Thursday, October 11, 2007

Autrefois, naguère et jadis.



Depuis l’établissement du calendrier Grégorien en 1582, il a été convenu que l’équinoxe d’automne tombe le 21, 22, 23 ou 24 Septembre de chaque année, et se distingue dans les rares pays que la nature à privilégié de quatre saisons bien définies, par un adoucissement climatique progressif qui vient marquer la fin des chaleurs d’été et préluder l’avènement des rigueurs hivernales.

Les célèbres ‘’sanglots longs…’’ de Verlaine, ‘’Les feuilles mortes’’ de Prévert, ou ‘’Le chant d’automne’’ de Baudelaire, n’en sont que des spécimens prélevés au hasard sur le vaste et merveilleux répertoire séculaire établi par les grands chantres romantiques de tous les temps, pour exalter en de lignes inoubliables, la magie trouble et mélancolique des pâles lueurs automnales.

Or il est un vieux dicton bien de chez nous qui affirme que pour jouir pleinement des saisons de l’année, il faut passer le printemps à Damas, l’hiver au Caire et l’automne à Beyrouth.

Curieusement, il n’est point question d’été dans cet aphorisme, ce qui porte à croire que l’auteur nous as délibérément laissés le champ libre durant toute cette saison, pour nous démerder comme bon nous semble ; que cela soit à Palma, ou sur la Côte d’Azur, ou encore sur la Riviera Italienne, à moins que l’enfer climatisé de Riyad ne nous tente, et ses mornes dunes poudreuses et calcinées..

Les goûts et les couleurs étant ce qu’elles sont, [et les intérêts, ce que vos savez], cette dernière option complètement impensable chez certains, pourrait bien s’avérer une destination de choix pour d’autres…

* * * *

Situé à 33° 53' 13’’ Nord et 35° 30' 47’’ Est du Levant, (terme que je préfère à celui du : « Moyen-Orient » imposé par les Anglo-Saxons), le Beyrouth d’aujourd’hui est cité dans plusieurs manuels récents de géographie parus à travers le monde, comme étant un centre financier et un port de commerce qui fut jadis un centre culturel d'une importance majeure dans l'est de la Méditerranée et les pays Arabes, et qui à été longtemps considérée, du fait de son emplacement stratégique, comme un carrefour entre trois continents (l'Asie, l'Afrique, et l'Europe), et un accès vers l'Orient !

« Qui fut jadis… », et « Qui à été longtemps considéré… »

Comme certaines expressions anodines, peuvent brûler pire qu’un fer rouge !

Tout dépend du contexte.

* * * *

JADIS…

Autrefois, la vie des Beyrouthins coulait douce et sans hâte, heureuse, indolente et avec peu de soucis. L’été, la capitale Méditerranéenne se vidait de la plupart de ses habitants car presque tout Beyrouthin possédait ou louait une seconde habitation à la montagne pour y estiver durant la saison des grandes chaleurs.

Les Beyrouthins Chrétiens choisissaient généralement les hauteurs du Metn et du Kesserwan pour y passer l’été, tandis que la préférence des Musulmans allait vers les régions d'Aley, Bhamdoun et Souk-el-Gharb dans le Mont-Liban ainsi qu’aux nombreux villages du Chouf.

Quant aux citadins les plus aguerris et dont j’en fais toujours partie, rien ni personne ne pouvait les déplacer de leur chère vieille ville ni de les éloigner des langueurs azuréennes de leur Méditerranée.

Il faut dire qu’en ces temps là, des plages sans pareil, au sable fin et doré, portant des noms indélébiles dans la mémoire Beyrouthine, notamment: le Côte d’Azur, le Saint-Michel, Le Saint-Simon, le Riviera, l’Acapulco et tant d’autres, plus belles et plus élégantes les unes que les autres, longeaient le long du littoral sud, de la région d’Ouzaï jusqu’à Jnah, se succédant comme des perles en Lapis Lazulite enchâssées dans de l’or, à faire pâlir d’envie les golfes du Bengale et les sables d’Hawaï.

Que de fois me suis-je demandé sur le sort du coquet petit chalet en bois au Saint-Michel, qui fut mien pendant des années, et dont le parquet qui grince, à connu des soirées à étonner des princes… (Salut Barbara).

En ces temps bénis à jamais révolus, la vie était bien plus clémente qu’aujourd’hui, même pour les plus démunis, et une certaine sagesse sereine caractérisait les Beyrouthins qui savaient par instinct que le secret du bonheur véritable réside dans le pain quotidien dûment gagné par le labeur dans la dignité.

Aujourd’hui, presque tous les Libanais dilapident leurs précieux jours, pourtant comptés, à s’essouffler comme des lévriers après la Porsche, la villa et le Jacuzzi.

Remarquez, c’est bien joli un grand jacuzzi, avec un bon cigare, un brut bien frappé et du Mozart en fond sonore. Et pourquoi pas tant qu’on y est, une affriolante Thaï qui vous attends toute en adoration, tenant religieusement votre peignoir-éponge ? (Sincère, aucun cynisme ici)

On ne vit qu’une fois…

Mais il se trouve aussi que c’est payer stupidement trop cher de sa peau et de sa dignité humaine, que de se dégrader jusqu’à s’avilir, trahir, mentir, voler et s’infliger un ulcère duodénal chronique, dans le seul but de s’acquérir à n’importe quel prix, ce qui ne représente finalement qu’une pute, et une cuve en céramique qui fait des bulles.

