de Janvier.

De jeunes militants aussi barbus que résolus déchargeaient d’un fourgon parqué le long du large trottoir, de rudimentaires enceintes acoustiques et des caisses blanches de collecte arborant en lettres rouges la phrase : ‘’contribuez à l’effort de la résistance’’, ainsi que des oriflammes dont le jaune canari souriant contrastait avec le tristement célèbre AK47 qui y était représenté coiffant la première lettre A du nom d’ALLAH inclus dans le logo officiel du HIZB.



Aïn-el-Mraïsseh, région traditionnellement Sunnite de Beyrouth à toujours été l’une des demeures de prédilection pour tout étranger résidant au Liban, ainsi que le domicile accueillant pour un composite merveilleux d’autochtones appartenant à toutes les sectes et religions du pays.

Pourtant aujourd’hui sur le trottoir, entre les sempiternels joueurs de trictrac d’Aïn-el-Mraïsseh, fanfarons et débonnaires et les jeunes loups émaciés venus de la banlieue Sud pour y établir leur bivouac, une tension indéfinissable faite de coups d’yeux furtifs et de regards qui s’évitent soigneusement rappelle le comportement de deux meutes de prédateurs s’observant silencieusement autour d’un territoire disputé au milieu d’une jungle.

Une attente haletante faite de sourde animosité et d’hostilité à peine camouflée semblable à celle qui règne sur tout le pays, pèse sur le fragment de paradis grand comme un mouchoir de poche face à la tranquillité infinie du bleu immémorial.

Coiffant d’une sourdine son projet de faire du Liban une république Islamique, le Hizballah fit patte de velours en 1992 et entama une grande opération de charme se faisant prier ( le grand désintéressé) pour accepter quelques représentants à la chambre des députés mais point de ministres, laissant aux Sunnites les rennes politiques mais surtout économiques du pays contre son obtention de l’exclusivité de l’effort pour la libération du Sud.



S’en suivit une période dorée où le Hizb développa considérablement son potentiel militaire et affirma son emprise sociale et culturelle sur les zones Chiites du Sud et du Centre du pays, créant ainsi un état dans l’état avec la bénédiction de l’occupant Syrien et l’œil indulgent d’un Rafic Hariri trop occupé à razzier le centre-ville pour en faire son Monte-Carlo privé. .

Quoique acclamé ouvertement comme une ‘’Victoire Divine’’, le retrait soudain des Israéliens en 2000 laissa le commandement du Hizb et les dirigeants Syriens en plein caca ; l’ennemi retiré et la terre reconquise, la branche armée du Hizb perds sa raison d’exister, et l’occupant Syrien son prétexte majeur pour maintenir ses troupes au Liban.

Rafic qui entretemps à achevé la mainmise sur le centre commercial, touristique et bordélique du pays commence à ruer discrètement (c’est un discret) dans les brancards et, to make a long story short, il est liquidé le 14 février 2005.

Loin de moi que d’accuser qui que ce soit de quoique ce soit et honni soit qui mal y pense ; mais je ne peux m’empêcher de penser à un certain Sylvester Stallone dont le parcours sinistre tracé à l’hémoglobine serpente du Vietnam jusqu’en Birmanie en passant par l’Afghanistan…

Il demeure que les deux coups les plus durs que le Hizb eut à (mal) encaisser durant sa courte mais riche histoire ne furent ni les Raisins de la Colère de Shimon Peres ni la folle guerre de 2006 d’Olmert, mais le retrait inconditionnel des troupes d’occupation Israéliennes du Liban en 2000, et celui identique des Syriens en 2005.

Curieux paradoxe quand même pour un parti dont le but déclaré à toujours été la LIBÉRATION des territoires occupés et la sauvegarde de l’indépendance et de la souveraineté du Liban !

Aujourd’hui, la survie du Hizb se trouve plus dépendante que jamais de son arsenal militaire, de l’aide Syro-Iranienne, ET DE LA NECESSITÉ PRESSANTE D’UN NOUVEAU CONFLIT LE PLUS GRAVE ET LE PLUS SANGLANT POSSIBLE afin de pallier à l’état d’isolationnisme accentué dans lequel il s’est mis au sein de son propre pays, et la masse Chiite qu’il à réussi à endoctriner ou grappiller.

L’étonnant c’est qu’il demeure des âmes candides qui persistent à croire que le chiffre d’aide astronomique (mais qui restera toujours insuffisant) accordé le long des années par le régime Iranien au Hizballah Libanais est un don BENEVOLE dénué de tout intérêt.

Avec l’assassinat récent du lugubre Hajj machin à Damas ( Hajj pour Hajj, où es-tu aujourd’hui mon cher Abou-Ragheb ?), un coin du voile est levé sur la sinistre nébuleuse aux multiples ramifications occultes qu’est en réalité le Hizballah.