* * * *

Dans l’ancien Beyrouth, l’avènement de l’automne marquait toujours la fin de la ‘’morte saison’’ d’été et l’ouverture de la grande saison mondaine, artistique et culturelle. Les places Debbas, des Martyrs et de Riyad-el Solh qui formaient le cœur battant de la capitale redoublaient en foule et en activité. Après avoir programmé tout le long de l’été des films mineurs ou en seconde vision, les salles de cinéma majeures du centre –ville réaffichaient les nouveautés les plus récentes de la production mondiale, souvent projetées en ‘’Day and Date’’ avec Paris ou Hollywood.

L’ancienne répartition des grandes compagnies cinématographiques internationales entre les salles de cinéma Beyrouthines était bien meilleure que l’ordre chaotique imposé par les distributeurs d’aujourd’hui. Ainsi donc, le cinéphile d’antan savait à l’avance que l’ancien cinéma Empire projetait en exclusivité les films de la Columbia et de l’United Artists, le Métropole : la Paramount+ des films Arabes, le Rivoli : la Warner Bros + des films Arabes, le Capitole : la MGM, le Roxy : la 20th Century Fox, le Dunia : l’Universal, le Radio City : l’Allied Artists, la Rank Britannique et la Titanus Italienne. Un peu plus haut, vers l’avenue Bechara-el-Khoury, le Gaumont Palace programmait les films Français distribués par Gaumont, Odéon et Pathé ainsi que les films Soviétiques de la Mosfilm.

Pour les cinéphiles avertis, Beyrouth rengorgeait de ciné-clubs, mais le plus important et le plus notoire était sans doute le ciné-club de Beyrouth qui reprenait son activité au début de la saison d’automne et dont le standing exceptionnel doit beaucoup au dévouement de l’infatigable Alain Plisson.

C’est grâce à ce club que j’eus l’opportunité de faire connaissance pour la première fois avec les chefs-d’œuvre immortels du cinéma, mais aussi d’avoir rencontré et eu le privilège d’effectuer des échanges personnels avec de prestigieux cinéastes invités tels, André Delvaux (timide jusqu’à l’effacement), Georges Franju (cassant et désagréable), Alain Resnais (élégant et suave) et même André Méliès, fils et collaborateur du grand pionnier du cinéma, Georges Méliès.

* * * *

Quand je regarde ce qui se fait aujourd’hui dans le domaine théâtral au Liban, je me sens partagé entre le désespoir le plus accablant et la raillerie la plus féroce.

Où en sommes nous donc de la splendeur d’antan, lorsque Mounir Abou Debs revint de France pour insuffler au théâtre Libanais ce grand élan puissant et ambitieux ?

A la fin des années 1960, j’eus la chance de me lier d’amitié avec Mounir et de participer activement aux cours donnés dans son école privée « L‘école de théâtre moderne de Beyrouth » située dans la région de Clemenceau, (tout près du domicile Beyrouthin de Walid bey…pour ceux pour qui les bornes féodales sont plus familières que les repères culturels).

Ce n’est que progressivement que je vins à découvrir l’importance de ces lieux où un monde nouveau pour moi sur lequel régnaient Eschyle, Sophocle, Shakespeare, Stanislavski, Lee Strasberg et Peter Brook en maîtres absolus, et d’où est sortie la fine fleur de la scène Libanaise tels Raymond Gebara, Antoine et Latifa Moultaka, Roger Assaf, Jalal Khoury et Antoine Kerbage (celui qui fascina jadis les foules en interprétant ‘’ Le roi se meurt’’ d’Ionesco, et pas celui d’aujourd’hui…quoique je comprends parfaitement qu’il faut bien gagner son bifteck).

Qui se souvient aujourd’hui de l’éthérée Théodora Rassy, de l’intense Rida Khoury ou du merveilleux Hamlet que fut Michel Nabaa’ ?

Ou de la version incroyable du Mac Beth de Shakespeare (toujours préservée dans les archives de Télé-Liban) tournée dans d’immenses locaux presque vides et des extérieurs dépouillés, avec pour costumes des jeans, T-shirts et espadrilles, dans la plus pure tradition de Jersey Grotowski (le prince Igor) et de Jerome Robbins (West Side Story) et dans laquelle Mounir Abou Debs honora l’auteur de ces lignes en lui confiant l’immense responsabilité du rôle principal.

Dans toutes les manifestations internationales, de Paris à Berlin et de Moscou à Avignon, le théâtre Libanais polarisait l’attention de la critique étrangère et raflait les distinctions les plus prestigieuses, au grand désintéressement de l’état criminel, toujours trop absorbé à fouetter ses eternels chats pour s'occuper d'autre chose.

Le spectacle à l’aéroport international de Beyrouth, de la troupe de théâtre Libanaise qui rentra incognito, ignorée, démoralisée et presque la queue entre les jambes au début des années 1970, après avoir raflé le premier prix au festival international de Berlin , devant les Russes, les Américains, les Britanniques et tous les autres, avec la fantastique pièce d’avant-garde : ‘’Le Déluge’’, avait de quoi vous foutre la mort dans l’âme.

Pour une fois, et peut-être à cause du sujet qui me tient particulièrement à cœur, j’ai de la difficulté à clore cet article. Je vais donc laisser ce soin à mon très valeureux et très pur Nazim Hikmet, qui lui, déclame de vive voix, avec des mots simples, directs et presque naïfs, tout ce que le long de ce récit, je n’ai cessé de chuchoter.

Ibrahim Tyan.


Traître à la patrie

Oui, je suis traître à la patrie, si vous êtes patriotes, si vous êtes les défenseurs de cette patrie, je suis traître à la patrie,
je suis traître à la patrie

Si la patrie ce sont vos ranchs,
Si c'est tout ce qu'il y a dans vos caisses et sur vos carnets de chèques, la patrie
Si la patrie, c'est crever de faim le long des chaussées,
Si la patrie, c'est trembler de froid dehors comme un chien et se tordre de paludisme en été,
Si c'est boire notre sang écarlate dans vos usines, la patrie Si la patrie, ce sont les ongles de vos grands propriétaires terriens,
Si la patrie, c'est le catéchisme armé de lances, si la patrie, c'est la matraque de la police
Si ce sont vos crédits et vos rémunérations, la patrie
Si la patrie, ce sont les bases américaines, la bombe américaine, les canons de la flotte américaine
Si la patrie, c'est ne pas se délivrer de nos ténèbres pourries.
Alors je suis traître à la patrie.

Nazim Hikmet. (1902-1963)

* Visitez: Les carnets du Beyrouthin.

Tuesday, September 25, 2007

L'absurde, l'incompréhensible et l'insoutenable.



Mais tout cela n’est que balivernes, c’est l’abîme vers lequel nous nous acheminons inexorablement qui me glace ; et si je ne m’y engage plus en analyses politiques et autres spéculations, c’est que les choses sont désormais rendues dans leur crudité la plus brutale de sorte qu’un aveugle y verrait clair et qu’un sourd entendrait…

(IV) En attendant l’orage
Les carnets du Beyrouthin.
First Published Février 2007 sur ‘’Lettres du Liban’’.


* * * *

_ Que le Liban soit un pays corrompu est une chose bien connue.

_ Que la corruption y ait atteint des niveaux record dans les annales de la pourriture et de la dépravation est un fait plus que probable.

_Que le vice n’y est plus l’apanage de la classe dirigeante et des hautes sphères de la société, mais de tout un peuple, est une effrayante perspective.

Mais que la corruption soit uniquement la conséquence d’un système bâti sur les différends confessionnels, est une théorie discutable qui équivaudrait à laisser échapper le réel pour aller à la poursuite de l’abstrait.

* * * *

Il m’est certain qu’une bonne partie du peuple Libanais est restée indifférente au massacre de ses soldats par les tueurs de Fath-el-Islam et des combats héroïques et meurtriers que durent livrer par la suite les officiers et soldats Libanais pourtant manquant cruellement en effectifs les plus élémentaires, avec une abnégation de Kamikazes, contre un ennemi fanatique retranché derrière un labyrinthe de fortifications et doté d’un matériel ultramoderne, pour sauvegarder le moral et l’unité de l’armée et de la nation.

Quant aux pancartes et calicots glorifiant l’héroïsme de nos soldats, qui ont germé soudainement comme des champignons dans les rues et quartiers de la ville, vous en conviendrez avec moi qu’ils n’étaient pour la plupart que de la vulgaire poudre aux yeux, sinon vous seriez affligés d’un cas de candidose politique aigüe, semblable à celui des jolis-cœurs pour qui la date de la Saint Valentin porte infiniment plus de signification que celle de la libération du Sud en l’an 2000.


Mais pour en revenir à Nahr-el-Bared ; comment expliquer le respect et la déférence infinies avec lesquels ont étés traitées les femmes capturées des terroristes, pourtant suspectes d’avoir activement contribué à diverses activités criminelles dans le pays ?

Certes que j’en suis fier de nos soldats dont la vaillance, la morale et l’éthique sur le champ d’honneur, les situent bien au-dessus de la lâche barbarie technologique de leurs homologues Israéliens ou Américains. Mais la galanterie militaire à aussi ses limites.

Il y va sans dire que je suis pour la convention de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre et la charte des droits de l’homme de l'ONU et pour toutes les chartes que vous voudrez ( et dont l’Occident s’en torche quand il s’agit de les appliquer en NOTRE faveur ) ; mais je ne comprends toujours pas pourquoi ces femmes n’ont pas étés incarcérées, [dans les conditions les plus humaines bien entendu], dans une prison militaire comme il se doit, au lieu d’être gracieusement hébergées dans une mosquée à Saïda.