Comme au temps de l’ancienne Sparte dont la faillite de la doctrine obtuse et militariste mena rapidement à la désagrégation puis au mercenariat, les Chiites Libanais se trouvent aujourd’hui de plus en plus réduits à servir des causes qui leur sont étrangères pour assurer la survie de leur Hizb.

Sont-ils conscients qu’en suivant cette voie, c’est leur propre ruine et possiblement celle du pays qu’en réalité ils préparent ?

Ibrahim Tyan.

* Visitez, « Les carnets du Beyrouthin ».

Saturday, February 9, 2008

Coïtus Interruptus.



Ce fut le sous-secrétaire d’état Américaine Paula. J. Dobriansky qui employa pour la première fois dans une conférence de presse télévisée le terme de ‘’révolution du Cèdre’’, pour qualifier le ‘’soulèvement de l’indépendance’’ de Mars 2005 au Liban, afin d’en établir le parallélisme avec la ‘’Révolution Rose’’ de la Géorgie et celle ‘’Orange’’ de l’Ukraine, ou encore avec la révolution pourpre ‘’the purple révolution’’, terme cher à GW. Bush pour qualifier le désastre Irakien

En ce temps-là, un courant irrésistible et grisant, souffla sur le pays où pour un temps hélas trop bref, l’inconcevable parut soudain possible, même pour l’auteur de ces lignes qui balança aux chiottes toute raison et lucidité pour se laisser emporter par l’allégresse générale ; lui qui s'était pourtant torché éperdument du Père Noël et de toutes les sornettes gnangnan, à un âge où le reste des mioches suspendaient encore crédulement leurs bas de laine à la nuit du 24 Décembre sur les rebords des cheminées.

Beaucoup d’encre à coulé depuis pour analyser, disséquer, expliquer, justifier ou critiquer les causes pour lesquelles ce superbe soulèvement populaire, (sans pareil si l’on prends en considération le nombre des participants par rapport au chiffre global de la population), à abouti à un tel fiasco, et pourquoi sommes nous toujours sujets à la même loi électorale jadis établie par l’occupant Syrien à laquelle sont venus s’ajouter un gouvernement diminué et impuissant, un conseil constitutionnel décédé sans succession, une chambre de députés déserte et murée et un palais présidentiel que peuplent désormais les araignées dans leurs toiles et les ombres du souvenir.

نقسم بألله العظيم
مسلمين و مسيحيين
أن نبقى موحّدين


Seul ce serment dont l’auteur en paya la vie pour l’avoir fait jurer le 14 Mars 2005 par un million de gorges enthousiastes m’arrête aujourd’hui par son innocente ingénuité qui résume pourtant l’essentiel du casse-tête Libanais.

Seulement de nouveaux facteurs vinrent accroître encore l’inextricabilité du nœud Gordien ; au différend plus envenimé que jamais entre Musulmans et Chrétiens s’ajouta celui infiniment plus dangereux qui scinde actuellement la communauté Musulmane en deux sectes ennemies, tandis qu’un autre plus pernicieux mais tout aussi mortel divise désormais les Chrétiens.

En conséquence, cette ‘’révolution du Cèdre’’ dont l’ampleur et la puissance initiale auraient dû normalement aboutir à un renversement total de la situation et le changement radical du système en entier, affiche aujourd’hui dans une rapide récapitulation générale le tableau suivant : Stagnation, pourrissement et bilan Négatif sur toute la ligne.

Entretemps la bataille verbale bat son plein ; les victoires et les défaites se succèdent et s’amplifient à l’infini sous forme de joutes et diatribes féroces, absurdes et destructrices dans le cadre d’une guerre civile désormais rallumée sur tous les canaux médiatiques du pays et d’ailleurs.

Entre Décembre 2006 et Janvier 2007, un contre-soulèvement monstre conduit notamment par le Hizbollah Chiite mais englobant également des parties non négligeables des forces Chrétiennes, Druzes et Sunnites qui faisaient encore partie de la défunte ‘’Révolution du Cèdre’’ en 2005, envahit le centre –ville.

Un million de Libanais au bas mot clamèrent leur hostilité au gouvernement de Fouad Sanioura qui les observa impassiblement du haut de son sérail sans ciller.

Depuis, le centre ville est paralysé par ce qui pourrait bien être le sit-in le plus long de l’histoire récente ; le pays est en déroute, l’économie est au plus mal, mais chacun reste imperturbablement campé sur ses positions.

Récapitulation générale pour le soulèvement de l’opposition qui aurait dû logiquement emporter dans son sillage, gouvernement et régime entier avec : Echec sur toute la ligne, déception, amertume, pourrissement et stagnation.

Entretemps, la guerre des mots avait atteint des sommets inégalés, la litanie démente verse dans l’obscénité la plus inimaginable, la rosserie et la haine les plus abjectes, voire l’appel à la mort, clair, direct et non camouflé.

Les effets dévastateurs de cette psychose médiatisée ne tardèrent pas à se faire sentir au niveau du peuple composé en majorité de gens simples, crédules et vulnérables.

Et lorsque la peste médiatique contamina la rue, les gens commencèrent à mourir toujours plus nombreux après chaque rixe, immolés POUR RIEN sur l’autel de la stupidité et de l’absurde.


Mais avant de s’engager plus loin sur le sentier de l’auto-flagellation, force m’est de constater que presque partout ailleurs, les choses ne se présentent guère sous un jour meilleur.

La plus formidable superpuissance économique, technologique et militaire de tous les temps, qui gère désormais notre monde unipolaire, possède la capacité de réprimer voire d’écraser partout sur la planète, le moindre obstacle passible de s’opposer à ses projets de domination mondiale.

Les Palestiniens (pour en prendre un exemple de la région) qui ont choisi le Hamas dans des élections libres et démocratiques pour les représenter, se sont vus dépouillés de ce privilège et forcés d’accepter en la personne de Mahmoud Abbas, le seul mandataire reconnu par la superpuissance dominatrice ; sinon, c’est l’enfer de Gaza et les chars de Tsahal qui attendent les gueules épaisses qui n’ont pas encore compris…

L’exemple d’Israël pour qui la défense nationale est affaire sacro-sainte est encore plus frappant. Après le bilan mitigé de la guerre de Kippour en 1973, des figures emblématiques telles Golda Meïr et Moshe Dayan furent impitoyablement limogés ; Menahem Begin et Ariel Sharon subirent le même sort lorsqu’ils échouèrent à convertir en victoire politique leur succès militaire au Liban en 1982.

Aujourd’hui, le médiocre et impopulaire Ehud Olmert qui porte la responsabilité du désastre militaire le plus humiliant de l’histoire de l’état Hébreu est maintenu de force au pouvoir envers et contre tous, par la seule volonté de la Rome nouvelle.

Pourquoi chercher midi à quatorze heures, se cacher derrière son doigt ou faire semblant de regarder ailleurs ?
D’ici jusqu’à l’extinction (inéluctable) du cycle Américain, le temps du libre arbitre des peuples est révolu sur cette planète.
Et ce ne sont ni les missiles de pacotille des Ayatollah, ni les feux d’artifice suicidaires de l’Iraq, ni l’Europe couarde et égoïste, ni la Chine dépendante du pétrole du Moyen-Orient, ni la Russie affligée d’une anémie chronique et incurable qui y seront pour quelque chose.

Telle l’ancienne Rome, le mal de l’Amérique naîtra de l’intérieur.

Entretemps, les peuples continuent de s’agiter, certains dirigeants mondiaux de protester, le père Jacques de s’opposer puis s’apercevant de sa témérité, de rentrer dans les rangs la tète basse et la queue entre les jambes, le conseil de sécurité itou, kamarad Vladimir de faire le gros dos, Winograd-la-montagne d’enfanter d’une souris, et Sayyed Hassan de brailler : ألموت لاْمريكا …

Vanité de vanité et poursuite de vent. Rien n’aboutit plus ici-bas sans le sceau de la toute-puissante.

Les révolutions, les soulèvements et les mouvements protestataires ont beau écumer la terre, leur action sera toujours similaire à celle d’un coïtus interruptus duquel aucun fruit ne résultera.

Mais si elle interdit la progéniture, cette pratique ne protège pas pour autant des maladies vénériennes ; l’oracle enturbanné, le général illuminé et l’anti-sage petit Salomon en sont quelques échantillons locaux.

Par contre, tel Abraham à qui le très haut promit la paternité des nations, la superpuissance dominatrice qui seule aujourd’hui jouit du droit de pratiquer à sa guise l’acte complet, est bénie d’une progéniture abondante et variée : les Sarko, les Merkel, les Moucharraf, les Karazai, les Maliki, les Abbas, les Moubarak, les Abdallah & Abdallah, et j’en oublie…

Mais c’est au Liban (qui décidément doit toujours se distinguer) que les Américains ont engendré outre quelques bâtards disséminés, toute une cour royale en bonne et due forme où nous y retrouvons notamment :

_ La reine-mère et ses marmots en exil doré.
_ Le prince héritier, dyslexique et taré.
_ L’infante inconsolable, toute de blanc voilée.
_ Le bouffon versatile, aux prolifiques lacrymales.
_ Le Gilles de Rais sanglant, et Baron féodal.
_ Le spadassin/carabin, frais sorti du donjon.
_ Et l’éminence ‘’grise’’, Caïphe de son surnom.

Pour les Libanais, la dynastie royale est désormais assurée.
Que pouvaient-ils espérer de mieux ?

Ibrahim Tyan.

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Saturday, January 26, 2008

La fin d'un monde.



Un des spectacles qui me comblait d’émerveillement lorsque j’étais enfant, était celui des camions-arrosoirs jaunes de la municipalité de Beyrouth qui déferlaient le soir et au petit matin de chaque journée d’été, aspergeant de leurs jets puissants la chaussée, balayant dans un nuage blanc de vapeur et d’embrun la poussière des rues, laissant derrière eux la voie fraîche et luisante comme après une première pluie.