Et Je ne comprends également pas pourquoi elles ont étés rapatriées en vitesse, alors qu’elles auraient dû êtres soumises à un interrogatoire serré, dut-il prendre des mois, par les spécialistes de la guerre anti subversive de l’armée, qui en auraient pu leur soutirer des renseignements vitaux pour la sécurité nationale.

Devant mes yeux incrédules, j’assistais sur l’écran TV, à la scène aberrante d’une de ces femmes, emmitouflée de noir de la tête aux pieds, en pleine conversation téléphonique sur son portable que personne n’a osé lui confisquer.

Il m’a été rapporté par un ami bien informé, qu’un soldat Libanais voulant spontanément apporter son aide à une de ces femmes qui avait du mal à traverser les décombres lors de sa sortie de Nahr-el-Bared se vit cracher à la figure : _ Ne me touche pas espèce de sale porc !

* * * *

La corruption est une des expressions les plus absolues de l’égoïsme, qui consiste à mobiliser arbitrairement pour son propre profit des moyens destinés au bien public. Mais au Liban, ce stade même à été dépassé.

* * * *

Lieu : L’église du Sacré-Cœur de Badaro, date : le Vendredi 21 Septembre, circonstance : Les obsèques du député Phalangiste Chrétien Antoine Ghanem assassiné deux jours auparavant dans un attentat à la voiture piégée.

12 heures auparavant, le général Michel Aoun, leader du plus grand bloc de députés Chrétiens libres à la chambre et militant pour un Liban laïc et souverain, tout en exprimant sa grande détresse pour l’horrible assassinat qui venait d’être perpétré, annonça qu’il ne se rendrait pas aux obsèques de crainte que sa présence ne génère quelques frictions instiguées par des éléments bien connus, et qui pourraient dégénérer dans une atmosphère survoltée par les passions exacerbés et la douleur.

L’heure : vers 11 AM. L’église et bondée, les évêques en grande pompe entament en Syriaque le rituel des morts. Soudain une clameur sourde qui va en s’amplifiant monte de la foule massée à l’extérieur, et Walid bey Joumblatt franchit le portail de la cathédrale.

Voûté dans le plus pur style de Richard III, le pas lent et nonchalant, le Baron de la montagne, Nosferatu du Chouf et déporteur des Chrétiens par le feu et par le sang de leur refuge séculaire de la montagne, traversa la nef sous un tonnerre d’applaudissements et de you-yous Maronites, et le regard bienveillant des princes de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine, dont les cloches des églises désormais silencieuses du Chouf, reposent en guise de trophées de guerre dans les donjons du chateau féodal de Moukhtara.

* * * *

Maintenant je sais que la corruption émane de la nature même de l’homme.

Maintenant je sais jusqu’où elle peut mener.

Jusqu’à l’absurde, l’incompréhensible et l’insoutenable.

Ibrahim Tyan.


* Visitez « Les carnets du Beyrouthin ».

Thursday, September 20, 2007

L'infâme désunion.



L’ILLUMINÉ.

Le taxi-service se frayait laborieusement chemin à travers le bordel quotidien qu’est le trafic dans la région de Furn-el-Chebbak, vers les embouteillages sans appel de la banlieue Sud de Beyrouth.

Assis près du chauffeur, je ne me lassais pas de contempler le tableau de bord de la vieille Mercedes, et d’essayer de me figurer le genre de réaction qu’auraient eus les dessinateurs de la Daimler-Benz devant le changement drastique apporté par le maître de bord, à l’esthétique sobre et fonctionnelle qui à toujours caractérisé la griffe créatrice des designers de Stuttgart.

Un mince revêtement de cuivre jaune marqueté de mille arabesques sur lequel se détachaient de mignonnes petites fenêtres en plastique transparent abritant des cartes postales représentant dans un kodachrome agressif les villes de Téhéran, Chiraz, Tabriz, Ispahan, ainsi que la ville sainte de Qom et les portraits de l’Ayatollah Ruhallah el Khomeiny et du Sayyed Hassan Nasrallah, plaquait le tableau de bord de bout en bout.

Le conducteur, l’annulaire orné de l’inévitable chevalière en métal blanc incrustée d’un chaton du plus radieux bleu de chine, pianotait sur son volant en oscillant imperceptiblement du chef au rythme d’une lancinante mélopée Iranienne à l’indéniable pouvoir hypnotique, débitée par le radiocassette de bord.

Est-ce sous l’effet de la chaleur, du cahotement sur les routes mal entretenues, ou de la lenteur forcée du trajet ? Il demeure que je me suis surpris à dodeliner de la tronche, gagné à mon tour par le tempo obsédant de l’incompréhensible litanie ; ce qui n’échappa guère à mon guide qui m’interpella d’emblée. :

_ La cassette vous dérange ya Oustaz ?
_ Au contraire mon honoré frère, je m’en régale…
_ Le salut d’Allah sur vous. Parlez-vous l’Iranien ya Oustaz ?
_ J’en parlais dans ma jeunesse (mensonge) mais je crains d’avoir presque tout oublié depuis.
_ Pour l’amour d’Allah ya Oustaz, éclairez-moi ne fut-ce que sur une infime parcelle de ce que le cantique que nous entendons signifie.