Je me souviens encore de ma joie lorsque du bout de la rue, je voyais apparaître le grand véhicule jaune, flanqué de ses larges jets d’eau latéraux semblables aux ailes translucides d’une géante libellule, et de l’odeur enivrante de la pierre et du macadam mouillés qui flottait dans les lieux après son passage.

Une autre source d’enchantement était la petite camionnette-fumigène verte qui passait plusieurs fois par semaine toujours durant les après-midis, répandant un épais nuage de fumée insecticide anti-moustiques qui enveloppait le quartier pendant des instants trop brefs pour l’enfant précoce et imaginatif que j’étais, d’un manteau féerique de brouillard et de mystère.

Souvent un fourgon blanc à cage grillagée de laquelle fusait des jappements violents et des hurlements à la mort, passait dans le quartier ; c’était celui de la fourrière chargé de recueillir les chiens errants sans maître.
Pour moi, c’était jour de fête lorsque le van parquait sous notre balcon, et l’homme en descendait vêtu de son uniforme gris et muni de sa longue canne noire terminée par un lasso.

Aujourd’hui, je ne vois pratiquement plus de chiens errants dans les rues malgré la disparition des véhicules de la fourrière depuis belle lurette.

C’est qu’ils ont étés remplacés au pied levé par des tout jeunes munis d’AK-47 et M-16 à lunette télescopique, qui entre deux sniffées de chnouf, s’exercent à tirer de leur balcon sur tout ce qui bouge ; chiens, chats, rats et même quelques malheureux pigeons dont le destin funeste les emmène picorer dans le sillage de leur ligne de mire.

Faut bien tuer le temps en attendant que le temps de tuer ne vienne ; entretemps on rend service à la communauté.

Vers la fin de l’hiver, les arbres de mon quartier ainsi que ceux de tout Beyrouth (qui était une ville verte avant l’invasion urbaine de la civilisation Wahhabite) étaient consciencieusement taillés et leurs troncs recouverts d’une solution à base de chaux contre les insectes, chenilles, et autres bestioles nuisibles.
Le joli spectacle de ces arbres verts fraîchement élagués, au tronc à moitié peint en blanc qui égayait la ville de leur présence silencieuse mais bienfaisante était la première annonce de la venue du printemps.
Et puisque arbre implique naturellement oiseau, croyez moi que ça gazouillait ferme à la belle saison dans le Beyrouth d’antan.

Un autre objet de curiosité qui intriguait grandement ma nature déjà singulièrement fureteuse et inquisitive était ces nombreuses caisses massives en métal gris frappés du sceau de la république et de l’emblème du cèdre, que je voyais fixées aux murs, parsemant la route qui menait de notre ancienne maison du quartier des Jésuites jusqu’à la cathédrale de Saint-joseph de l’USJ, où mon père entreprit de m’y traîner chaque dimanche sitôt que je fus en mesure de me tenir à la verticale.

Plus tard je compris que c’étaient tout simplement les boites aux lettres des PTT ( ancien ministère de la poste, téléphone et télégraphe) dans lesquelles l’on pouvait glisser en toute confiance son enveloppe timbrée à destination de n’importe quel point du globe et recevoir la réponse à domicile, rapportée par le facteur en uniforme sur sa sempiternelle bicyclette.

Les boites aux lettres ont disparu depuis, les facteurs et les bicyclettes aussi ; mais le Cheikh Amine mon illustre voisin d’antan, qui attendait le bus de l’école sur le trottoir d’en face sous la surveillance d’une vieille bonne, est resté.

Car le meilleur s’en va ; mais reste le pire.
Plutôt que d’en pleurer, mieux vaut en rire.

Une image restée à jamais gravée dans ma mémoire d’enfant de moins de cinq ans est celle de la messe solennelle du jour de Noël célébrée en grande pompe à la basilique de Saint-Joseph en présence du président de la république le Cheikh Béchara el Khoury, court et râblé avec son faciès de bouledogue en redingote noire et chapeau haut de forme. Au dehors, le tapis rouge était déroulé et la fanfare alignée au grand complet annonçait l’arrivée de chaque personnalité éminente ou délégation étrangère.

Debout à l’intérieur de l’église à côté de mon père, c’était justement le spectacle de ces délégations étrangères avec leurs officiers fringants en tenue de parade qui me fascinait. Tout là n’était que gants blancs et sabres scintillants, poitrines médaillées, gallons et boutons dorés, panaches et épaulettes rutilants ; et ce monde féerique baignait dans la lumière irréelle distillée à travers les immenses vitraux multicolores et du parfum capiteux de l’encens mêlé à celui des belles femmes.

Une fresque splendide digne du meilleur Visconti.

C’était au temps où le Liban nouvellement indépendant vivait encore à l’heure du mandat Français et selon ses lois, règlements, et principes civiques et urbains

Mais la nature eut vite fait de reprendre ses droits et les bonnes habitudes s’effritèrent les unes après les autres, certes sous l’influence de l’environnement régional, mais aussi et surtout dû à la médiocrité générale des Libanais et de leur manque total de vision et d'éthiques les plus élémentaires.

Devant l’hégémonie Israélo-Américaine, l’influence Syro-Iranienne et la néo-culture Wahhabite qui se disputent aujourd’hui les derniers lambeaux d’un Liban moribond, une pensée que rien ni personne au monde n’aurait jadis pu m’en convaincre s’installe désormais dans ma tête au point de me la faire étaler noir sur blanc aux yeux de tous, sans le moindre embarras ni l’ombre d’une gêne :

Je regrette infiniment le temps béni du mandat Français.

Ibrahim Tyan.

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Sunday, January 20, 2008

Les Faucilles noires d'Aïn-el-Mraïsseh.





Cada uno lleva su cruz.
_ Buenos Dias Sixt’ ;)


Le soleil de Janvier brille à pleins feux au zénith d’un firmament presque douloureux à force de bleu et de clarté. .

Un soleil à faire perpétrer son acte absurde à ‘’l’étranger’’ Meursault ; et le jeune Mauresque de mordre une fois de plus le sable doré de la plage illuminée…

Mais sur la ville, une bise Sibérienne fouette les places et les gens d’un frimas sec et cruel.

A la TV, de vénérables Nestor se souviennent que Beyrouth n’avait plus enduré pareille froidure depuis 1920.

Et comme par hasard, le prix de la tonne de fuel-oil à frisé depuis le début de cet hiver la barre des $ : 800, à laquelle est venue s’ajouter la pénurie chronique en électricité. Et les chaudières et les brûleurs de la plupart des demeures Libanaises demeurèrent éteints, couverts d’un linceul glacial fait de misère et d’oubli que rien ne vient troubler sinon parfois la méchante toux d’un enfant malade.

Profitant d’une petite éclaircie au milieu d’un emploi de temps particulièrement chargé, je me décidais donc de déserter mes lieux de travail en cette radieuse et glaciale matinée de Janvier pour effectuer mon pèlerinage longtemps délaissé vers la Méditerranée d’Aïn-el-Mraïsseh, avec la pleine conscience que les risques de voir mon parcours coïncider avec le passage d’un personnage sur lequel la mort avait déjà en ce jour-là jeté son dévolu, étaient sérieuses, réelles et bien présentes.

Quitter le havre relatif de son environnement immédiat pour s’aventurer dans les rues de sa ville est devenu pour le Beyrouthin une sorte de jeu de roulette Russe, un défi quotidien au destin et une tombola de la mort.

On à beau faire le bravache et afficher un stoïcisme à toute épreuve, la pensée de l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête continue à faire ses ravages silencieux dans les ténèbres de l’inconscient.

Aussi, l’idée d’être détenteur d’un passeport jadis prestigieux et respecté, et qui équivaut aujourd’hui dans la bourse des postes de vérification aux aéroports mondiaux, à la valeur d’un papier hygiénique…utilisé.

Etre devenu une sorte de paria international, pour une raison semblable à celle qui fit de tout homme qui voit le jour, un coupable marqué au front du sceau du ‘’péché originel’’…

ولك يا ابراهيم ليش بتضلّك حامل السلّم بالعرض؟

C’est ainsi que certains de mes bons amis, sincèrement inquiets de me voir me faire autant de mauvais sang pour rien, m’adressent.

Sans mettre aucunement en cause leur sincérité ou leur attachement à leur terre natale, je réponds invariablement par la réplique magistrale adressée par Richard Widmark, en différend majeur avec Laurence Harvey dans une scène du super navet Hollywoodien de John Wayne, ‘’The Alamo’’ :

_ ‘’Let it go Will… You are what you are, and I am what I am - And we both can’t help it.’’

Un hommage de plus au grand Luis Buñuel qui affirmait que dans chaque navet, il y a toujours quelques instants de merveilleux.

* * * *

Depuis la vaste arnaque qui le vit passer du statut de place publique et historique à celui de propriété privée d’une seule famille Libanaise (et quelques milliardaires Bédouins), la traversée du centre-ville de Beyrouth est devenue pour mes nerfs une épreuve à la limite du supportable.

Mais ayant aujourd’hui décidé de ne point laisser le souvenir du Grand Martyr qui repose désormais dans les entrailles de sa terre usurpée me troubler la sérénité, je m’efforçais de penser à quelque chose de plus rigolo ; en l’occurrence à « l’initiative Arabe » accourue à notre secours après ‘’l’échec’’ de ses précédentes Française et Américaine. .

Hahahahahahahahahahaah !