Ayant décelé à maintes reprises le mot ‘’Allah’’, quoique prononcé ‘’Allôh’’ dans le baragouinage Zoroastrien du coryphée, et l’occasion étant vraiment trop belle, je jouais mon va-tout.

_ Du peu de ce que j’ai compris, il dit que tout ce qui nous entoure, de visible et d’invisible, n’est que reflets de la face d’Allah, et que le ciel et la terre sont voués au néant alors que sa grandeur infinie et les légions de ses croyants hériteront de l’éternité….

Il n’en fallut pas plus… !

_ Allah Akbar Aleik ya Oustaz, Allah Akbar ! Clama mon coche. Dieu que la connaissance est belle ! Qu’Allah vous augmente en science et vous éclaire tel que vous m’avez éclairé… Akh ya Oustaz !!! Vous ne pouvez pas savoir combien je regrette de ne pas être né Iranien.

_ Allah Karim mon honoré frère, lui répondis-je. En attendant, soyez-en sûr que vous l’êtes déjà totalement de cœur et d’esprit.

LE CRO-MAGNON.

Aboul’Zouz, la trentaine bien sonnée, d’éducation élémentaire et ouvrier tourneur de son état, était un adepte forcené de la gonflette au club de mon ami Aboul’Mich. Des années de travaux forcés en salle de musculation, doublées d’un dopage intensif aux stéroïdes et autres saloperies anabolisantes avaient finis par lui forger un physique des plus extraordinaires.

C’est qu’Aboul’Zouz était déjà initialement du genre trapu et court sur pattes ; mais depuis le développement invraisemblable qu’il s’était infligé aux Biceps, triceps, deltoïdes, pectoraux et autres groupes musculaires de son anatomie , son apparence générale s’était muée en une sorte de masse cubique compacte et velue, surmontée d’une petite tête sans cou qu’il maintenait soigneusement rasée à la façon des ‘’Marines’’ de l’oncle Sam.

Un jour que je le complimentais sur le tatouage original représentant un fil de fer barbelé entourant son immense biceps droit, Aboul’Zouz eut la bonté de m’expliquer patiemment que ce que j’avais pris pour du barbelé n’était autre que la représentation de la très sainte et très vénérée couronne d’épines du Christ.

Rien de moins !

Chrétien jusqu’à l’os (c’est ainsi qu’il se considérait) et FL indécrottable, Aboul’Zouz s’était couvert de gloire au cours de la mémorable journée des pneus du 23 janvier 2007, lorsque devant lui se présenta l’aubaine inespérée d’éjaculer toute sa sauvagerie inhibées sur les chairs des jeunes filles et garçons universitaires du Tayyar.

_ Aoun kalb Souri, me dit-il.

_ Avec les camarades de mon escouade, enchaîna-t-il, nous lui avons joliment damé le pion au rond point de Mkallès ; de ma vie je n’oublierais l’instant sublime de la victoire, lorsqu’après avoir piétiné ses mauviettes comme des cancrelats, j’ai brandi de mes propres mains le drapeau Américain, au nez et à la barbe de tous les faux culs du Tayyar, du Hizbollah et de l’Armée Libanaise réunis.

Pour Aboul’Zouz, le plan était simple : Liquider Aoun et son Tayyar en priorité. Ensuite faire subir le même sort au Hizbollah avec l’aide d’Israël, des USA et des milices de la majorité locale ; le champ rendu libre, le temps serait venu de régler avec les Sunnites certains vieux comptes, car le Hakim veille au grain et n’oublie rien…Mais à chaque chose son temps.

(A en rire ou en pleurer ! ? ! ? ! ?).

_ Les Etats-Unis c’est l’avenir du Liban ya Bob (c’est ainsi qu’Aboul’Zouz m’appelle depuis que mon image s’était substituée dans sa tête par je ne sais par quel truchement mystérieux du subconscient, à celle du père qu’il à toujours haï), c’est la force, l’abondance, la liberté et la démocratie ; et qui sait, peut-être qu’un jour en feront-ils de nous leur 51ème état…Ya Reit.

(Pour ce qui est de l’avenir ‘’Made in USA’’ mon pauvre Aboul’Zouz, nous en avons déjà des exemples ; avant-hier c’était l’Afghanistan, hier l’Iraq, aujourd’hui c’est le tour du Pakistan et probablement celui de l’Egypte pour demain).

_ Nous avons reçu une nouvelle cargaison de choix ya Bob, me chuchota un Aboul’Zouz extatique. La semaine prochaine, tu seras le premier à admirer ma nouvelle M16 Commando à canon ultra-court, avec silencieux, lunette de nuit et viseur laser, un véritable petit bijou de joujou…

LES NARGUILISTES.

J’aime les quartiers Sunnites de Beyrouth. Ce sont pour moi les derniers recoins de la capitale où flottent encore quelques relents du Beyrouth d’antan.

A l’image de leurs habitants, une vie turbulente et intense semble toujours animer ces quartiers où les étalages des magasins y sont dressés autrement que partout ailleurs, et où prédomine un goût certain pour le faste et l’opulence qu’on retrouve même dans l’éventaire du plus modeste marchand des quatre saisons.