C’est plus fort que moi ; mais comment oublier leur mutisme gêné au conseil de sécurité lorsque le Liban croulait sous le feu Israélien en 2006 ;
ou la lâcheté et l’hypocrisie de leurs émissaires venus nous ‘’soutenir’’ pour quelques heures le 7 Août de la même année, et leur seul souci de déguerpir au triple galop avant l’écoulement de l’ultimatum que l’état Hébreu leur avait fixé à 6 PM tapantes du même jour.

Qu’attendre de l’Egypte qui continue à ignorer ce qui se passe sur ses frontières immédiates ; des carnages de Gaza et du désastre du Darfour ?
Ou des Wahhabites et autres Emirats en carton-pâte qui servirent de base de départ à l'armada Américano-Sioniste pour l’annihilation de l’Iraq, et qui demeurèrent par la suite aveugles, sourds et muets devant le spectacle d’un million d’Iraquiens froidement massacrés ?
Alors يا اسياد, on ambitionne maintenant de résoudre la crise du Liban ?

Rien que ça ?

حيّاك الله يا خوي و مشكور يا شهم
بسّ قبل ما تساعدني ت خلّص من خازوقي
بلّش بالاْول شيل اللي فايت بطيزك


* * * *

Aïn-el-Mraïsseh est en plein remue-ménage ces jours-ci, les bancs de pierre ont étés (temporairement j’espère) enlevés pour faciliter les travaux de renouvellement du carrelage dont la large chaussée en avait grand besoin.

Moins heureuse était la nouvelle balustrade massive en aluminium brillant dans le plus pur style des chaînes de fast-food Américains, qui borde maintenant la côte, lui conférant des airs de Disneyland-sur-Méditerranée.

Mais c’est le spectacle extraordinaire des nouveaux réverbères adhérant directement à cette balustrade face à la mer et qui partent d’Aïn-el-Mraïsseh jusqu’à Ramlet-el-Baïda qui me laissa pantois.

Une forêt métallique faite de poteaux noirs et massifs terminés par de longues lames recourbées semblables à la faux d'Azraël l'ange de la mort, se déroule à perte de vue devant mes yeux incrédules.

Tels notre aéroport international (jadis un des plus élégants au monde) que des ânes analphabètes transformèrent en un sinistre et coûteux mausolée en granite froid et asphyxiant, les lames noires des faucilles de la néo-culture Wahhabite du New Hariristan écorchent désormais la face radieuse et ancestrale de la Méditerranée d’Aïn-el-Mraïsseh.

Trois images accompagnent ce texte.

Dans l’image (1), il n’est pas nécessaire au lecteur d’être un paysagiste qualifié pour mesurer l’ampleur du désastre.

Dans l’image (2), la célèbre ‘’Promenade des Anglais’’ à Nice sur la côte d’azur est une preuve éloquente que simplicité fait beauté.
Remarquez l'emplacement judicieux loin de la côte des réverbères, et la balustrade réduite à son expression la plus simple dans le but d'entraver le moins possible la vue dégagée sur la mer.

Dans l’image (3) on voit la sinistre faux se profiler en premier plan devant la bâtisse kitch du restaurant élevé sur les ruines de l’ancien café d’Aïn-el-Mraïsseh, où nous dégustâmes durant cet été, mon vieil ami BeO et moi, des Rougets frits ma foi assez surprenants, lors de son dernier passage au Liban.

Durant cette joyeuse entrevue, BeO me surprit agréablement en me faisant cadeau du CD de la superbe version d’Herbert Von Karajan du Requiem (Diabolique) de Mozart, qu’il avait eu la délicatesse (rareté chez BeO) de me rapporter de Paris.

A mon tour je lui remis une copie du manuscrit encore non publié de ‘’l’Ange déchu de la rue de Phénicie’’ pour qu’il le lise à ses moments perdus.

Le soir même, BeO me contacta :

_ Pas mal ton truc, me dit-il – cependant le point le plus important dans ton récit demeure non éclairci…

Je sentais venir la giclée d’humour féroce dont j’étais si familier ; et elle vint.

_ Finalement l’as-tu bel et bien baisé(e), OUI ou NON ?

Ibrahim Tyan.

* * * *

BeO, qui but jusqu’à la lie à la splendeur disparue de la Métropole du Levant et s’est ensoleillé le cœur et le corps à l’or bleu de la Mère Ancestrale, vient de résumer aujourd’hui toute l’affaire en ces quelques lignes magistrales:


Il est l'un des rares dont l'amitié s'est bonifiée avec l'âge
Beyrouth était notre paradis et notre seul point d'ancrage
Royaume de nos frasques et de nos équipées sauvages
Au souvenir desquelles se poursuit encore notre mirage
Hédoniste que rien n'arrêtera, ni le temps, ni ses ravages.
Inutile d'expliquer le culte qu'avec toi, cher ami, je partage
Mare Nostrum gardera à jamais le secret de notre passage.

BeO


Ces vers dont l'auteur honora ''lettres du Liban'' en date du lundi 21 janvier 2008, sont reproduites avec émotion et fierté sur ce blog, en hommage à l'excellence, la sincérité et l'amitié.