Des senteurs capiteuses et complexes qui vont des fragrances des encens d’Oliban et de Djaoui noir que le marchands brûlent quotidiennement pour conjurer le mauvais œil, jusqu’au fumet irrésistible du Chawarma et du poulet qui rissole sur la broche, se disputent délicieusement votre odorat.

C’est là aussi que l’on retrouve les temples véritables du Foul, du Hoummous, du Falafel et de la Balila ; du Chawarma, des grillades et du Méchoui, mais aussi du Kenafa et des somptueuses et multiples espèces et dérivés du Baklawa. Et si la chaleur vous assèche la gorge, des boissons fraîches et merveilleuses telles le Souss, le Jellab et le Tamarin, ou encore l’acide et délicieux Aïran bien glacé, vous désaltèreront bien mieux que la chimie nocive des sodas Américains à l’arrière goût de pharmacie.

Le Sunnite est par nature un jouisseur et un raffiné ; il aime le luxe, la bonne table et les multiples plaisirs de la chair et de l’esprit ; pour lui, le fait de fumer un bon narguilé en fin de journée, face à la mer d’Aïn-el-Mraïsseh, bercé par la voix qui défie les âges d’Umm Kulthum, garde encore toute sa valeur intrinsèque.

En bon épicurien, je ne peux que me joindre sans restriction à l’agréable sensualité de cet aimable hédoniste.

Je traversais donc à pied, profitant de cette belle journée de fin d’été, les quartiers Sunnites de Bourj-abou-Haidar et de Basta jusqu’aux régions de Zariff et de Sanayeh avec pour destination finale les parages de l’Hôtel Phoenicia où j’avais rendez-vous avec un ami.

Mais au fur et à mesure que je m’enfonçais dans ces régions, un détail insolite me sauta aux yeux ; les panneaux et les pancartes qui s’y étalaient encore il y a quelques semaines, glorifiant l’armée Libanaise et vantant son héroïsme, avaient complètement disparu, cédant la place à d’innombrables affiches et calicots en appui au Royaume Wahhabite d’Arabie Saoudite, et dont je reproduis ici certains textes :

_ L’Arabie Saoudite est une ligne rouge que personne ne peut transgresser.
_ Qui attaque l’Arabie Saoudite s’attaque à nous.
_ Critiquer l’ambassadeur Saoudien est tabou.
_ Les ennemis de l’Arabie Saoudite sont nos ennemis
_ Les Libanais n’oublieront jamais leur dette envers leurs frères Saoudiens.
_ Le roi Abdallah et le Cheikh Saad sont deux lignes rouges infranchissables.
_ Etc.

Après des décennies de soulèvements et de bouleversements qui les ont vus défiler tour à tour pour le nationalisme Arabe de Nasser, puis pour le Baath Syrien d’Assad en passant par la révolution Palestinienne d’Arafat, les Sunnites Libanais brandissent aujourd’hui d’une main l’étendard Wahhabite et de l’autre la bannière étoilée de l’oncle Sam.

Après la sagesse unificatrice de Riad el Solh, l’érudition éclectique d’Abdallah el Yafi, la fougue Nationaliste de Saeb Salam et l’astuce consommée de Rachid Karamé, ils ont aujourd’hui choisi de confier leur sort au Gamin dyslexique.

L’UNION SACRÉE.

Le 1er Août 1914, le président Français Raymond Poincaré déclare la guerre à l’Allemagne. Au début, les socialistes et la classe ouvrière y sont négatifs et considèrent qu’ils n’ont rien à voir dans ce conflit capitaliste qui se joue entre les Rois, Tzars et Empereurs ; de même pour les Catholiques, humiliés depuis la séparation de l’Eglise et l’État, et qui s’y montrent aussi réticents.

Mais les Français eurent vite fait de surmonter leurs différends et de s’unir face à la menace ennemie au lieu de se disperser dans des conflits fratricides

Le 4 Août 1914, le Président du conseil René Viviani dans un discours prononcé aux deux chambres déclare : « …Dans la guerre qui s’engage, la France sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée ».

Le terme est entré depuis, dans la terminologie politique usuelle.

Or il se trouve que le Liban traverse actuellement une épreuve telle, que les raisons mêmes de son existence en tant que nation libre, indépendante et souveraine sont fortement remises en question.

Dorénavant, seule l’Union Sacrée du peuple est en mesure de nous éviter le pire.

Mais comment générer une telle réaction salvatrice au sein des meutes et des hordes disparates qui constituent désormais de véritables ethnies idéologiquement et organiquement dissemblables au sein de la même nation ?

Comment raisonner avec des convictions et des croyances primitives, instinctuelles et contradictoires, qui ne répondent plus qu’au discours fanatisé et rancuneux, et dont l’allégeance va intégralement envers les instigateurs et les manipulateurs externes, garants de leur continuation dans la contradiction et la désunion ?

Ainsi donc, si nous excluons les Libanais d’allégeance Iranienne, Saoudienne, Syrienne, Palestinienne, Américaine ou Israélienne, sans oublier ceux qui ont adhéré de pleine conviction aux courants fondamentalistes voire terroristes, il nous restera bien une poignée de Libanais incontestables et réfractaires à tous les égarements de la démence générale qui les entoure.