* Visitez « les carnets du Beyrouthin. »

Tuesday, January 1, 2008

La bonne année.





Les images qui illustrent cet article sont tirées de deux chefs-d’œuvre du cinéma moderne représentant des visions aussi lucides que différentes de deux aspects parmi les facettes multiples, incroyablement riches et complexes du subconscient.

_ La sublimation et le merveilleux, vus par Terry Gilliam dans ‘’Brazil’’ - 1985

_ L’inhibition et l’infernal vus par David Lynch dans ‘’Mulholland Drive’’ - 2001



Dans le sens commun, l’inconscient est tout ce qui n’est pas conscient. Le Maréchal de France Jacques de la Palice, (qui serait encore en vie s’il n’était hélas mort), en aurait dit autant.

Cependant, l’avènement du père Sigmund à l’esprit peu enclin pour ce genre de badinerie, ajouta aux sens déjà existants pour ce terme, une signification nouvelle aussi extraordinaire que troublante.

En simplifiant les choses, l’inconscient revu par Freud serait une sorte de tiroir secret, logé aux tréfonds de l’être, qui regroupe toutes les énergies ou tensions, qui ne peuvent apparaître à la surface lorsqu’elles vont à l'encontre des mœurs et des conventions imposées par la société.

Mais les parois de ce tiroir n’étant point infiniment extensibles, son bourrage jusqu’à saturation entraînerait des troubles plus ou moins graves de la personnalité, dont la névrose constitue une des formes les plus répandues.

Avec les vicissitudes de la vie moderne, la névrose est devenue une affection courante ; cependant, le cas d’un peuple entier ravagé par ce mal demeure une inusité presque sans précédent dans les annales de l’histoire moderne.

Tel est le cas des Libanais d’aujourd’hui qui certes continuent à manger, boire, baiser et aller chaque jour au boulot comme cela se fait partout ailleurs, mais dans un état second qui les apparente beaucoup plus à ces Zombies chers à George Romero, plutôt qu’à des êtres vivants mus par l’intelligence, la volonté et l’espoir.

On le serait devenu à moins, et je ne connais point de race existante qui aurait résisté plus que les Libanais aux forces considérables qui se sont liguées contre eux, dans le seul but de les annihiler.

Hier encore, je raillais férocement ceux qui soutenaient la théorie du ‘’complot’’, rejetant l’entièreté du blâme sur la tête des Libanais eux-mêmes ; mais aujourd’hui, force m’est de constater que le Liban est bel et bien victime d’une machination Israélo-Américaine implacable à laquelle est venue se superposer une complicité Arabe conduite par les Wahhabites, toute en fourberie enrobée des meilleures intentions du monde.

A un degré moindre (uniquement au niveau des moyens, mais non des intentions) un dessein Syro-Iranien effectue simultanément son travail de sape sur les fondements mêmes de la nation ; et si les visées Syriennes concernant le Liban sont claires et bien définies, celles de l’Iran demeurent en grande partie occultes et autrement plus sinistres.

Depuis 2005, tout avait été fait pour créer un fossé incommensurable entre les Libanais et si aujourd’hui le problème (bien réel) de la coexistence pacifique entre Chrétiens et Musulmans est soulevé, peu sont conscients du désastre véritable résidant dans le schisme exacerbé jusqu’au paroxysme entre les Musulmans Sunnites et Chiites.

En vérité, PERSONNE ne veut d’un Liban tel que toi et moi, cher lecteur Libanais authentique et sincère le souhaitons.

Un Liban de rêve dont les clochers et les minarets s’accolent en une somptueuse symphonie de culture à mille facettes ; une terre d’abondance de tolérance et de paix où il fait bon vivre et mourir.

Pfffft ! Une utopie faite de candeur, de naïveté et d’illusions perdues…

Pour commencer, JAMAIS Israël ne permettrait à un concurrent si redoutable de voir le jour. De même que les ‘’frères’’ Arabes dont un Liban pareil constituerait un démenti formel et une menace directe pour leurs régimes de pacotille basés sur l’ignorance, le totalitarisme et l’intolérance intellective et religieuse.

Les seigneurs Wahhabites ont juré depuis belle lurette l’Islamisation du Liban, et sont prêts pour cela à accorder aux Etats-Unis toutes les concessions possibles et imaginables en vue de leur aide dans l’accomplissement de ce dessein. De leur côté, les sieurs Hachémites œuvrent inlassablement pour que le Liban paie en même temps sa facture et la leur, dans le cadre de la note générale de frais qu’engendrerait une solution finale à la crise du Moyen-Orient.
Les Syriens veulent tout bonnement se l’annexer ; quant aux Israéliens, la mainmise sur les précieuses réserves en eau du Liban notamment celles du Litani, demeurent leur objectif principal, avec la partition et la désagrégation du reste du pays dans un second temps.

Quant aux grandes puissances Occidentales, ce sont là de fidèles amis et d’inconditionnels alliés à l’état Hébreu et au Sionisme mondial.