Mais ne nous égarons point nous-mêmes en de faux espoirs ; car cette espèce [ en voie de disparition ] est rendue beaucoup trop minoritaire pour pouvoir entreprendre quoique ce soit d’efficace, en vue d’infléchir le cours inexorable des événements à venir, et qui menacent d’emporter dans leur tourbillon, les derniers lambeaux qui adhérent encore au squelette Libanais.

D’où le titre de cet article.

Ibrahim Tyan.

Visitez: Les carnets du Beyrouthin.

Retour au poste.



Ayant écourté ses vacances d’une semaine, LETTRES DU LIBAN est de retour au poste, les batteries certes rechargées par un repos bien mérité, mais l’âme triste cependant, de ce qui arrive au Liban.

Les éléments d’un article bien caractéristique à ce blog ont germé durant ces vacances, et qui va être publié incessamment dès l’apport de la dernière touche finale.

Merci pour les vœux amicaux exprimés par Kheireddine, Araadon, Frenchy, Sixtine et Anonymous sur le blog, ainsi que par e-mail par des lecteurs et amis.

Ibrahim Tyan.

Saturday, September 1, 2007

Un dérivatif bien néçessaire.



« Lettres du Liban » part en vacances et reprendra le dialogue avec ses amis et lecteurs vers les débuts du mois d’Octobre.

Saturday, August 25, 2007

Farid 3asro dans les bras de Morphée.



En bon Beyrouthin authentique, Farid 3asro était un râleur de première doublé d’un eternel insatisfait.

C’était donc la mine renfrognée et les pensées moroses qu’il s’engouffra dans la bouche de métro de Hamra à la fin d’une mauvaise journée de travail où il dût argumenter interminablement dans son bureau d’architecture avec un client Nouveau Riche qui tenait absolument à ajouter une invraisemblable tourelle de style médiéval à la superbe villa moderne dont Farid lui avait soumis les plans préliminaires.

Heureusement que la loi était de son côté car les nouveaux règlements draconiens concernant l’urbanisme et l’environnement condamnaient également et sans équivoque la vulgarité et le mauvais goût.

Minable connard phallocratique, pensait encore Farid lorsqu’il accéda grâce à sa carte magnétique ‘MetroCard’ (valable aussi pour les trajets en Bus ), aux quais bondés de touristes dont la majorité semblait appartenir à la race Scandinave.

Trois millions de touristes l’année dernière, et une augmentation prévue de 25% pour cette année, pensait avec effroi Farid 3asro en se frayant péniblement chemin dans le compartiment où il ne trouva qu’une place debout au milieu d’une marée de têtes blondes jacassant bruyamment dans une langue hachée et gutturale. Je préfère encore mille fois les Japonais, pensa Farid, au moins ceux-là sont discrets et comme politesse, on n’en fait pas mieux. Mais il n’eut guère le temps de s’attarder sur ces pensées car à peine cinq minutes plus tard il remontait les escaliers de l’ouverture de la place Sassine à Achrafieh.

De là, grâce à une autre carte magnétique, il s’engouffra dans un ascenseur qui le conduisit au cinquième étage en sous sol où il retrouva avec soulagement sa chère Renault ‘’toutes options’’ qui roulait au diesel conforme aux plus sévères normes Européennes avec filtres et catalyseur.

Vivement l’année prochaine, pensa Farid en remontant le chemin spiralé du vaste parking souterrain, lorsque Carlos Ghosn accompagné du ministre Français de l’industrie viendra inaugurer avec le Président et les autres dignitaires Libanais, la vaste chaîne d’assemblage Renault-Liban pour voitures, bus, camions et autres véhicules lourds dans la région d’Akkar, ce qui créerait des milliers de nouveaux postes pour les ouvriers, techniciens et autres spécialistes chômeurs ; sans parler du poids qu’une telle démarche conférerait au Liban dans la région.

Certes le Libanais jouissait d’un niveau de vie enviable même par rapport aux bédouins du Golfe dont la fortune colossale était cependant mal répartie et encore plus mal investie, pensait Farid en chemin, mais il faut bien que le gouvernement pense quand même à hausser ce SMIC ridicule de $ 1250 qui suffit à peine au Liban pour subvenir aux frais de nourriture et de logement. Heureusement qu’il y a l’éducation, la médication et les autres indemnités et services sociaux complémentaires gratuits pour compenser en partie, sinon la situation des gens de condition modeste serait intenable.

* * * *

Sa femme lui ayant rappelé qu’ils recevaient des gens à dîner, Farid s’arrêta chez le fruitier en route vers sa maison Rue SODECO.

Observer les étalages somptueux de fruits étranges et exotiques était pour Farid 3asro une grande source de satisfaction, surtout lorsqu’il se rappelait que toutes ces merveilles étaient désormais cultivées au Liban.

Fameux programme qu’était celui du ministère de l’agriculture qui mit de longues années pour mener à bien ce projet ambitieux, mais surtout d’arracher à certaines têtes bornées l’idée de certaines cultures séculaires et sacro-saintes comme celui de la pomme par exemple.