Que les connards et les connardes de chez nous se vrillent définitivement cette vérité dans l’épaisseur de leur cortex cérébral s’ils en sont capables !!!

Aujourd’hui les Chrétiens Libanais affligés d’un psychopathe dangereux au casier judiciaire accablant, rongé par la rancœur et le désir de vengeance, et d’un ramassis de crapules abjectes qui les ont mille fois vendus au plus payant, ainsi que d’une autorité religieuse aussi inconsciente que criminelle, vivent leurs jours les plus désespérés, dans la peur et l’incertitude pour leur avenir dans un pays qu’ils s’étaient autrefois bâtis pour leur servir de havre de paix et de sécurité au milieu d’un océan Islamique hostile et intolérant.
Leur seul espoir réside désormais en le Don Quixote idéaliste et fougueux mais hélas, avec nulle ombre d’un seul Sancho Panza dévoué à ses côtés.

Moins apparente mais tout aussi cruelle est la crise intérieure des Sunnites qui se voient relégués au banc des ‘’Oumalas’’ (collabos) Sionistes ; paradoxe suprême pour ceux qui de toujours ont tété le Nationalisme Arabe et le Djihad contre l’oppresseur Occidental avec le lait de leurs mères.
Aujourd’hui, ils se retrouvent déclassés dans leur propre domaine par leurs frères ennemis Chiites, qui récoltent les lauriers de la victoire sur Israël et l’adulation des masses Arabes ; et cela leur est intolérable.
Mais l’euphorie du pouvoir brigué aux Maronites est trop enivrante, alors ils s’en accommodent avec leur Cheikh dyslexique, endossent ‘’l’Abaya’’ Wahhabite, lèchent à contrecœur le cul yankee et se remettent à Allah, espérant secrètement d’avoir fait le bon choix…

En bref, ajoutons que l’inquiétude Chiite n’est pas moins grande car le fait de s’être mis sur le dos la totalité du monde Occidental ainsi que la presque totalité des régimes Arabes, mais surtout de la majorité Sunnite dans leur propre pays, ajoutés à la haine éternelle de l’état Hébreu et de leur dépendance complète d’un régime Syrien fourbe et retors qui constitue désormais leur seul cordon ombilical avec l’Iran ; tout cela contre le gain local d’une alliance avec le Général Orange, n’a pour eux rien de rassurant.

Nous ne relaterons finalement l’état de la petite communauté Druze transformée en une balle de Ping-pong par les oscillations vertigineuses de son Baron Féodal, que pour son indéniable effet comique.

Le libanais à trop vu, trop entendu et trop enduré pendant trop longtemps pour que sa raison et son bon sens pourtant légendaires demeurent inaffectés.

Aujourd’hui se profile devant lui la perspective d’un état totalitaire et archaïque, ou celui de la domination d’une mafia d’argent qui achèverait de lui sucer la moelle ; sinon le spectre hideux de la guerre civile à défaut des deux.

Entretemps, les vestiges des biens de la nation continuent à être distribués verticalement et non horizontalement comme il se doit, jusqu’à atteinte de la statistique incroyable qui indique qu’aujourd’hui 10% de la population accaparent 90% de la richesse nationale.

Et le nombre des pains dans leur paquet continue à diminuer.
Et la sécurité médicale ne fonctionne plus.
Et la caisse de la sécurité sociale est au bord de la faillite.
Et les prix des denrées essentielles à augmenté de 50%.
Et le réseau routier est dans un état catastrophique.
Et l’eau potable du robinet n’existe pas dans un pays qui forme avec la Turquie les deux plus importantes réserves d’eau de la région.
Et l’électricité que nous n’avons toujours pas, malgré le drainage incessant de MILLIARDS de Dollars de la poche du contribuable en vue de lui réinsuffler un semblant de vie.
Et l’absence de tout semblant d’ordre, de sécurité ou d’autorité judiciaire sérieuse.
Et la pauvreté sordide qui mord aujourd’hui à pleine dents la majorité de la population.

Et je pourrais continuer à énumérer nos malheurs jusqu’à l'aube de demain...

Trop de choses sont refoulées dans l’inconscient des Libanais.
Trop de souffrance, de douleur, de frustration, de déception, de répression, de rage, d’horreur, et de haine.

Trop de mensonges, de tromperie, d’aberration, d’arnaque et d’injustice.

Et comme l’accumulation des éléments finit par créer un état complètement nouveau, j’observe avec effroi le changement fondamental qui s'effectue et ne présage rien de bon, et qui affecte (à commencer par l’auteur de ces lignes) la nature même de ce bon peuple Libanais qui se métamorphose lentement mais sûrement en une sorte de monstruosité Kafkaïenne que je ne reconnais presque plus.

Maladie ou mutation ?

Deux perspectives qui me semblent plus effrayantes l’une que l’autre.

Sur ce, je vous souhaite la bonne année à tous.

Ibrahim Tyan.

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