Aujourd’hui le Liban cultive des espaces immenses de pistache verte, denrée excessivement rare et chère, et ingrédient indispensable pour l’industrie Occidentale de la pâtisserie/confiserie et surtout de la crème glacée.

Le Liban est devenu aussi un grand exportateur du « Fruit de la Passion » qui forme la base obligatoire et incontournable pour tout cocktail de jus de fruit en conserve.

Les Kiwis, les Kakis, et surtout le délicieux fruit du ‘’Achta’’, s’exportent aujourd’hui à prix d’or, et de grands espaces jadis réservés pour y faire pousser du persil et de la coriandre en quantités invraisemblables sont désormais consacrés à la culture de rares plantes et herbes médicinales dont le besoin ne cesse de croitre au sein de l’industrie chimique et pharmaceutique mondiale.

De solides accords contractés par le gouvernement avec de grandes firmes internationales assuraient l’écoulement régulier et lucratif de toutes ces récoltes, au grand profit de l’économie nationale et de l’agriculteur Libanais.

S’apercevant qu’il était déjà en retard, Farid 3asro s’efforça néanmoins de conduire prudemment. Ayant déjà eu son permis de conduire perforé une première fois pour excès de vitesse, il savait qu’il risquait une amende de $ 1000 et un retrait de permis de six mois à la récidive

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La soirée fut réussie et bien animée et Farid sortit de sa cave personnelle de vénérables bouteilles d’un vin Libanais absolument exceptionnel en l’honneur de ses invités. Il faut dire qu’avec l’appui de l’état, la viticulture Libanaise enregistra un essor considérable et il n’est point de foire Internationale où les vins Libanais ne raflaient les premiers prix et les éloges des goûteurs les plus chevronnés.

Chaque médaille possédant naturellement son revers, une bonne partie de la conversation tourna autour du sujet de la corruption de certains citoyens ; comme ce fut récemment le cas pour le célèbre homme d’affaires multimillionnaire Kayech-el-Fej3an qui dut payer rubis sur l’ongle une sanction de $ 10.000.000 pour avoir présenté au fisc pendant de longues années, des bilans frauduleux pour échapper aux impôts, et qui évita de justesse la prison grâce au brio de ses avocats, dont les honoraires achevèrent de le saigner à blanc.

Mais la plus terrible, la plus tragique et la plus navrante des tragédies, qui bouleversa le Liban de bout en bout, était celle de l’excellent ministre de la culture, SE. Charif Fahman qui, ayant un programme surchargé, envoya sa femme Mme Serméyé qui l’accompagnait lors de sa dernière visite aux Etats-Unis pour le remplacer à un gala organisé par la communauté Libanaise à Washington.

Au cours du gala, de généreuses contributions pour soutenir l’Université Libanaise furent collectées par Mme Serméyé, dont une relativement petite somme de $ 5000 en cash qu’elle « oublia » de remettre à son mari avec le reste des chèques, mais préféra les garder à son insu, bien au chaud dans son mignon petit sac à main.

Malheureusement pour le pauvre Charif, quelqu’un éventa l’affaire. La femme fut incarcérée, et notre homme, blessé au plus profond de son amour-propre et de son honneur d’homme intègre, offrit au même jour sa démission de son poste et de la vie, en se logeant une balle dans le crâne..

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Une obscurité épaisse et moite entourait Farid 3asro qui, dans son lit, essayait péniblement d’ouvrir les yeux. Une migraine atroce lui vrillait les tempes, son visage et son corps baignaient dans la sueur ; la chaleur était humide et étouffante et le climatiseur, faute d’électricité ne fonctionnait plus.

Des bribes d’images confuses refirent lentement surface dans son conscient : la crise économique, la misère sociale, la division profonde du peuple, les dettes impayables, la faillite inexorable, la régression continuelle dans tous les secteurs, le terrorisme, Nahr-el-Bared, Al Qaeda, et le gouvernement et l’opposition qui s’était pour une fois joints pour nous annoncer à l’unisson la fin de l’année comme ultime date fatidique pour l’écroulement de la nation.

Farid 3asro était au plus mal, une douleur aigüe étreignait son âme, mais aussi son corps ! ?!

C’est alors qu’il s’aperçut que durant son sommeil agité, il s’était fourré le médius dans le cul jusqu’à la dernière phalange.

Ibrahim Tyan.

Visitez " LES CARNETS DU BEYROUTHIN "

Wednesday, August 22, 2007

Les carnets du Beyrouthin.



Ce soir, un nouveau site sur mon Beyrouth adoré est né.

Pas si nouveau que ça pour les habitués de ce blog puisque LES CARNETS DU BEYROUTHIN ne fait que reprendre les dix meilleurs textes déjà parus sur ce site, qui parlent d’amour et de nostalgie pour cette ville mythique maintenant presque disparue, mais aussi de la rage et de la colère contre ceux qui persistent aujourd’hui à vouloir la faire disparaître complètement de mille façon.

Le slogan du nouveau site :
Passant qui que tu sois / Arrête-toi ici et bois.

Amitiés,

Ibrahim Tyan.